Dieu voyage toujours incognito

Par Gabriel Monet

dieu-voyage-toujours-incognito-laurent-gounelle« Dieu voyage toujours incognito », c’est le titre du dernier roman de Laurent Gounelle. On y découvre l’histoire d’Alan Greensmore qui a perdu le sens de sa vie mais a été retenu de mettre fin à ses jours par un homme qui va alors le guider afin de lui permettre, par des mises en situation, de dépasser ses inhibitions, ses peurs et ses conditionnements et sortir d’un chemin tout tracé qui ne lui apportait plus satisfaction. Auteur de L’homme qui voulait être heureux qui a connu un succès international et spécialiste des sciences humaines, Laurent Gounelle nous propose là un roman agréable à lire où la trame de l’histoire réussit à tenir en haleine le lecteur malgré certaines situations clairement présentes pour transmettre un enseignement sur le développement personnel ; cela fait partie de son projet et c’est loin d’être inintéressant !

Vers la fin du roman, le personnage principal doit prononcer un discours à l’occasion d’une assemblée générale. Or c’est pour lui quelque chose d’a priori insurmontable que de dépasser son manque de confiance en lui pour essayer de convaincre un auditoire imposant. Mais l’objectif étant là, il s’y prépare au mieux. Il participe même à une séance de formation de l’Institut Speech-Masters. Il soigne ses arguments et écrit l’intégralité de ce qu’il prévoit dire. Quand l’échéance arrive, l’auteur Laurent Gounelle nous gratifie d’une dizaine de pages qui non seulement relatent la teneur du discours du personnage Alan Greensmore mais aussi son ressenti en tant qu’orateur. A vrai dire, jusqu’à la lecture de ces lignes, je n’avais pas un instant imaginé faire de ce roman lu pendant mes vacances l’objet d’une note pour ce blog, mais je me suis dit qu’étaient exprimées là des idées qui pouvaient être utiles à l’art de prêcher. Je reproduis donc ici quelques extraits des pages 389 à 400 avant d’en faire quelques commentaires.

« Je parvins enfin à la tribune, point de focalisation de l’attention, en plein centre de la scène. J’étais terrorisé, l’ombre de moi-même. Je mis les feuillets à plat sur le pupitre, puis réglai la hauteur du micro. Ma main tremblait, et mon cœur battait à tout rompre : je sentais mon sang affluer dans mes tempes au rythme de ses pulsations. Il fallait absolument que je me recentre un minimum avant de commencer… Respirer, respirer. Je relus mentalement les premières phrases de mon discours. Je le trouvai subitement mauvais, inadapté, mal balancé… [...] C’est incroyable comme une salle remplie de gens porte en elle une sorte d’énergie qui lui est propre. C’est plus encore que la somme des émotions et des pensées individuelles qui la composent. C’est une énergie collective, émanant du groupe tout entier comme d’une entité distincte. [...] Les mots de Dubrovski me revinrent, m’apparaissant comme une évidence qui s’imposait à moi. Mais ce n’était plus une technique à appliquer. Juste une philosophie à adopter. « Embrasse l’univers de ton prochain, et il s’ouvrira à toi ». Embrasse l’univers de ton prochain… Nous n’étions pas des individualités qui s’affrontaient, nous étions des êtres humains reliés par les mêmes aspirations, la même volonté, le même désir de vivre et de vivre mieux. Mais comment partager ce sentiment avec eux, comment leur expliquer ? Comment trouver en moi la force de m’exprimer ? L’image des Speech-Masters passa devant mes yeux : je possédais quelque part au fond de moi les ressources nécessaires. J’étais capable, si je l’osais, d’aller vers ces gens, de leur parler, de les ouvrir à mon sentiment profond… La tribune devant moi m’apparut alors comme une barrière, une entrave, une protection incarnant notre opposition. Je tendis la main et saisis le micro, le détachant de son pied, puis je contournai la tribune, y abandonnant mes feuillets, et avançai vers la foule, seul et désarmé, lui offrant ma vulnérabilité. [...] Il m’apparut comme une évidence que je ne pouvais pas réciter mon texte. Ecrit depuis huit jours, il était déconnecté de l’instant présent, dissocié des émotions du moment. Je devais me contenter d’accepter les mots qui me venaient à l’esprit. « On parle avec son cœur » avait dit Etienne. [...] Je me sentais porté par ma propre sincérité. Je ne faisais qu’exprimer ce en quoi je croyais au plus profond de moi. Je ne prétendais pas détenir une vérité, mais je pensais ce que je disais, et cela me suffisait à me donner la force nécessaire pour continuer. [...] Ces mots me revinrent à l’esprit : « On ne peut pas changer les gens. On peut juste leur montrer un chemin, puis leur donner envie de l’emprunter » ».

