« Le prédicateur se veut serviteur de la Bible »

Par Gabriel Monet

Interview de Bernard Sauvagnat

Bernard Sauvagnat, vous qui êtes à la fois bibliste et prédicateur, quelle est votre conception de la prédication ?
Pour moi, il s’agit essentiellement de donner vie à un texte de la Bible en présentant son analyse et en témoignant de son impact sur moi.

Le texte biblique a donc un rôle central, et vous militez pour qu’il soit mis en avant dans toute prédication. Iriez-vous jusqu’à dire que le prédicateur doit s’effacer derrière la Bible ?
Je n’utiliserai certainement pas le verbe s’effacer. La lecture est un acte engageant. Le prédicateur ne peut présenter que sa lecture de la Bible. Le prédicateur se veut serviteur de la Bible, lecteur interpellé par le texte, et désireux de véhiculer cette interpellation.

Comment trouver l’équilibre entre donner de l’importance au texte biblique et assumer sa vocation de prédicateur qui se veut porteur d’un message adapté aux besoins de ses auditeurs ?
Si je me suis laissé interpeller par le texte que j’ai lu, étudié et médité, et en même temps si je suis attentif à la société dans laquelle je vis et aux besoins de ceux auxquels je m’adresse, je ne vais pouvoir transmettre que les interpellations qui me paraissent pertinentes pour moi et mes auditeurs.

Quels sont vos critères pour choisir un ou plusieurs textes bibliques en vue de la prédication ?
Je suis prêt à envisager de prêcher sur n’importe quel extrait de la Bible. Mais je dois dire que j’affectionne les textes connus d’où je parviens à tirer des messages inattendus grâce à une exégèse attentive.

Le vocabulaire biblique concernant la prédication semble ne pas faire de claire distinction entre prédication, enseignement, exhortation, proclamation, etc. Est-ce juste, comment l’expliquez-vous et comment trouver l’angle juste pour la prédication ?
Pour moi ce que le Nouveau Testament appelle le kérygme, la proclamation, se concentre sur la personne de Jésus et la grâce de Dieu. Toute prédication doit en témoigner. Mais dans les textes choisis, la manière de les lire et de les présenter, il y a toujours un enseignement. L’auditeur doit apprendre quelque chose qui doit changer sa manière de vivre.

Dans votre ouvrage « La Bible en couleurs », vous proposez une démarche en trois étapes pour appréhender un texte biblique : observer, comprendre, actualiser. Pouvez-vous décrire en quelques mots cette approche, et dans quelle mesure peut-elle s’appliquer à la prédication ?
Pour moi la démarche est relativement simple. Qu’est-ce que le texte dit et comment il le dit ? Pour répondre à ces deux questions il faut observer le texte. Et cette observation peut durer des heures. Elle est souvent beaucoup plus riche si elle est faite à plusieurs, parce que nous ne voyons pas tous les mêmes choses. Ensuite, il faut pouvoir tirer des conclusions de ce que l’on a observé et tenter d’exprimer ce que le texte veut dire. Il faut le faire en étant cohérent avec ce que l’on a observé et avec humilité, en présentant ses résultats comme partiels et provisoires. Enfin, il faut se demander ce que l’on fait de ce que l’on vient de comprendre, ce que cela peut changer dans ma vie et dans celle des autres.

Pour conclure, quels sont selon vous les enjeux de la prédication contemporaine ?
Le premier enjeu est celui de l’authenticité : ce que je dis doit être ce que je désire profondément pour ma vie et ce pour quoi je m’investis vraiment. Les autres enjeux sont ceux du respect des textes bibliques, et de la communication : choix du langage, des images, des outils et autres moyens mis en œuvre pour que le message passe.

Propos recueillis par Gabriel Monet, le 27 mars 2009
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Bernard Sauvagnat est docteur en théologie. Il a été professeur et doyen de la Faculté adventiste de Théologie à Collonges-sous-Salève. Il est actuellement responsable de l’association pastorale et du département évangélisation de l’Union franco-belge des Eglises Adventistes. Il prêche régulièrement en Eglise et à la radio.
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