Clin d’oeil depuis Atlanta (2)

Par Gabriel Monet

Deuxième clin d’oeil homilétique glané en écoutant des prédications à l’occasion de la Conférence Générale des Eglises adventistes à Atlanta.

Du bon usage du grec

Derek Morris est pasteur en Floride et professeur d’homilétique. Beaucoup de bonnes choses pourraient être retenues de sa prédication, mais je n’en mentionnerai qu’une : la manière dont il a utilisé quelques mots grecs et un en particulier. En effet, on peut parfois être tenté, quand on prêche, de citer des mots ou expressions bibliques dans l’original hébreu ou grec. Or trop souvent, me semble-t-il, cela n’apporte quasiment rien au message, si ce n’est éventuellement de montrer qu’on est capable de le faire. Loin de moi l’idée de décourager à l’analyse approfondie des mots, mais on peut tout à fait détailler le sens d’un terme dans l’original sans mentionner le mot en question en hébreu ou en grec qu’une infime minorité de l’assemblée pourrait connaître et qu’a priori personne ne va retenir. Le risque est grand, en faisant mention d’un mot grec, de finalement attirer l’attention vers soi plutôt que d’apporter une plus-value de sens et d’exhortation à la prédication. Je ne veux pas ici condamner tout ceux qui ont l’habitude de le faire, mais simplement orienter cette pratique vers un usage qui favorise un vrai bénéfice à l’acte homilétique. Derek Morris a prêché sur Luc 10.2 où Jésus dit aux soixante douze disciples : « La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux. Prier donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson ». Notre prédicateur du soir a commencé à parler du début du ministère de Jésus et lorsqu’il a évoqué ce qui s’est passé juste après le baptême de Jésus, il s’est arrêté sur le fait que Jésus avait été poussé au désert (Marc 1.12). Et Derek Morris de mentionner l’original du verbe « pousser » : ekballo en grec. Mais il n’a pas fait que le mentionner, il a détaillé le sens de ce mot : ballo signifiant « jeter », et ek « au dehors ». Il a ainsi pu montrer combien Jésus avait été presque malgré lui et sous l’influence de l’Esprit amené au désert. Je ne vais pas retranscrire toute la prédication, mais Derek Morris en est vite arrivé au texte de Luc 10.2 qu’il a analysé en détail, étape par étape : l’affirmation d’une moisson abondante, la rareté des ouvriers, et enfin la nécessité de prier pour envoyer des ouvriers à la moisson. Or, arrivé à ce point, il a mentionné le mot grec que traduit « envoyer », et c’est bien entendu ekballo ! Toute la dernière partie de sa prédication était alors basée sur l’importance d’une prière qui ose demander à ce que nous soyons, à l’exemple de Jésus, « poussés, envoyés, conduits, jetés dehors… » afin de vivre notre vocation d’être des ouvriers dans la moisson. Derek Morris a non seulement éclairé le sens de ce passage en mentionnant le mot grec original, mais il l’a fait en permettant un parallèle avec Marc 1.12 que les traductions françaises ne suggèrent pas. Surtout il a su jouer avec ce mot qui est devenu un mot clé de son message, l’utilisant et le conjuguant même en l’anglicisant pour actualiser et exhorter tout un chacun à laisser le Saint-Esprit nous ekballoer là où il attend que nous soyons. Un très bel exemple afin de faire un bon usage du grec dans une prédication !