Ces extraits mis bout à bout, qui expriment le ressenti du personnage principal lors de son discours, me semblent contenir de nombreuses vérités qui pourraient s’appliquer à la prédication, même si bien entendu un discours en assemblée générale et une prédication en Eglise sont assez radicalement différents. Je veux néanmoins souligner quelques éléments qui pourraient être utiles aux prédicateurs : Tout d’abord, l’importance de gérer ses propres émotions, ce qui peut passer par un travail physique : la respiration notamment, autant que psychique : l’acceptation de sa propre vulnérabilité. Il me semble aussi intéressant de signaler l’évocation des premières phrases du discours. Il me semble important de travailler la première phrase, et de savoir précisément ce que l’on va dire. Certes, il faudra savoir en changer si besoin en fonction de la situation, mais être au clair sur sa première phrase contribue à vivre les derniers moments avec de prendre la parole avec plus de sérénité. Concernant le rapport aux notes ou au texte rédigé de la prédication, il est ici souligné l’importance de savoir s’en détacher, non que l’inspiration lors de la préparation ne soit pas présente, mais il s’agit en prêchant de ne pas être déconnecté du moment présent, de l’ « énergie collective » (pour reprendre l’expression) du groupe d’auditeurs rassemblés, et j’ai envie de rajouter, la puissance de l’Esprit Saint. Cela induit une forme de décentration de soi pour une meilleure présence pour et avec les auditeurs, et ensemble pour un meilleur accueil de la présence de Dieu. Il s’agit de développer une forme d’empathie que cette belle formule met en évidence : « Embrasse l’univers de ton prochain et il s’ouvrira à toi ». Je mentionnerai encore l’importance, même si cela peut paraître une évidence, de croire soi-même à ce que l’on prêche « au plus profond de soi », avec « sincérité ». Car « on ne peut pas changer les gens. On peut juste leur montrer un chemin ». C’est dans la mesure où nous-mêmes serons de véritables disciples du Christ, qui suivent celui qui est « le chemin, la vérité et la vie » (Jean 14.6), que notre prédication donnera envie à nos auditeurs d’emprunter à leur tour ce chemin et de marcher avec Jésus.

Au-delà de ces quelques pages en lien avec ce discours que fait le personnage principal, le roman dans son ensemble peut paraître étonnant en rapport avec le titre du livre. Il n’y est pas question de Dieu, alors pourquoi affirmer en titre « Dieu voyage toujours incognito » ? Peut-être justement parce que Dieu est présent sans forcément toujours se donner à reconnaître. Les voies d’action de Dieu peuvent parfois être surprenantes. La transformation du personnage principal du livre en est un témoignage. Appliqué à la prédication, on peut affirmer que nous ne savons pas forcément quand et comment les auditeurs peuvent être touchés ou interpellés. Et tant mieux, car Dieu désire malgré nos faiblesses et nos limites nous utiliser pour être ses porte-paroles, afin de pouvoir semer un message d’espérance dans les cœurs. Peut-être même que Dieu pourra se cacher dans une parole sans artifice, une attitude adaptée, un geste discret, un regard sincère… qu’importe : Dieu voyage souvent incognito !

Jean-Claude Guillebaud interpelle la prédication

Par Gabriel Monet

Du 23 au 25 septembre prochain auront lieu à Lille les Etats généraux du christianisme. L’écrivain et essayiste Jean-Claude Guillebaud exprime dans une petite vidéo les raisons de son soutien à ce projet. L’auteur de Comment je suis redevenu chrétien est membre du comité de parrainage de ce grand rassemblement initié par l’hebdomadaire La Vie. Or dans ce message il interpelle la prédication. A la question : « Qu’attendez-vous de ce rassemblement ? », voici ce que Jean-Claude Guillebaud répond : « J’attends que les gens se libèrent de ce qu’ils ont sur le cœur, que les gens osent dire des choses fondamentales. Je peux vous prendre un exemple. Soyons honnêtes, la plupart des chrétiens, c’est mon cas souvent, peut-être 80 % de chrétiens s’ennuient quand ils vont à la messe. Pourquoi est-ce qu’on n’aurait pas le droit de poser des questions. Dire pourquoi je m’ennuie. Alors qu’en fait la messe devrait être quelque chose qui passe comme ça en une seconde. Il y a un vrai problème : ce que Timothy Radcliffe, l’ancien supérieur des Dominicains appelle « l’ennui de la prédication ». Lui a été un des rares à poser la question brutalement. Pourquoi est-ce qu’on n’en discuterait pas entre nous ? Est-ce que cela tient à la manière dont nous parlons du message ? Est-ce que cela tient au fait que nous donnons l’impression aux gens de parler une langue morte ? Une langue qui n’est plus entendue par les gens d’aujourd’hui. Donc, voilà une manière de débattre de tout cela sans souci de l’institution, en grande liberté. Moi je trouve que c’est une initiative formidable ».

