De la durée de préparation d’une prédication

Par Gabriel Monet

Je me souviens avoir une fois posé à un artiste-peintre la question à l’occasion du vernissage d’une exposition de ses tableaux : combien de temps vous faut-il pour peindre une de ces toiles ? Sa réponse a été très intéressante et m’a marqué : « 42 ans ». C’était son âge ! En effet, si peindre un tableau peut prendre quelques heures, toute la profondeur et la force de ce que les formes et les couleurs vont exprimer est le fruit de toute une vie. En préambule à la réponse à la question posée dans cette note : « Combien de temps faut-il pour préparer une prédication ? », j’ai envie de répondre qu’une prédication est le fruit de toute une vie.

Alors concrètement, en plus d’être le fruit d’une vie entière de foi, de recherche, de prière et de maturation, combien de temps dure la préparation d’une prédication. Il n’y a évidemment pas de réponse valable pour tous à cette question. Nous sommes en effet tous différents dans nos manières de fonctionner. De plus, il en ira différemment selon que l’on prêche pour la première fois et que l’on a une vie de prédication derrière soi. Le sujet choisi peut aussi nécessiter un temps de préparation différent. Sans parler de l’auditoire qui peut influencer l’énergie et le temps consacré à la préparation : même si cela est discutable, on risque de passer plus de temps à préparer la prédication lors d’un grand rassemblement d’Eglise qu’à l’occasion de la prédication hebdomadaire d’une petite communauté !

Quels sont les ingrédients qui sont à prendre en compte alors que l’on considère le temps de préparation d’une prédication ? Il y a d’abord le choix du sujet ou du texte (sauf s’il est choisi d’avance ou imposé). Il n’empêche que cela prend parfois pas mal de temps que de choisir le bon sujet d’une prédication. Mais une fois le sujet choisi, la préparation d’une prédication implique : l’étude du ou des textes bibliques, des temps de lecture et de réflexion ; des temps de travail plus formel à prendre des notes, à mettre en ordre ses idées, à rédiger ; et puis d’une manière transversale, ce que j’appellerais des temps de maturation. En effet, même si ce n’est bien sûr pas impossible, se mettre à préparer une prédication puis quelques heures plus tard, en avoir fini, n’est probablement pas l’idéal. En effet, je pense qu’il est bon de « laisser décanter » sa réflexion, ses lectures, ses idées, ce qu’on a envie de transmettre. Certes le Saint-Esprit peut inspirer un travail court et intense, mais j’ose penser qu’il peut aussi intervenir très efficacement sur la durée. Selon la belle expression de Fred Craddock, les sermons qui sont « plantés, arrosés et moissonnés »1 avec le temps qu’il faut sont meilleurs que les autres. Pour ma part, je pense souvent à la prédication que je prépare en faisant autre chose, et parfois ma vision s’éclaire et ma prédication gagne en profondeur grâce à des idées qui me viennent en conduisant, en faisant du sport, en lisant autre chose, en discutant, la nuit, etc. C’est pourquoi, j’aurais du mal à répondre à la question de savoir combien de temps me prend la préparation d’une prédication. Même si c’est variable selon les situations, si je pourrais quantifier le nombre d’heures passées spécifiquement à cette préparation, mais je serais incapable de compter le temps que je passe à méditer en mon cœur ce que le Seigneur me donne à partager en prêchant.

Au final, quelques lois de la gestion du temps peuvent être utiles pour évaluer ou gérer le temps de préparation d’une prédication. Il est vrai que la loi de Parkinson affirme que « le travail se dilate jusqu’à remplir la durée disponible pour son accomplissement », donc plus on donne de temps à sa préparation, plus on en prend. Néanmoins, la loi de Murphy nous rappelle que « rien n’est aussi simple qu’il n’y paraît et qu’une chose prend toujours plus de temps qu’on l’avait envisagé ». Un  équilibre pourrait être trouvé dans le fait de commencer sa préparation suffisamment tôt, si possible plusieurs semaines à l’avance2, afin de pouvoir consacrer des plages de temps définies à l’avance à une préparation formelle, mais aussi de laisser cours à la maturation informelle qui pourra compléter le travail préparatoire. Si une prédication n’est pas le fruit de toute une vie, elle reste néanmoins l’aboutissement d’une implication personnelle et profonde pendant les jours, et peut-être les semaines, qui précèdent le temps du partage !

1 Fred Craddock, Prêcher, Genève, Labor et Fides, 1991, p. 103.
2 J’ai conscience que pour ceux qui doivent prêcher toutes les semaines, cela implique d’avoir plusieurs prédications en préparation en même temps. Au début de mon ministère, je ne pensais à une prédication qu’après avoir prêché la précédente. Aujourd’hui, j’ai évolué et j’ai tendance à m’y prendre beaucoup plus à l’avance et à préparer de front plusieurs prédications.