Si vous n’aviez qu’un seul sermon à prêcher ?

Par Gabriel Monet

Un pasteur partant à la retraite a allégé sa bibliothèque et m’a récemment donné un livre intitulé If I had one sermon to preach. Ce livre en anglais, dirigé par Herbert Douglass, et datant de 1972, est en fait une compilation de sermons. Mais au-delà de son contenu, le titre m’a interpellé, et c’est ainsi que je me suis dit que cette question valait la peine d’être posée. C’est pourquoi j’ai eu l’idée de m’adresser à quelques collègues pasteurs pour leur proposer cette question : « Si vous n’aviez qu’un seul sermon à prêcher, quel serait-il ? De quoi parleriez-vous ? Sur quel texte biblique prêcheriez-vous ?». L’idée était d’avoir un feed-back de différents prédicateurs pour essayer de discerner quel pourrait être finalement le sujet ou les sujets qui paraissent centraux ou importants de partager. Voici quelques enseignements des seize réponses reçues sur environ vingt-cinq sollicitations.

La première remarque qui s’impose est qu’il n’y a presqu’aucun doublon. Seul le très fameux verset de Jean 3.16 a été choisi par deux pasteurs. Pour le reste, tous les sujets et les textes choisis sont différents. Il n’y a qu’une seule prédication qui soit basée sur un texte de l’Ancien Testament. Il y en a deux qui ont plusieurs textes bibliques dont un de l’Ancien Testament. Toutes les autres prédications sont basées sur des textes du Nouveau Testament (13 sur 16). Parmi celles-ci, la majorité prend appui sur des textes des Evangiles. Seules deux prédications prennent comme texte de référence un verset ou un passage des épîtres.

Au niveau thématique, un axe majeur apparaît, lié au sujet de l’amour de Dieu ou du Christ pour les humains. Ainsi, par exemple, ce pasteur présente son idée : « Si je devais prêcher une dernière fois, le thème serait celui de l’amour du Christ, ce qui revient à considérer celui de son caractère. J’introduirais ce sermon par une histoire vécue qui illustrerait l’amour christique que je développerais ensuite. Ce développement rebondirait sur différents aspect du ministère de Christ (miracles et résurrections pour indiquer l’amour qui pousse à l’utilisation de la puissance, l’intérêt pour les enfants pour indiquer l’amour qui pousse à l’écoute et l’éducation, la femme pécheresse pour indiquer l’amour qui pardonne tout, la croix pour indiquer l’amour qui pousse au don suprême…). Je conclurais en insistant sur la manifestation eschatologique de cet amour christique ».

Mais plusieurs évoquent également la réponse que les croyants peuvent apporter à cette initiative de grâce. Au Dieu qui libère et qui aime, nous sommes invités à répondre en tant qu’adorateurs, en intégrant Christ au plus profond de nos cœurs. Il est venu comme serviteur ce que nous devons être à notre tour. Comme un prédicateur l’affirme : « Marc 10.45 montre que l’essentiel de la révélation de Dieu en Jésus se résume dans une vie de service, que cette vie n’a pas été simplement celle de Jésus, mais que c’est aussi celle que Dieu souhaitait en créant l’homme, et qu’il souhaite remettre comme principe fondateur de ma vie nouvelle de rançonné par Christ. C’est ce que sera la vie dans l’éternité ». Un autre prédicateur déclare, dans la même lignée : « Si je n’avais qu’un seul sermon à prêcher… sans aucun doute serait-il sur la parabole mal nommée, la parabole du fils prodigue. Je parlerais de notre état de faillibilité, parfois d’ingratitude, des blessures de la vie, de l’importance de regarder en soi pour se tourner vers l’amour inconditionnel du Père, l’amour patient, généreux et du regard compréhensif qu’Il porte sur nous ».