guillebaud

Une parole franche et libre qui ne laisse pas indifférent. Le constat est sincère et le défi lancé : comment sortir de l’ennui de la prédication ? Permettez-moi quelques petits commentaires. Tout d’abord sur le diagnostic d’une prédication qui ennuie. S’il est vrai que pour un bon nombre d’auditeurs les prédications ne sont pas en phase avec les attentes, je ne suis pas sûr d’être aussi radical. Je suis convaincu qu’une partie de la désaffection des Eglises est due à un manque de pertinence de nos liturgies en général et de nos prédications en particulier. Néanmoins, je reste impressionné par l’engagement de nombreuses personnes qui de semaine en semaine viennent se nourrir de la Parole de Dieu prêchée dans les Eglises. Il convient peut-être aussi de remarquer le point de vue de Jean-Claude Guillebaud qui est un point de vue catholique. Si pour les catholiques, depuis Vatican II la prédication (souvent appelée homélie) est plus présente dans la messe que précédemment, elle n’est pas aussi centrale et importante que pour les protestants. Au passage on peut noter que trop souvent, dans les médias français en tous cas, on réduit le christianisme au catholicisme, et lorsqu’on parle de l’ « Eglise », on évoque plus ou moins explicitement la seule Eglise catholique. Elle est certes majoritaire mais non la seule. Si ces Etats généraux du christianisme seront utiles, je n’en doute pas, seront-ils les Etats généraux du christianisme ou du catholicisme ? En tous cas je me réjouis et je resterai à l’écoute pour savoir ce qu’il se dira concernant la prédication. Quelles seront les pistes proposées pour sortir de l’ennui ? Jean-Claude Guillebaud esquisse une réponse : le fait que la prédication ne soit pas en phase avec les gens d’aujourd’hui, qu’elle donne l’impression d’une parole exprimée dans une langue morte. Je le rejoins volontiers dans ce désir de sujets en phase avec la vraie vie des gens et dans un langage contemporain… même si c’est parfois facile de le désirer, plus difficile de le réaliser. Enfin, dernière remarque : Jean-Claude Guillebaud mentionne Timothy Radcliffe et son expression « l’ennui de la prédication ». Pour ceux qui seraient intéressés, il fait référence je suppose à un article qui est mentionné dans la bibliographie de ce blog où vous trouverez également une fiche de lecture : Timothy RADCLIFFE, « Prédication : sortir de l’ennui ! », Etudes 398 (2003/1), p. 63-73. Dans cet article, Timothy Radcliffe fait ce constat honnête : « Nos mots ne touchent pas toujours ceux qui nous écoutent lorsque nous prêchons ». Pourquoi, et que faire ? L’auteur s’appuie alors sur le lien fondamental entre la proclamation de la Parole de Dieu et la consécration du pain et du vin lors de la Cène pour réfléchir à la sacramentalité de la Parole. Ce dernier repas du Christ comporte « trois moments dont on devrait retrouver l’écho dans la prédication de l’Eglise : 1) Jésus rejoint ses disciples dans leurs difficultés et désarrois personnels ; 2) il les rassemble en une communauté ; et 3) il ouvre cette communauté à la plénitude du Royaume ». Il ajoutera en conclusion : « Notre prédication sera sacramentelle, efficace, si elle respire au rythme de l’humanité, rassemblant et renvoyant, nous donnant la vie et l’oxygène dont notre sang a besoin ». Un beau programme auquel on peut espérer que les Etats généraux du Christianisme viendront ajouter des propositions concrètes par une « parole libérée ».

« Intégrer Dieu dans la sphère humaine »

Par Gabriel Monet

Interview de Hébert Valiamé

Hébert Valiamé, vous êtes un prédicateur de renom, quels sont selon vous les critères d’une bonne prédication ?
Les critères d’une bonne prédication peuvent se résumer à trois éléments qui à mon avis sont incontournables : (1) présenter le Christ (2) dans un langage accessible à tous (3) qui rejoint l’auditeur dans ses préoccupations ou besoins personnels.

Est-il important pour un prédicateur de s’adapter à son public, et comment vous y prenez-vous pour intégrer cet élément dans votre préparation ?
Celui qui ne se tient pas à l’écoute de son public risque de passer à côté de son objectif. En effet, lors de la préparation, le prédicateur doit tenir compte de la composition du public auquel il doit s’adresser afin d’utiliser des éléments clés qui pourraient accrocher son public (les illustrations, les éléments de la culture ambiante et également certaines expressions linguistiques très connues). J’ai du par exemple revoir l’écriture de la plupart des séries de conférences que j’utilisais en France pour les adapter à un contexte Nord-Américain et Québécois. Autrement, je risquais d’avoir en face de moi un public en déphasage par rapport à l’objectif escompté.

Dans le monde de l’homilétique, le black preaching est considéré comme un style de prédication. Quelles en sont les caractéristiques, et vous considérez-vous comme un black preacher ?
On retrouve dans le black preaching une intention de rendre la parole pratique et concrète plutôt que théorique. Il cherche à intégrer Dieu dans la sphère humaine, à le rendre plus humain en quelque sorte. Parmi les composantes traditionnelles on y trouve le style, la structure du sermon, l’approche interprétative de la Bible et la théologie populaire. En ce qui me concerne, je ne me suis jamais préoccupé d’une étiquette de prédicateur, toutefois je reste persuadé que tout bon prédicateur doit être capable de s’inspirer des différents styles ou approches afin d’apporter à son auditoire un message dans une forme qu’il puisse être capable d’accueillir.

