Clin d’oeil depuis Atlanta (5)

Par Gabriel Monet

Cinquième clin d’oeil homilétique glané en écoutant des prédications à l’occasion de la Conférence Générale des Eglises adventistes à Atlanta.

De l’usage du PowerPoint

A l’occasion de la vingtaine de prédications qui ont déjà été partagées en une dizaine de jours de la Conférence Générale, il y a eu très peu de visuels. Malgré toute la technologie mise en œuvre qui rendait possible et facile cet usage, la majorité des prédications ont été exclusivement orales. Cela ne me dérange pas en soi, même si j’aurai apprécié un peu plus de variété à ce point de vue. Ceci étant, il est clair qu’il ne faut pas utiliser des visuels comme une fin en soi, et que l’usage de l’image est un art délicat pour qu’il serve véritablement de support afin de mettre en avant le message. Or, au cours de sa prédication, Sang Lae Kim, pasteur coréen, s’est appuyé sur un montage PowerPoint pour prêcher. Ma réaction en tant qu’auditeur va dans le sens de penser que si le montage PowerPoint aidait un petit peu par rapport à la compréhension, notamment à cause d’un anglais avec un accent assez marqué, au final, ce soutien visuel a plus agit comme un parasite et un obstacle que come une véritable valeur ajoutée. C’est certes subjectif ; pourtant je suis plutôt ouvert à ce genre de soutien. J’essaierai dans les semaines qui viennent de rassembler mes idées pour faire une note un peu approfondie sur les risques et les atouts d’un PowerPoint avec quelques pistes pour stimuler la réflexion en vue d’une utilisation positive. En tous cas, la prédication de ce soir me fait dire que pour qu’une prédication ne devienne pas une conférence, l’usage du PowerPoint n’est pas forcément la panacée ou en tous cas à utiliser et à préparer avec beaucoup de finesse.

Black preaching et traduction

J’ai été sollicité à deux reprises pour donner un coup de main pour la traduction de l’Anglais en Français. Or, la première prédication que j’ai du traduire était celle de Steve Riley, pasteur des Caraïbes. Le black preaching, s’il peut varier selon les orateurs a néanmoins des caractéristiques que l’on retrouve systématiquement. Cette prédication n’a pas échappé à une approche assez narrative, en l’occurrence du texte de Genèse 42 où Joseph rencontre ses frères venus en Egypte ; ainsi qu’à un enthousiasme débordant, le prédicateur s’emballant à de nombreuses reprises dans des chevauchées exhortatives sautillantes. Deux petites remarques : la première concerne la traduction. Autant le dire, la traduction simultanée que j’ai faite était relativement médiocre. Ceci dit, même si à n’en pas douter on peut faire mieux que ce que j’ai fait, c’est le genre même de prédication qu’il est très compliqué de traduire. Ce qui amène ma deuxième remarque : parmi les ingrédients qui devraient constituer une prédication : le logos (la logique, le raisonnement et le mode de construction de l’argumentation), le pathos (la persuasion par l’appel à l’émotion du public) et l’ethos (la force de persuasion et l’intégrité de l’orateur), le black preaching favorise très nettement le pathos. D’où justement la difficulté de traduire. Si certaines prédications « white » favorisent à l’inverse trop le logos, il me semble clair que c’est un équilibre à trouver. Il est légitime que chacun garde son style et sa « priorité » qui va avec l’approche choisie par le prédicateur ou qu’il incarne du fait de qui il est. Mais cette prédication entendue (et plus ou moins bien traduite) m’invite à intégrer le fait que l’auditoire est divers et varié, et cette multiculturalité doit encourager tout prédicateur à penser à proposer une approche qui puisse répondre un tant soit peu à chacun, pour que le plus grand nombre puisse entendre et recevoir la parole de Dieu.