Prêcher plusieurs fois la même prédication

Par Gabriel Monet

Une prédication a-t-elle pour vocation d’être à usage unique ? J’ai connu un pasteur qui jetait systématiquement toutes ses notes après avoir prêché. Il ne gardait aucune trace de ses prédications afin de devoir toujours partir d’une feuille blanche, ou plus exactement du seul texte biblique. Parmi ses arguments, il évoquait le fait qu’on ne retrouve jamais deux fois la même situation : l’auditoire est rarement le même, le contexte n’est jamais identique, l’état d’esprit du prédicateur lui-même est sujet à changement. Tout en respectant cette pratique et en l’admirant d’une certaine manière, il me semble néanmoins pertinent de s’interroger s’il est légitime de prêcher plusieurs fois la même prédication ? Dans la vie pastorale aux multiples demandes et dans un contexte embouteillé par de nombreux engagements, est-il envisageable de recycler ses prédications ?

Il existe des cas de figures qui tendraient à favoriser le fait de prêcher plusieurs fois la même prédication. Il arrive qu’un pasteur ait la charge pastorale de plusieurs communautés. Ou encore qu’un laïc soit sollicité par plusieurs Eglises différentes pour y prêcher. Certains leaders d’Eglise peuvent être amenés à visiter de semaine en semaine les différentes Eglises de leur territoire. Enfin, on peut encore penser à tous les pasteurs qui changent de poste pastoral et qui se retrouvent donc dans une situation nouvelle, avec des auditeurs qui n’ont pas entendu toutes les prédications préparées précédemment.

Prêcher plusieurs fois la même prédication ne me paraît pas être un problème, même s’il importe de veiller à éviter quelques pièges, et donc de le faire à bon escient. En effet, on peut d’abord mentionner le fait que préparer une prédication prend du temps. A juste titre car la prédication vaut bien qu’on lui consacre un temps non négligeable. Quand un pasteur est appelé à prêcher toutes les semaines, mais dans une Eglise différente une fois sur deux par exemple, ne pourrait-il pas investir plus de temps à la préparation d’une prédication une fois toutes les deux semaines ? On peut ainsi penser que ses prédications seront plus travaillées, plus riches, et qu’il aura moins de risque de « s’assécher »… De plus, quand on considère que l’on a quelque chose d’important à dire parce qu’un message biblique nous semble vital, nous a touché, répond aux besoins du moment, il n’est pas incohérent de partager au plus grand nombre cette prédication. Enfin, lorsqu’on prêche un message inédit, à moins d’avoir tout écrit mot à mot, c’est un premier jet… Même si le premier jet peut parfois être très bon, il n’est pas inutile de prendre le temps de l’analyse et de l’autocritique, voire même d’accueillir les remarques et suggestions de certains afin de bonifier son sermon. Si on a l’occasion de le prêcher à nouveau, celui-ci sera probablement enrichi.

Il ne paraît donc pas incohérent d’envisager prêcher plusieurs fois la même prédication, mais il convient de le faire en évitant certains risques et en pratiquant cela d’une manière adaptée et constructive. Dans les cas où l’on prêcherait plusieurs fois la même prédication, il importe premièrement d’avoir un minimum de capacité d’adaptation. Le mot d’ordre lié à une telle pratique pourrait être : « adapter, adapter, adapter ». Cela peut et doit être de s’adapter à l’auditoire qui est changeant, de s’adapter à son propre état d’esprit en tant que prédicateur, de s’adapter aux circonstances, aux lieux, aux événements, au contexte, au calendrier… Par ailleurs, il convient de savoir faire le tri entre nos bonnes et nos moins bonnes prédications, et il ne sera pas inutile de savoir éliminer ou éventuellement de retravailler de fond en comble une prédication. Surtout, il sera fondamental de ne pas tomber dans la redondance et se laisser renouveler par nos propres prédications. Dans cette dynamique, il me paraît donc fondamental d’être sans cesse en train de créer de nouvelles prédications. J’ai rencontré un pasteur qui avait une série de prédications et une fois en place dans une nouvelle Eglise reprenait une à une systématiquement ses anciennes prédications ; cette pratique me paraît être à déconseiller vivement, pour ne pas dire les choses encore plus radicalement. Enfin, pour que cette pratique reste fructueuse, il me semble important de se réapproprier nos propres messages. Ainsi, que l’on prêche un message déjà prêché une semaine, un mois ou un an avant, il ne sera pas inutile de prendre le temps de le relire, de l’annoter, de l’intérioriser à nouveau  … et bien entendu de demander à l’Esprit de nous guider et nous accompagner dans le partage de cette prédication quitte à lui laisser aussi sa part de renouvellement et de rafraîchissement.