2 Corinthiens 2 : Etre un parfum du Christ

Par Gabriel Monet

L’apôtre Paul a le sens de la formule. Au détour de nombreuses de ses épîtres, on trouve une expression choc, une tournure qui retient l’attention, une formule qui fait mouche. Dans la deuxième épître aux Corinthiens, Paul et Timothée, qui en sont les co-signataires, proposent une belle image pour évoquer leur ministère de la Parole. Ils se présentent comme « le parfum du Christ ». Tout un programme pour les prédicateurs d’hier comme d’aujourd’hui ! Voici le passage qui évoque cette métaphore odoriférante :

 « Grâce soit rendue à Dieu, qui nous entraîne toujours dans son triomphe, dans le Christ, et qui, par nous, répand en tout lieu l’odeur de sa connaissance ! Nous sommes en effet, pour Dieu, le parfum du Christ parmi ceux qui sont sur la voie du salut comme parmi ceux qui vont à leur perte : pour les uns, une odeur de mort, qui mène à la mort ; pour les autres, une odeur de vie, qui mène à la vie. Et qui est capable d’une telle mission ? C’est que nous ne sommes pas comme tant d’autres qui font de la parole de Dieu leur petit commerce ; c’est avec sincérité, c’est de la part de Dieu, devant Dieu et dans le Christ que nous parlons » (2 Corinthiens 2.14-17, NBS). 

 

Il importe d’abord de noter qui est l’acteur principal dans la vie de prédicateurs de Paul et Timothée : c’est Dieu, dans le Christ. Les apôtres sont un canal par lequel Dieu répand « l’odeur de sa connaissance ». Et d’insister, « nous sommes, pour Dieu, le parfum du Christ ». C’est donc par Dieu et pour Dieu qu’il est question ici de prêcher. Vers la fin du paragraphe, les auteurs reprennent, avec une question rhétorique : « Qui est capable d’une telle mission ? » ; leur réponse est riche : « C’est de la part de Dieu, devant Dieu et dans le Christ que nous parlons ». En d’autres termes, Paul et Timothée affirment par ce texte que la prédication a pour vocation d’être à la fois parole de Dieu, c’est-à-dire comme venant de Dieu, mais aussi parole pour Dieu. La prédication n’est pas un discours à cible unique au cours duquel celui ou celle qui parle s’adresse à l’Eglise seulement en son nom propre. Non seulement cela est fait au nom de Dieu, mais d’une certaine manière, il ou elle a pour vocation de s’adresser à Dieu lui-même au nom de la communauté rassemblée. Oui, la prédication est un acte liturgique, un trait d’union qui favorise le dialogue entre Dieu et les adorateurs.

Or, pour qu’un prédicateur contribue dans ce qu’il dit, comme dans ce qu’il est, à cette interaction avec Dieu de la part de tous, il est appelé à être le parfum du Christ, comme Paul et Timothée. Cette idée de parfum est éminemment positive, agréable. Un parfum est invisible mais néanmoins présent. Il y a comme un effacement, mais en même temps une réalité qui se répand partout, pour tous. C’est pourquoi, prêcher implique plus que des mots, mais une attitude, une profondeur, une implication qui mettront de la cohérence entre la parole de la prédication, la vie du prédicateur et l’idéal biblique. Il faut cependant noter qu’être le parfum du Christ peut être synonyme d’odeur de vie, mais aussi d’odeur de mort. Ce qui signifie qu’en prêchant, il ne s’agit pas de « vaporiser » de belles idées qui font plaisir, ou de « faire sentir » un salut à bon marché, mais plutôt de partager un message qui soit authentiquement biblique, rempli de la grâce avec ses implications d’accueil, de choix et d’exigence. Sinon, la prédication risque de devenir « un petit commerce ».

Quand on pense au parfum versé par Marie-Madeleine aux pieds du Christ, on ne peut s’empêcher de penser qu’être un parfum en tant que prédicateur implique un vrai engagement et un prix élevé… Et ce, parce que Christ en est digne. Mais surtout, si les prédicateurs sont appelés, à la suite de Paul et Timothée, à être des parfums, ce n’est pas n’importe quel parfum…. Mais bel et bien, un parfum « du Christ ». Ce qui implique d’être pleinement ancré en lui, rempli de sa présence, afin de pouvoir laisser émerger les particules de sa réalité dans nos vies et dans ce que nous transmettons. Ce n’est pas par notre propre volonté ou nos propres efforts que nous pourrons être ces parfums du Christ, mais grâce soit rendue à Dieu qui diffuse la bonne odeur de sa connaissance entre autres par nous, qui peut et veut faire de nous des parfums du Christ !