La manière différente d’aborder la prédication en fonction de l’origine ethnique, est-elle selon vous uniquement culturelle ?
S’il est vrai qu’il est difficile d’échapper à l’influence culturelle, il me semble qu’en tenant compte de cet aspect sociologique, le prédicateur qui s’adapte multiplie ses chances de voir le message bien reçu et ses auditeurs interpellés. Je dois régulièrement revoir mon style de présentation du message en fonction des groupes ethniques auxquels je m’adresse à travers notre fédération cosmopolite et lors de mes différents voyages dans d’autres pays.

Vous concluez chacune de vos prédications par un appel. En quoi consiste cet appel et comment amenez-vous cette exhortation finale ?
Je considère comme point de départ que toute prédication doit offrir à chacun l’occasion de se positionner par rapport au message qu’il écoute. Je me base également sur la probabilité qu’il y aura au moins une personne qui peut-être n’aura que cette seule opportunité d’entendre ce message. Par conséquent je me dois de les inviter à se positionner par rapport à la pertinence de la parole annoncée et de l’action du Saint-Esprit sur leur cœur. Lorsque le message est construit avec un argumentaire qui véhicule une grande échelle de valeur, l’auditeur se trouve dans une position d’ouverture et d’accueil propice à un engagement personnel ; alors l’appel à la décision s’impose et se met en place au moment opportun. Le prédicateur devrait être sensible à la prise de conscience de son auditoire et prompt à se laisser guider par l’Esprit de Dieu.

Vous prêchez chaque semaine à un auditoire chrétien, mais vous avez aussi l’occasion de prêcher à des publics plus hétéroclites. En quoi cela change-t-il l’approche de la prédication ?
Lorsque les prédications sont destinées à un public de croyants, j’aborde le texte biblique de manière plus directe tout en maintenant un langage compréhensible par tous. Dans le cas d’un public plus hétéroclite l’approche du texte est amorcée par une introduction puis une contextualisation pour finalement déboucher sur une actualisation et une application. Il faut aller chercher son public là où il se trouve pour l’accompagner à travers le cheminement biblique.

Comment choisissez-vous vos sujets de prédication ?
Dans un premier temps, j’écoute la radio, je me tiens informé de ce qui se passe dans le monde. J’écoute ou je prends part aux conversations publiques et j’observe le comportement des gens autour de moi. Puis dans un deuxième temps, j’essaie de trouver le point d’ancrage des ces éléments avec l’Evangile et ainsi cela me permet de répondre à des préoccupations individuelles tout en intégrant les différents éléments recueillis dans le message du salut.

Selon vous, prêcher est une vocation, une technique ou un art ?
Prêcher est d’abord une vocation qui doit se développer sous l’influence de l’Esprit. C’est un art mais qui doit se cultiver avec l’apprentissage régulier et qui se travaille à l’aide de technique de communication afin de ne pas fatiguer son public et le garder connecté à l’écoute de la parole pour saisir le message divin.

Propos recueillis par Gabriel Monet, le 3 juillet 2010
Hébert Valiamé, originaire de la Martinique, a été pasteur de l’Eglise adventiste du septième jour à Paris de longues années avant de rejoindre le Canada où il exerce aujourd’hui son ministère.

Clin d’oeil depuis Atlanta (7)

Par Gabriel Monet

Septième et dernier clin d’oeil homilétique glané en écoutant des prédications à l’occasion de la Conférence Générale des Eglises adventistes à Atlanta.

La prédication, le pain de vie qui nourrit

Après quelques 11 jours et plus d’une vingtaine de prédications, j’essaye de me remémorer tout ce que j’ai entendu. Et j’avoue ne pas y arriver. Il faut bien dire que même si c’était très intense avec au moins deux prédications par jour, n’en est-il pas de même avec les prédications entendues chaque semaine en Eglise ? A cette constatation, deux remarques me viennent qui concluront ces clins d’yeux homilétiques depuis Atlanta. La première, c’est qu’il n’est pas inutile pour un prédicateur de permettre aux auditeurs de s’accrocher à une idée force, une image, une histoire, ou un autre élément qui permet d’ancrer le message et de le mémoriser. En repensant aux quelques 23 prédications écoutées à Atlanta, ce dont je me souviens est précisément associé à un mot ou une idée clé, une histoire ou une image. Mais au-delà de l’utilité de se rappeler de tout ce qu’on a entendu, et c’est ma deuxième remarque, la prédication n’est-elle pas comme nos repas quotidiens. On ne se souvient pas de tout ce qui était aux menus de l’ensemble de nos repas de ces dernières semaines. Et pourtant, nous avons pu apprécier chacun d’entre eux, et aucun n’a été inutile pour notre santé. Par la prédication quotidienne, ou hebdomadaire, nous sommes nourris. Et même si nous ne souvenons pas du goût particulier de chaque morceau de ce pain de vie partagé, l’essentiel est que chacun d’entre eux nous ait nourri spirituellement et contribué à notre croissance en Christ.

