Pasteur « oral » contre « pasteur « bouquin »

Par Gabriel Monet

Une note écrite par Henri Bacher

Le prédicateur, à l’heure actuelle, est confronté à deux problèmes fondamentaux qu’on ne lui a pas appris à gérer. L’un est en relation avec la culture et l’autre est le résultat de la surenchère d’informations.  

Dans notre tête, lorsque nous nous trouvons devant notre public dominical, nous sommes des instructeurs, des explicateurs, bref des enseignants ou disons-le plus trivialement des instituteurs spirituels. D’ailleurs tout notre vocabulaire d’église est lié à l’école : professeur de théologie, institut ou école biblique, enseignement, lecture (de la Bible), étude biblique, cours biblique, école du dimanche (parfois relooké pour faire plus moderne). Hélas, le monde des adultes n’est plus sur la planète scolaire et déteste se retrouver sur un banc d’école le dimanche matin. N’oubliez pas que cette approche scolaire de la foi n’a que 500 ans et qu’elle est le résultat d’un bouleversement culturel et pas seulement d’une renaissance spirituelle.

Aujourd’hui, nous basculons dans l’oralité électronique et c’est un monde culturel complètement différent de celui surgit lors de la Réforme et des Réveils du XIXe siècle. Lorsque dans nos églises nous en parlons, nous pensons surtout image et nous ne nous rendons pas compte qu’il s’agit d’un phénomène beaucoup plus vaste. Il touche à la manière de jauger la réalité, de l’expliquer, de la valoriser et surtout de la médiatiser. Aujourd’hui il ne suffit pas au prédicateur d’utiliser une projection en Powerpoint ou d’ajouter une image à ses sermons, il faut repenser toute sa manière de penser et de communiquer. Ce sont les médias électroniques, internet et la téléphonie qui nous éduquent à l’oralité. La Bible est sortie en grande partie de l’oralité, nous ne sommes donc pas en terrain inconnu, à condition de ne pas la faire passer dans notre mixer scolaire, lié très fortement à l’étude intellectuelle, à l’approche analytique de la réalité spirituelle.

L’autre problème de la prédication, c’est le nombre impressionnant d’informations que le croyant véhicule avec lui en venant au culte. Le prédicateur fait souvent abstraction de cette réalité-là et il déblatère comme s’il était en terrain vierge. De plus, durant la semaine ou parfois le soir même, le croyant rajoute encore une multitude d’informations de par son activité ecclésiastique dans sa propre église ou ailleurs ou par ses lectures ou son activité comme internaute. La plupart du temps ces informations n’ont pas de rapport entre elles et contribuent plus à sa déstructuration qu’à sa construction. 

Il est donc urgent de relier entre eux les éléments importants de nos communications spirituelles. La prédication devrait être liée à la méditation personnelle, ainsi qu’aux études bibliques. On peut faire des suggestions de lectures ou pointer sur des séquences vidéo sur internet qui contribuent à renforcer le thème central. En plus, on peut partager durant chaque rencontre ce qu’on vit avec tous ces apports. Plus il y a de boucles d’informations et de partage sur le même sujet, plus le message va s’ancrer en profondeur.

Prédicateur documente-toi sur l’oralité ! Deviens un pasteur oral au lieu d’un pasteur bouquin qui parle comme un livre. Alors tu seras efficace dans notre société.

Pour des idées de prédication élaborées selon les principes susmentionnés avec un dossier préparé conjointement avec la Société biblique suisse : http://www.die-bibel.ch/fra/downloadf/jeu-vie.php