« Intégrer Dieu dans la sphère humaine »

Par Gabriel Monet

Interview de Hébert Valiamé

Hébert Valiamé, vous êtes un prédicateur de renom, quels sont selon vous les critères d’une bonne prédication ?
Les critères d’une bonne prédication peuvent se résumer à trois éléments qui à mon avis sont incontournables : (1) présenter le Christ (2) dans un langage accessible à tous (3) qui rejoint l’auditeur dans ses préoccupations ou besoins personnels.

Est-il important pour un prédicateur de s’adapter à son public, et comment vous y prenez-vous pour intégrer cet élément dans votre préparation ?
Celui qui ne se tient pas à l’écoute de son public risque de passer à côté de son objectif. En effet, lors de la préparation, le prédicateur doit tenir compte de la composition du public auquel il doit s’adresser afin d’utiliser des éléments clés qui pourraient accrocher son public (les illustrations, les éléments de la culture ambiante et également certaines expressions linguistiques très connues). J’ai du par exemple revoir l’écriture de la plupart des séries de conférences que j’utilisais en France pour les adapter à un contexte Nord-Américain et Québécois. Autrement, je risquais d’avoir en face de moi un public en déphasage par rapport à l’objectif escompté.

Dans le monde de l’homilétique, le black preaching est considéré comme un style de prédication. Quelles en sont les caractéristiques, et vous considérez-vous comme un black preacher ?
On retrouve dans le black preaching une intention de rendre la parole pratique et concrète plutôt que théorique. Il cherche à intégrer Dieu dans la sphère humaine, à le rendre plus humain en quelque sorte. Parmi les composantes traditionnelles on y trouve le style, la structure du sermon, l’approche interprétative de la Bible et la théologie populaire. En ce qui me concerne, je ne me suis jamais préoccupé d’une étiquette de prédicateur, toutefois je reste persuadé que tout bon prédicateur doit être capable de s’inspirer des différents styles ou approches afin d’apporter à son auditoire un message dans une forme qu’il puisse être capable d’accueillir.

La manière différente d’aborder la prédication en fonction de l’origine ethnique, est-elle selon vous uniquement culturelle ?
S’il est vrai qu’il est difficile d’échapper à l’influence culturelle, il me semble qu’en tenant compte de cet aspect sociologique, le prédicateur qui s’adapte multiplie ses chances de voir le message bien reçu et ses auditeurs interpellés. Je dois régulièrement revoir mon style de présentation du message en fonction des groupes ethniques auxquels je m’adresse à travers notre fédération cosmopolite et lors de mes différents voyages dans d’autres pays.

Vous concluez chacune de vos prédications par un appel. En quoi consiste cet appel et comment amenez-vous cette exhortation finale ?
Je considère comme point de départ que toute prédication doit offrir à chacun l’occasion de se positionner par rapport au message qu’il écoute. Je me base également sur la probabilité qu’il y aura au moins une personne qui peut-être n’aura que cette seule opportunité d’entendre ce message. Par conséquent je me dois de les inviter à se positionner par rapport à la pertinence de la parole annoncée et de l’action du Saint-Esprit sur leur cœur. Lorsque le message est construit avec un argumentaire qui véhicule une grande échelle de valeur, l’auditeur se trouve dans une position d’ouverture et d’accueil propice à un engagement personnel ; alors l’appel à la décision s’impose et se met en place au moment opportun. Le prédicateur devrait être sensible à la prise de conscience de son auditoire et prompt à se laisser guider par l’Esprit de Dieu.

Vous prêchez chaque semaine à un auditoire chrétien, mais vous avez aussi l’occasion de prêcher à des publics plus hétéroclites. En quoi cela change-t-il l’approche de la prédication ?
Lorsque les prédications sont destinées à un public de croyants, j’aborde le texte biblique de manière plus directe tout en maintenant un langage compréhensible par tous. Dans le cas d’un public plus hétéroclite l’approche du texte est amorcée par une introduction puis une contextualisation pour finalement déboucher sur une actualisation et une application. Il faut aller chercher son public là où il se trouve pour l’accompagner à travers le cheminement biblique.

Comment choisissez-vous vos sujets de prédication ?
Dans un premier temps, j’écoute la radio, je me tiens informé de ce qui se passe dans le monde. J’écoute ou je prends part aux conversations publiques et j’observe le comportement des gens autour de moi. Puis dans un deuxième temps, j’essaie de trouver le point d’ancrage des ces éléments avec l’Evangile et ainsi cela me permet de répondre à des préoccupations individuelles tout en intégrant les différents éléments recueillis dans le message du salut.

Selon vous, prêcher est une vocation, une technique ou un art ?
Prêcher est d’abord une vocation qui doit se développer sous l’influence de l’Esprit. C’est un art mais qui doit se cultiver avec l’apprentissage régulier et qui se travaille à l’aide de technique de communication afin de ne pas fatiguer son public et le garder connecté à l’écoute de la parole pour saisir le message divin.

Propos recueillis par Gabriel Monet, le 3 juillet 2010
Hébert Valiamé, originaire de la Martinique, a été pasteur de l’Eglise adventiste du septième jour à Paris de longues années avant de rejoindre le Canada où il exerce aujourd’hui son ministère.