Clin d’oeil depuis Atlanta (6)

Par Gabriel Monet

Sixième clin d’oeil homilétique glané en écoutant des prédications à l’occasion de la Conférence Générale des Eglises adventistes à Atlanta.

La Bible parle, mais Abraham crie !

Vendredi soir, c’est Abraham Jules qui était chargé de la prédication. Originaire de Trinidad et pasteur à New-York, il a intitulé sa prédication « The Word still speaks » (qu’on peut traduire par « La Parole parle encore », ou « La Bible parle encore »). Son but était de montrer à partir d’Actes 10 et l’expérience de Pierre qui au travers de la vision des animaux impurs comprend que la bonne nouvelle de l’Evangile concerne tout le monde sans restriction. Je ne me prononcerai pas sur le fond du message qui je dois l’avouer m’a en partie échappé, et pour cause. En effet, Abraham Jules ne parlait pas pour prêcher, mais du début à la fin de sa prédication il criait. C’est vrai que prêcher dans un stade peut induire une manière de parler un peu plus forte que d’habitude, mais le système de sonorisation était excellent et même en murmurant, les orateurs pouvaient être entendus. Or, pour cette prédication, les décibels ont atteints des sommets. Il semble qu’une frange des auditeurs appréciaient et le démontrait par des applaudissements à certains moments, mais pour ma part, si jamais de ma vie je ne suis sorti à l’occasion d’une prédication, je me suis cette fois posé la question à plusieurs reprises, tant c’était insupportable. Il y a bien entendu des différences culturelles, mais ce n’étais pas là seulement une question de culture. Il y avait pour moi une incompatibilité entre le fond du message et sa forme. Ce n’est pas parce qu’on crie qu’une prédication a plus d’autorité. Au contraire ! Ce que j’ai expérimenté ce soir, c’est que la forme a agi comme un filtre m’empêchant d’être à l’écoute. Oui, mes oreilles étaient pleines, mais remplies de bruit. Pas d’un message. Les décibels m’ont rendu imperméable au message. Et je suis loin d’avoir été le seul. Plusieurs centaines de personnes sont sorties en cours de prédication, tellement c’était insupportable. Et à la sortie, tout le monde ne parlait que des cris, et pas du fond du message. Et le comble, c’est qu’Abraham Jules avait donc intitulé sa prédication « La Bible parle encore »… On aurait aimé qu’Abraham Jules laisse parler la Bible. Ce soir, ses cris ont couverts la parole de Dieu. Dommage !

Clin d’oeil depuis Atlanta (5)

Par Gabriel Monet

Cinquième clin d’oeil homilétique glané en écoutant des prédications à l’occasion de la Conférence Générale des Eglises adventistes à Atlanta.

De l’usage du PowerPoint

A l’occasion de la vingtaine de prédications qui ont déjà été partagées en une dizaine de jours de la Conférence Générale, il y a eu très peu de visuels. Malgré toute la technologie mise en œuvre qui rendait possible et facile cet usage, la majorité des prédications ont été exclusivement orales. Cela ne me dérange pas en soi, même si j’aurai apprécié un peu plus de variété à ce point de vue. Ceci étant, il est clair qu’il ne faut pas utiliser des visuels comme une fin en soi, et que l’usage de l’image est un art délicat pour qu’il serve véritablement de support afin de mettre en avant le message. Or, au cours de sa prédication, Sang Lae Kim, pasteur coréen, s’est appuyé sur un montage PowerPoint pour prêcher. Ma réaction en tant qu’auditeur va dans le sens de penser que si le montage PowerPoint aidait un petit peu par rapport à la compréhension, notamment à cause d’un anglais avec un accent assez marqué, au final, ce soutien visuel a plus agit comme un parasite et un obstacle que come une véritable valeur ajoutée. C’est certes subjectif ; pourtant je suis plutôt ouvert à ce genre de soutien. J’essaierai dans les semaines qui viennent de rassembler mes idées pour faire une note un peu approfondie sur les risques et les atouts d’un PowerPoint avec quelques pistes pour stimuler la réflexion en vue d’une utilisation positive. En tous cas, la prédication de ce soir me fait dire que pour qu’une prédication ne devienne pas une conférence, l’usage du PowerPoint n’est pas forcément la panacée ou en tous cas à utiliser et à préparer avec beaucoup de finesse.

