Des paroles de chants qui font réfléchir sur l’acte de prêcher

Par Gabriel Monet

Il y a peu de temps, à l’occasion d’un culte dans une Eglise, j’ai été interpellé par les paroles d’un chant qui m’ont fait réfléchir sur l’acte de prêcher. Du coup, au détour de tel ou tel chant, j’ai été sensible ces dernières semaines à ce que les paroles destinées à être chantées en assemblée peuvent nous dire de la prédication. En voici un petit florilège.

Dans le chant de Corine Lafitte Dieu a une armée qui se lève (JEM² 398), une parole peut paraître étonnante au premier abord : « Peuple de Dieu, ouvre ta bouche ; Dieu veut parler ». C’est vrai, si on veut entendre Dieu parler, on aurait plutôt tendance à inviter les humains au silence. On parle d’ailleurs parfois peut-être trop du silence de Dieu et pas assez de la surdité des hommes. Toujours est-il que dans ce chant, nous sommes invités en tant que peuple de Dieu à ouvrir notre bouche pour que Dieu parle… L’idée principale qui est là, c’est que Dieu a choisi pour se révéler de compter entre autre sur la parole des hommes et des femmes qui lui font confiance. Si prêcher est une manière de faire parler Dieu, cela a une dimension communautaire, dans une dynamique d’évangélisation. Tout un programme !

Les paroles d’un autre chant complètent d’une certaine manière cette vision : « Je désire entendre ta voix. Je désire écouter ton cœur ; recevoir ta parole, ta pensée, ta volonté » (Sylvain Freymond). Pour entendre Dieu, il faut le désirer… Quels que soient les efforts du prédicateur, l’auditeur d’une prédication, s’il n’en a pas le désir, ne pourra probablement pas y distinguer une parole « de Dieu ». Ceci dit, ce désir d’entendre la voix de Dieu concerne en premier lieu le prédicateur lui-même : cela implique une décentration de soi pour véritablement recevoir la parole, et cette parole ne vient probablement pas sans la pensée de Dieu et sa volonté. Cela revient, comme le dit si joliment l’auteur, à écouter le cœur de Dieu, y discerner un cœur qui bat, plein d’amour et de grâce, un cœur rempli de projet de paix pour ses créatures. Aller au cœur de la Parole, en prêchant, c’est écouter les battements du cœur de Dieu.

Or, pour discerner les battements du cœur de Dieu, cela implique de faire silence. Oh, ce n’est pas seulement un silence qui se mesure en l’absence de décibels, mais peut-être surtout en l’absence de tout ce qui peut parasiter nos êtres, nos vies, nos pensées. Les paroles de cet autre chant nous invite, comme Elie, à savoir faire silence pour entendre Dieu non pas dans le vent fort et violent, ni dans un tremblement de terre, ni dans le feu, mais dans un murmure doux et léger : « Silence ! Silence ! Un souffle descend : voici la présence du Dieu tout puissant ! Silence ! Le maître parle avec amour et nous fait connaître sa paix en ce jour » (Paul Badaut). Prêcher, c’est faire advenir la présence de Dieu afin qu’il puisse parler avec amour et susciter la paix.

Pour continuer dans cette optique du « souffle fragile » et finir ce petit tour d’horizon de quelques chants qui nous ouvrent des pistes de réflexion sur l’acte de prêcher, je ne peux résister à l’envie de mentionner les paroles de Pierre Jacob qui ouvrent tout un programme ! Si seulement nos prédications étaient secret d’amour, naissance et semence, partage et passage…

« Comme un souffle fragile, ta parole se donne. Comme un vase d’argile, ton amour nous façonne.
Ta parole est murmure, comme un secret d’amour, ta parole est blessure, qui nous ouvre le jour.
Ta parole est naissance, comme on sort de prison, ta parole est semence, qui promet la moisson.
Ta parole est partage, comme on coupe du pain, ta parole est passage, qui nous dit un chemin. »