Le christocentrisme de la majorité de ces sujets de prédications apparaît clairement. Par exemple, ce pasteur à la retraite écrit : « Si je n’avais qu’un seul sermon à prêcher, sans hésitation, ce serait sur le texte que j’avais choisi pour ma première prédication. Je ne me rappelle plus rien de ce que j’avais dit parce que, jeune étudiant, et bien jeune dans la foi, j’étais mort de trac et de stress. En revanche le texte est gravé dans ma mémoire : « Christ en vous, l’espérance de la gloire » (Col 1.27). Cette déclaration me semble toujours aussi vitale et essentielle : elle présente l’espérance sous son angle le plus positif et l’exprime comme étant une expérience au quotidien, celle d’une présence, d’une communion du Christ au milieu de son Eglise et en chaque croyant œuvrant à son avènement ». 

On peut aussi noter, que plusieurs ont évoqué la radicalité du message de Jésus. En s’appuyant sur le sermon sur  la montagne, un des prédicateurs écrit : « Sur cette montagne Jésus apparaît naturellement comme le nouveau Moïse qui apporte non pas une loi nouvelle, mais la loi de toujours, celle que les hommes n’avaient pas bien compris. La pensée de Jésus y apparaît radicale. Elle ouvre la voie à une vraie révolution sociale. [...] Elle met l’homme au cœur de la vie. C’est tout simplement la Révolution du cœur profond qu’aucune autre Révolution n’a vraiment su réaliser ». Ou cet autre pasteur qui affirme : « Si je n’avais qu’un seul sermon à prêcher je crois que je choisirais Luc 10,  les derniers versets : « Une seule chose est nécessaire ». Et je réfléchirais sur la radicalité de Jésus. Il ne dit pas : « Parmi les choses importantes, une plus que les autres ». Mais une seule est nécessaire ».

Voilà, en dehors de l’enrichissement que nous pourrions avoir à écouter toutes ces prédications qui, si elles ont certains axes communs sont donc aussi et surtout toutes uniques et originales, on peut donc retenir le fait que LA prédication n’existe pas. Et c’est tant mieux. Qu’elle soit d’ailleurs la première ou la dernière ou n’importe laquelle entre ces deux extrêmes, chaque prédication a sa raison d’être. La Parole de Dieu est d’une richesse inouïe et il est impossible de la circonscrire, de l’enfermer, de la formater, de la résumer en une prédication qui en ferait sortir la substantifique moelle. Les portes d’entrées sont infinies et les chemins qui vont et viennent entre Dieu et sa Parole et qui passent par nous sont innombrables. Allez, je peux l’avouer, depuis quelques semaines que je réfléchis à cette question, j’avoue ne pas avoir trouvé un sujet qui me satisfait. Et cela me va bien comme ça !

Je mentionne ici les titres et textes bibliques proposés par les pasteurs qui ont accepté de répondre à la question « Si vous n’aviez qu’un seul sermon à prêcher… », ce dont je les remercie vivement !

  • Où es-tu? Gn 3.6-21
  • Le projet de vie de Dieu (Dt 30.15-20, Mc 10.21, Jn 14.1-4)
  • Le Dieu libérateur (Ex 20.2, Ga 5.1, 1 Co 3.17)
  • Le sermon sur la montagne: la révolution du cœur profond (Mt 5-7)
  • Le dernier message de Jésus (Mt 28.19-20)
  • Jésus est venu servir et donner sa vie (Mc 10.45)
  • Le désir de vie (Bartimée, Mc 10.46-52)
  • Une seule chose est nécessaire. La radicalité de Jésus (Lc 10)
  • Le fils prodigue (Lc 15.11-32)
  • Le retour de Jésus (Lc 17.20-25, 2 P 3.8-9)
  • Le sacrifice de Jésus et la vie éternelle (Jn 3.16)
  • L’amour de Dieu (Jn 3.16)
  • L’amour du Christ
  • Les vrais adorateurs (Jn 4.23-24)
  • Christ en vous (Col 1.27)
  • Le plan du salut (Tt 2.11-14)