Black preaching et traduction

J’ai été sollicité à deux reprises pour donner un coup de main pour la traduction de l’Anglais en Français. Or, la première prédication que j’ai du traduire était celle de Steve Riley, pasteur des Caraïbes. Le black preaching, s’il peut varier selon les orateurs a néanmoins des caractéristiques que l’on retrouve systématiquement. Cette prédication n’a pas échappé à une approche assez narrative, en l’occurrence du texte de Genèse 42 où Joseph rencontre ses frères venus en Egypte ; ainsi qu’à un enthousiasme débordant, le prédicateur s’emballant à de nombreuses reprises dans des chevauchées exhortatives sautillantes. Deux petites remarques : la première concerne la traduction. Autant le dire, la traduction simultanée que j’ai faite était relativement médiocre. Ceci dit, même si à n’en pas douter on peut faire mieux que ce que j’ai fait, c’est le genre même de prédication qu’il est très compliqué de traduire. Ce qui amène ma deuxième remarque : parmi les ingrédients qui devraient constituer une prédication : le logos (la logique, le raisonnement et le mode de construction de l’argumentation), le pathos (la persuasion par l’appel à l’émotion du public) et l’ethos (la force de persuasion et l’intégrité de l’orateur), le black preaching favorise très nettement le pathos. D’où justement la difficulté de traduire. Si certaines prédications « white » favorisent à l’inverse trop le logos, il me semble clair que c’est un équilibre à trouver. Il est légitime que chacun garde son style et sa « priorité » qui va avec l’approche choisie par le prédicateur ou qu’il incarne du fait de qui il est. Mais cette prédication entendue (et plus ou moins bien traduite) m’invite à intégrer le fait que l’auditoire est divers et varié, et cette multiculturalité doit encourager tout prédicateur à penser à proposer une approche qui puisse répondre un tant soit peu à chacun, pour que le plus grand nombre puisse entendre et recevoir la parole de Dieu.

Clin d’oeil depuis Atlanta (4)

Par Gabriel Monet

Quatrième clin d’oeil homilétique glané en écoutant des prédications à l’occasion de la Conférence Générale des Eglises adventistes à Atlanta.

Evanouissement en pleine prédication

Un événement heureusement inhabituel a eu lieu lundi matin 29 juin. En plein milieu de sa prédication, alors que rien ne laissait paraitre ce qui allait se passer, John Fergusson s’est évanoui. Il a été soutenu puis allongé par les personnes qui étaient les plus proches de lui. Il a été tout de suite pris en charge par des personnes compétentes, et quelques minutes plus tard, alors que l’assemblée avait été invitée à prier et chanter des cantiques, le prédicateur avait repris conscience. Evidemment, il n’a pas repris sa prédication  (sur laquelle je vais tout de même faire un commentaire dans une note suivante) afin de pouvoir subir un examen médical plus approfondi même si en apparence, tout allait bien. Une empathie très grande a été ressentie par tous. Je ne sais pas les causes de cet évanouissement. Ce sont des choses qui peuvent arriver pour différentes raisons. Mais, je saisis simplement l’occasion pour évoquer le stress que peut susciter le fait de prêcher. Et c’est d’autant plus vrai quand on prêche dans un stade de 72 000 places (même si ce matin il était loin d’être plein), et devant l’ensemble des leaders de l’Eglise. Facile à dire, nettement moins à faire, la gestion du stress peut être facilitée par une double approche d’un point de vue physique d’une part et psychique et spirituel d’autre part. D’un point de vue physique, il est important d’avoir une vie équilibrée en ne négligeant pas le sommeil, en ayant une nourriture saine, etc. Mais aussi en sachant respirer convenablement : une respiration bien maitrisée peut contribuer à diminuer les effets du stress. A un niveau psychique et spirituel, le lâcher prise et la confiance en Dieu sont des éléments qui peuvent contribuer à gérer au mieux la tension et le stress que suscite la responsabilité de prêcher. Je ne souhaite à personne de s’évanouir un jour en pleine prédication, mais le fait que cela puisse arriver peut être une invitation à prendre conscience une fois de plus si besoin était de l’humilité nécessaire quand on prend la parole au nom de Dieu et en tant que représentant de la communauté. Nous ne sommes que des hommes et des femmes bien humains, avec toutes nos limites et ne pouvons compter que sur Dieu pour que sa Parole puisse toucher nos têtes et nos cœurs !

Prêcher à la première personne

John Ferguson, qui n’a donc pas pu finir sa prédication suite à son évanouissement (cf. paragraphe précédent) a tout de même pu partager une quinzaine de minutes de son message. Or, il a été très intéressant de voir comment il a commencé en prêchant à la première personne. Il a parlé comme étant le père de la parabole du fils prodigue (Luc 15). A vrai dire, il y avait une certaine ambigüité, pas inintéressante au début, car on ne savait pas s’il parlait de ses deux fils à lui. Ce n’est qu’après un petit moment que, nous auditeurs, avons compris qu’il ne témoignait pas de sa vie personnelle mais qu’il était dans une approche narrative de la parabole. Cette narration qui a duré une bonne dizaine de minutes était du reste excellente. Il a ensuite, sans véritable transition commencé une partie plus analytique, qui a donc été interrompue. Mais je peux témoigner, et c’est l’élément que je veux mettre en évidence dans cette note, que l’interruption de la partie narrative à la première personne m’a fait perdre l’attention qui avait été stimulée dans la première partie. Certes, on peut tout à fait justifier le fait d’avoir une partie narrative, même à la première personne, que pour une partie de la prédication. Mais mon sentiment, en écoutant cette prédication, est que j’aurai aimé continuer sur la lancée de ce qui avait été initié. Cela aurait peut-être été osé, mais je pense productif, que de continuer à la première personne. Mon expérience en tant qu’auditeur à cette occasion est donc de dire : il faut aller au bout de ses idées. Même quand on est original ou créatif, peut-être même surtout quand on sort des sentiers battus, n’hésitons pas à assumer nos choix. Ils pourront contribuer à leur manière à éclairer la parole de Dieu et nos vies d’un regard nouveau et vivifiant.

