1 Thessaloniciens 1-2 : La prédication, plus qu’un discours

Par Gabriel Monet

Dès l’entame de son épître aux Thessaloniciens, Paul affirme : « Notre annonce de l’Evangile chez vous n’a pas été seulement discours, mais puissance, action de l’Esprit Saint, et merveilleux accomplissement » (1 Thessaloniciens 1.5). Il est intéressant de savoir que cette épître aux Thessaloniciens est probablement le premier écrit du Nouveau Testament. Paul l’a rédigée de Corinthe, peu après son départ de Thessalonique. Paul s’était rendu à Thessalonique lors de son deuxième voyage missionnaire, et avait prêché dans la synagogue trois sabbats de suite. Sa prédication a été si bien reçue par une frange de la population que des réactions fortes allant jusqu’à des persécutions de la part des autorités religieuses ont obligé Paul à fuir (Actes 17.1-10). Mais ce court temps passé à prêcher à Thessalonique n’est pas resté vain puisque la missive que Paul envoie aux Thessaloniciens témoigne de l’impact qu’a eu cette annonce de l’Evangile. Sur les cinq chapitres de cette épître, les deux premiers évoquent abondamment et précisément les conséquences de la prédication paulinienne. Tout prédicateur peut donc être interpellé par les caractéristiques évoquées. Or l’idée principale que Paul développe, c’est que si sa prédication a eu autant d’effet, c’est qu’elle était plus qu’un discours. Cela reste vrai encore aujourd’hui.

Certes, prêcher est un acte de l’ordre du discours, et ainsi on peut intégrer des éléments de rhétorique propres à cet exercice. Cependant, si l’usage des outils des sciences de la communication n’est pas inutile, cela ne suffit pas pour que ce discours se transforme en « puissance, action, et accomplissement ». D’entrée, Paul annonce donc la couleur : la vocation d’une prédication est de susciter des engagements qui se traduisent par des actes. Il faut remarquer que ces conséquences ne sont pas le fruit de la seule mise en œuvre humaine, mais ce que suscite l’annonce de l’Evangile est issu de la collaboration entre l’auditeur et le Saint-Esprit. Et Paul de détailler les qualités d’une prédication qui pourra produire ces fruits. La première de ces qualités est l’authenticité. Ce que Paul dit, il le vit. Ce que Paul prêche, il l’incarne. L’Evangile est radical, profond, sincère ; il n’a d’autre obsession que d’être à la hauteur : « C’est que notre prédication ne repose pas sur l’erreur, elle ne s’inspire pas de motifs impurs, elle n’a pas recours à la ruse. [...] Nous ne cherchons pas à plaire aux hommes, mais à Dieu qui éprouve les cœurs » (1 Thessaloniciens 2.3-4). A n’en pas douter, prêcher implique d’être en phase avec ses auditeurs et de répondre à leurs besoins, mais ce n’est pas pour autant qu’il faille caresser dans le sens du poil et ne dire que des choses agréables à entendre. Si les formes d’une prédication peuvent être belles, cela ne doit pas masquer ou minorer la radicalité de la prédication qui encourage tout un chacun à se présenter devant Dieu pour être transformé, déplacé, interpellé. La prédication deviendra puissance et accomplissement dans la mesure où justement elle aura invité l’auditeur à se laisser engendrer à une vie régénérée par l’Esprit.

Dans cette dynamique d’une parole qui pousse à la transformation ou la croissance spirituelle, il n’est pas étonnant de retrouver sous la plume de l’apôtre deux images des figures parentales. Prêcher, c’est assumer d’une certaine manière, un rôle de mère et de père. Paul prend l’image de la mère pour montrer à quel point il faut aimer et prendre soin pour susciter l’engagement : « Nous avons été au milieu de vous plein de douceur, comme une mère réchauffe sur son sein les enfants qu’elle nourrit » (1 Thessaloniciens 2.7). Prêcher est en effet un acte éminemment pastoral. Or, cette dimension pastorale qui inclut un rôle d’accompagnement esquissé par l’image maternelle est complétée par une certaine fermeté présente dans l’image paternelle : « Traitant chacun de vous comme un père ses enfants, nous vous avons exhortés, encouragés et adjurés de vous conduire d’une manière digne de Dieu qui vous appelle à son royaume et à sa gloire » (1 Thessaloniciens 2.12).

Mais au final, pour qu’une prédication soit plus qu’un discours, l’authenticité, la radicalité, ou encore la dimension pastorale devront être complétées par une réelle soumission à l’Esprit-Saint, qui seul peut contribuer à véritablement transformer les humbles paroles des hommes en « merveilleux accomplissement ». Et cela concerne autant le prédicateur que l’auditeur : « Quand vous avez reçu la parole de Dieu que nous vous faisions entendre, vous l’avez accueillie, non comme une parole d’homme, mais comme ce qu’elle est réellement, la parole de Dieu, qui est aussi à l’œuvre en vous, les croyants » (1 Thessaloniciens 2.13).