Prêcher avec imagination prophétique

Par Gabriel Monet

Le 28 août 2010 à la faculté de Zurich avait lieu un colloque sur les rapports entre « urbanité et religiosité ». Participant à cette rencontre, j’ai eu le plaisir d’être stimulé dans ma réflexion par les nombreux intervenants sur la manière de vivre sa foi dans la ville, avec tous les défis que cela représente. L’après-midi, un atelier animé par David Frenchak et Carol Ann McGibbon a particulièrement attiré mon attention : « L’art de prêcher avec imagination prophétique ». C’est en fait le titre d’un cours entier que donnent ces professeurs de théologie à Chicago dans un Institut (appelé SCUPE) qui s’est spécialisé pour former des leaders en vue de ministères urbains. Qu’est-ce donc que prêcher avec imagination prophétique ?

D’entrée David Frenchak affirme que ce n’est pas la seule manière de prêcher mais juste un modèle parmi d’autres. Souvent, affirme-t-il, une prédication est l’affirmation d’une vérité qui est accueillie comme telle par les auditeurs. La prédication prophétique cherche une approche différente en développant la dimension dramatique, voyant presque la prédication comme une pièce de théâtre. Il s’agit presque de jouer (play a le double sens en anglais pouvant être traduit à la fois par le verbe « jouer » et par le nom « pièce de théâtre ». La prédication avec imagination prophétique s’appuie sur deux scènes qu’il convient de choisir, l’une dans la Bible, l’autre dans l’actualité. Il faudra ensuite développer ces deux scènes en quatre actes qui vont devenir quatre étapes de la prédication. Le prédicateur est à la fois l’auteur, le réalisateur, le producteur, l’acteur ! Le fait de considérer la prédication comme un « drama » donne beaucoup de liberté (le mot drama est difficilement traduisible, il évoque en tous cas une dimension tragédique). C’est d’ailleurs parce que la vie est un « drama » dans lequel on fait des choix, bons ou mauvais, que nos prédications peuvent avoir cette même approche. D’ailleurs, on ne sait pas où vont les gens dans leurs têtes quand on prêche. Or, le « drama » active leur imagination : le but est que les gens « décollent », et qu’étant stimulés, ils laissent le Saint-Esprit agir dans leurs vies. C’est en effet pour David Fenchak inhérent à sa définition de la prédication : « Prêcher est un acte d’adoration qui glorifie Dieu au travers de la proclamation de l’Evangile et qui prépare les cœurs, les esprits et les corps des adorateurs pour la venue du Saint-Esprit ».

Quels sont donc les étapes de la prédication avec imagination prophétique ? Voici les quatre actes proposés. Dans l’acte 1, il s’agit de présenter sur une scène tirée de la Bible et de la raconter en se plaçant en tant que spectateur et observateur. Parce que les choix sont connectés aux émotions, il s’agit de mettre l’accent dans le récit sur la dimension dramatique, sur les émotions que ressentent les personnages. Ce premier acte n’élimine en rien un travail exégétique sur le texte, mais il n’en sera pas fait écho directement, l’étude approfondie du texte permettant d’éclairer la narration qui en sera faite. On passe alors à l’acte 2, qui consiste à choisir et présenter un fait d’actualité qui se relie avec le texte biblique. Cela demande du temps et de la discipline, et cela implique de lire le journal en tant que théologien. Il s’agit même d’une certaine manière de faire l’exégèse du fait d’actualité, et de vérifier et recouper l’information, d’enquêter sur le contexte, etc. Dans l’acte 3, l’idée est de revenir à la scène biblique pour chercher dans le texte en quoi consiste la « bonne nouvelle » qui y est contenue. Comme dans toute bonne prédication, il ne faut avoir qu’un seul thème, et ce thème doit concerner Dieu et non les hommes ou la société. Qu’est-ce que ce texte dit sur Dieu. Le but est d’arriver à une simple affirmation sur Dieu. On peut alors passer à l’acte 4 qui laisse une part à l’imagination. Il s’agit en effet d’imaginer ce que Dieu peut avoir à dire sur notre thème dans notre contexte particulier : en quoi la « bonne nouvelle » sur Dieu mise en évidence dans le texte biblique peut éclairer la scène d’actualité et notre vie ? D’une certaine manière dans l’acte 3 on répond à la question « où était Dieu ? », alors que dans l’acte 4 on répond à la question « où est Dieu aujourd’hui ? ». 

Cette approche de la prédication avec imagination prophétique mériterait bien entendue d’être approfondie, et on aimerait en écouter quelques exemples pour mieux mesurer ce qu’elle est et son impact. Toujours est-il que cette présentation succincte a le mérite de stimuler notre réflexion sur l’art de prêcher et nous invite à sortir des sentiers battus. Comme l’affirme David Fenchak : La vie est un « drame » et la Bible est à propos de la vie ; c’est pourquoi la Bible présentée de façon « dramatique » peut donner du sens à la vie !