Clin d’oeil depuis Atlanta (3)

Par Gabriel Monet

Troisième clin d’oeil homilétique glané en écoutant des prédications à l’occasion de la Conférence Générale des Eglises adventistes à Atlanta.

Prêcher au féminin

Trois matins en quatre jours, ce sont des femmes qui ont prêché ! Je vais faire une petite comparaison sur un point géré différemment dans deux de ces prédications, mais je voudrais d’abord faire un commentaire sur ces prédications au féminin. L’Eglise adventiste n’est pas spécialement en avance concernant le ministère pastoral féminin, et la place donnée aux femmes dans la prédication ou dans des postes clés de la direction de l’Eglise. Si à titre personnel je le regrette et que j’aimerai étendre et généraliser le ministère féminin, le désir d’une harmonisation globale sur cette question fait que la majorité de l’Eglise sud-américaine, africaine et asiatique met un frein à cette ouverture. On pourrait dire que c’est bien que l’on est donné le pupitre à des femmes. C’est vrai. Sauf quand même que si trois femmes ont prêché, elles ne seront d’après le programme en tout et pour tout que trois pour l’ensemble de cette session, ce qui représente trois prédications sur vingt-deux ! De plus, les trois ont prêché le matin à 8h, à une heure qui suscite moins d’auditeurs que les soirées, ou bien sûr le week-end ! Toujours est-il qu’il y a donc quand même heureusement des femmes pasteurs, et ces trois femmes qui ont prêché ont démontré que la prédication féminine n’a rien à envier à la prédication masculine. Dans des styles différents, elles ont su présenter des messages bibliques profonds, interpellants et vivants, avec une vraie autorité. CQFD ! Une petite comparaison donc tout de même sur deux de ces prédications. Dans deux cas, une illustration que l’ont pourrait qualifier de géographique a été utilisée. Raquel Arrais a amené la conclusion de sa prédication sur l’importance du vide nécessaire pour se laisser remplir du Saint-Esprit, en évoquant le désert d’Atacama, situé au Chili, qui est un des plus secs de la planète. Il n’y pleut quasiment jamais. Or lorsqu’il y pleut, une floraison extraordinaire y éclot. Elle a illustré cette évocation de quelques images du désert sec d’abord, puis du désert fleuri. Avec des mots appropriés, ces images ont eu un impact puissant pour que les auditeurs aient à cœur de remplir le vide de leurs vies par la présence fleurie du Seigneur. Le lendemain, Tara VinCross utilisait dans son introduction l’image des monastères des météores, dans le Nord de la Grèce. Ces monastères presque inaccessibles perchés au sommet des montagnes illustraient une manière de concevoir l’Eglise qui s’isole du monde qui est alors vu de haut et de loin. A l’inverse, à l’image de l’incarnation du Christ, nous sommes invités à nous mêler aux gens afin de pouvoir assumer notre mission de sel de la terre. L’illustration m’a paru très parlante. Cependant je trouve qu’une simple photo à l’écran aurait, comme pour le désert évoqué la veille, contribué à une évocation encore plus puissante. Certes, la narration peut stimuler des images fortes, et beaucoup sont ceux qui ont déjà vu en photos les météores, mais la projection d’une image peut parfois avoir un impact encore plus grand et peut aider à ancrer dans le cœur des auditeurs un message, qui en l’occurrence était (même sans image) pertinent et profond !

Clin d’oeil depuis Atlanta (2)

Par Gabriel Monet

Deuxième clin d’oeil homilétique glané en écoutant des prédications à l’occasion de la Conférence Générale des Eglises adventistes à Atlanta.

