Jean-Claude Guillebaud interpelle la prédication

Par Gabriel Monet

Du 23 au 25 septembre prochain auront lieu à Lille les Etats généraux du christianisme. L’écrivain et essayiste Jean-Claude Guillebaud exprime dans une petite vidéo les raisons de son soutien à ce projet. L’auteur de Comment je suis redevenu chrétien est membre du comité de parrainage de ce grand rassemblement initié par l’hebdomadaire La Vie. Or dans ce message il interpelle la prédication. A la question : « Qu’attendez-vous de ce rassemblement ? », voici ce que Jean-Claude Guillebaud répond : « J’attends que les gens se libèrent de ce qu’ils ont sur le cœur, que les gens osent dire des choses fondamentales. Je peux vous prendre un exemple. Soyons honnêtes, la plupart des chrétiens, c’est mon cas souvent, peut-être 80 % de chrétiens s’ennuient quand ils vont à la messe. Pourquoi est-ce qu’on n’aurait pas le droit de poser des questions. Dire pourquoi je m’ennuie. Alors qu’en fait la messe devrait être quelque chose qui passe comme ça en une seconde. Il y a un vrai problème : ce que Timothy Radcliffe, l’ancien supérieur des Dominicains appelle « l’ennui de la prédication ». Lui a été un des rares à poser la question brutalement. Pourquoi est-ce qu’on n’en discuterait pas entre nous ? Est-ce que cela tient à la manière dont nous parlons du message ? Est-ce que cela tient au fait que nous donnons l’impression aux gens de parler une langue morte ? Une langue qui n’est plus entendue par les gens d’aujourd’hui. Donc, voilà une manière de débattre de tout cela sans souci de l’institution, en grande liberté. Moi je trouve que c’est une initiative formidable ».

guillebaud

Une parole franche et libre qui ne laisse pas indifférent. Le constat est sincère et le défi lancé : comment sortir de l’ennui de la prédication ? Permettez-moi quelques petits commentaires. Tout d’abord sur le diagnostic d’une prédication qui ennuie. S’il est vrai que pour un bon nombre d’auditeurs les prédications ne sont pas en phase avec les attentes, je ne suis pas sûr d’être aussi radical. Je suis convaincu qu’une partie de la désaffection des Eglises est due à un manque de pertinence de nos liturgies en général et de nos prédications en particulier. Néanmoins, je reste impressionné par l’engagement de nombreuses personnes qui de semaine en semaine viennent se nourrir de la Parole de Dieu prêchée dans les Eglises. Il convient peut-être aussi de remarquer le point de vue de Jean-Claude Guillebaud qui est un point de vue catholique. Si pour les catholiques, depuis Vatican II la prédication (souvent appelée homélie) est plus présente dans la messe que précédemment, elle n’est pas aussi centrale et importante que pour les protestants. Au passage on peut noter que trop souvent, dans les médias français en tous cas, on réduit le christianisme au catholicisme, et lorsqu’on parle de l’ « Eglise », on évoque plus ou moins explicitement la seule Eglise catholique. Elle est certes majoritaire mais non la seule. Si ces Etats généraux du christianisme seront utiles, je n’en doute pas, seront-ils les Etats généraux du christianisme ou du catholicisme ? En tous cas je me réjouis et je resterai à l’écoute pour savoir ce qu’il se dira concernant la prédication. Quelles seront les pistes proposées pour sortir de l’ennui ? Jean-Claude Guillebaud esquisse une réponse : le fait que la prédication ne soit pas en phase avec les gens d’aujourd’hui, qu’elle donne l’impression d’une parole exprimée dans une langue morte. Je le rejoins volontiers dans ce désir de sujets en phase avec la vraie vie des gens et dans un langage contemporain… même si c’est parfois facile de le désirer, plus difficile de le réaliser. Enfin, dernière remarque : Jean-Claude Guillebaud mentionne Timothy Radcliffe et son expression « l’ennui de la prédication ». Pour ceux qui seraient intéressés, il fait référence je suppose à un article qui est mentionné dans la bibliographie de ce blog où vous trouverez également une fiche de lecture : Timothy RADCLIFFE, « Prédication : sortir de l’ennui ! », Etudes 398 (2003/1), p. 63-73. Dans cet article, Timothy Radcliffe fait ce constat honnête : « Nos mots ne touchent pas toujours ceux qui nous écoutent lorsque nous prêchons ». Pourquoi, et que faire ? L’auteur s’appuie alors sur le lien fondamental entre la proclamation de la Parole de Dieu et la consécration du pain et du vin lors de la Cène pour réfléchir à la sacramentalité de la Parole. Ce dernier repas du Christ comporte « trois moments dont on devrait retrouver l’écho dans la prédication de l’Eglise : 1) Jésus rejoint ses disciples dans leurs difficultés et désarrois personnels ; 2) il les rassemble en une communauté ; et 3) il ouvre cette communauté à la plénitude du Royaume ». Il ajoutera en conclusion : « Notre prédication sera sacramentelle, efficace, si elle respire au rythme de l’humanité, rassemblant et renvoyant, nous donnant la vie et l’oxygène dont notre sang a besoin ». Un beau programme auquel on peut espérer que les Etats généraux du Christianisme viendront ajouter des propositions concrètes par une « parole libérée ».