Du bon usage du grec

Derek Morris est pasteur en Floride et professeur d’homilétique. Beaucoup de bonnes choses pourraient être retenues de sa prédication, mais je n’en mentionnerai qu’une : la manière dont il a utilisé quelques mots grecs et un en particulier. En effet, on peut parfois être tenté, quand on prêche, de citer des mots ou expressions bibliques dans l’original hébreu ou grec. Or trop souvent, me semble-t-il, cela n’apporte quasiment rien au message, si ce n’est éventuellement de montrer qu’on est capable de le faire. Loin de moi l’idée de décourager à l’analyse approfondie des mots, mais on peut tout à fait détailler le sens d’un terme dans l’original sans mentionner le mot en question en hébreu ou en grec qu’une infime minorité de l’assemblée pourrait connaître et qu’a priori personne ne va retenir. Le risque est grand, en faisant mention d’un mot grec, de finalement attirer l’attention vers soi plutôt que d’apporter une plus-value de sens et d’exhortation à la prédication. Je ne veux pas ici condamner tout ceux qui ont l’habitude de le faire, mais simplement orienter cette pratique vers un usage qui favorise un vrai bénéfice à l’acte homilétique. Derek Morris a prêché sur Luc 10.2 où Jésus dit aux soixante douze disciples : « La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux. Prier donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson ». Notre prédicateur du soir a commencé à parler du début du ministère de Jésus et lorsqu’il a évoqué ce qui s’est passé juste après le baptême de Jésus, il s’est arrêté sur le fait que Jésus avait été poussé au désert (Marc 1.12). Et Derek Morris de mentionner l’original du verbe « pousser » : ekballo en grec. Mais il n’a pas fait que le mentionner, il a détaillé le sens de ce mot : ballo signifiant « jeter », et ek « au dehors ». Il a ainsi pu montrer combien Jésus avait été presque malgré lui et sous l’influence de l’Esprit amené au désert. Je ne vais pas retranscrire toute la prédication, mais Derek Morris en est vite arrivé au texte de Luc 10.2 qu’il a analysé en détail, étape par étape : l’affirmation d’une moisson abondante, la rareté des ouvriers, et enfin la nécessité de prier pour envoyer des ouvriers à la moisson. Or, arrivé à ce point, il a mentionné le mot grec que traduit « envoyer », et c’est bien entendu ekballo ! Toute la dernière partie de sa prédication était alors basée sur l’importance d’une prière qui ose demander à ce que nous soyons, à l’exemple de Jésus, « poussés, envoyés, conduits, jetés dehors… » afin de vivre notre vocation d’être des ouvriers dans la moisson. Derek Morris a non seulement éclairé le sens de ce passage en mentionnant le mot grec original, mais il l’a fait en permettant un parallèle avec Marc 1.12 que les traductions françaises ne suggèrent pas. Surtout il a su jouer avec ce mot qui est devenu un mot clé de son message, l’utilisant et le conjuguant même en l’anglicisant pour actualiser et exhorter tout un chacun à laisser le Saint-Esprit nous ekballoer là où il attend que nous soyons. Un très bel exemple afin de faire un bon usage du grec dans une prédication !

Clin d’oeil depuis Atlanta (1)

Par Gabriel Monet

Je suis actuellement à Atlanta à l’occasion de la Conférence Générale des Eglises Adventistes du 7e jour qui a lieu du 23 juin au 3 juillet 2010. Ce grand rassemblement quinquennal rassemble des délégués du monde entier pour faire des bilans, décider des grandes orientations pour  l’avenir et nommer les responsables. Le dernier week-end, plus de 60 000 personnes sont attendues dans le Georgia Dôme, lieu de la rencontre. C’est donc aussi un grand rassemblement spirituel et festif qui donne donc l’occasion d’écouter de nombreuses prédications. Je profite donc de l’événement pour alimenter ce blog de quelques clins d’yeux homilétiques glanés ici et là en tant qu’auditeur au bénéfice des messages partagés mais aussi en tant qu’observateur attentif de la variété des approches de la prédication. Je ne me livrerai pas ici à une analyse détaillée de toutes les prédications, mais je me contenterai de relever un élément qui m’a paru significatif et modélisant dans l’une au l’autre des prédications entendues.

Du bon usage de l’actualité

Ce 23 juin, Carlton Byrd, pasteur à Atlanta, était chargé de prêcher autour du thème « Vivre dans la puissance du Saint-Esprit ». Dès son introduction, il nous introduit dans une illustration tirée de l’actualité : la fuite incessante de pétrole dans le Golfe du Mexique suite à l’explosion de la plateforme de British Petroleum. Cette information qui fait la une de tous les journaux depuis plus de deux mois va devenir un fil conducteur et une référence récurrente alors qu’il va prêcher autour d’Actes 1 et 2 et la manière dont l’Esprit s’est répandu en abondance pour les apôtres. Utilisant à bon escient l’outil rhétorique de la répétition, il va comme un refrain exhorter à plusieurs reprises les auditeurs à laisser le pétrole s’écouler en abondance. Il est vrai que le mot utilisé en anglais pour pétrole est « oil » (huile) et que le parallèle avec le Saint-Esprit parait tout de suite plus évident ! Tout en étant ancré dans le texte biblique, il fera ensuite plusieurs comparaisons entre ce qui se passe dans le Golfe du Mexique et la manière dont le Saint-Esprit se manifeste dans l’Eglise. A la suite de Karl Barth, on évoque souvent l’importance de prêcher avec la Bible dans une main et le journal dans l’autre. Carlton Byrd nous a donné un excellent exemple de la manière dont l’actualité peut fournir un point d’accroche et une référence marquante pour sceller une vérité biblique.