« La prédication, un lieu de ressourcement »

Par Gabriel Monet

Interview de Joan Charras-Sancho

Joan Charras Sancho, vous travaillez sur la liturgie et avez mené une grande enquête sur les pratiques des Églises luthéro-réformées en France pour la thèse doctorale que vous préparez. Que pouvez-vous nous dire sur le regard que portent les paroissiens sur la prédication ?
Les paroissiens et les paroissiennes interrogés ont répondu dans une grande majorité aux questions portant sur la prédication, marquant par là l’intérêt tout protestant pour la Parole prêchée. Les jeunes, plutôt minoritaires dans nos Églises, se sont souvent emparés du sujet. Une enquête sociologique de 1988, dirigée par Isabelle Grellier et Jean-Paul Willaime, avait déjà mis en lumière le paradoxe suivant : les paroissiens considéraient la prédication comme importante, mais étaient incapables de situer le passage biblique concerné !

La prédication garde-t-elle un caractère central du culte, comme cela a longtemps été le cas en protestantisme ?
Je dirais, qu’à ma grande surprise, le caractère central de la prédication ne minimise pas la place de l’hymnologie dans le vécu cultuel des paroissiens et des paroissiennes interrogés. De fait les contemporains et les contemporaines interrogés étaient aussi très sensibles aux questions de musique, somme toute une autre forme d’incarner la Parole. Pour donner des chiffres, incomplets et souvent partiels, près d’un tiers des personnes interrogées souhaitent un « plus » au niveau de la louange (chanter plus, plus de chants modernes, etc.).

Quelles sont les attentes des personnes que vous avez interrogées en lien avec la prédication ?
La prédication doit être fondée bibliquement, courte, intelligible et nourrissante. Nous touchons là aux questions de disponibilité des participant-e-s, de langage liturgique et aussi de transmission biblique.

Quelles seraient donc les qualités d’une bonne prédication ?
Elle est attendue comme un lieu de ressourcement, au sens biblique et existentiel. De fortes attentes se font sentir au niveau du fond comme de la forme. C’est tout un champ de renouvellement homilétique qui est ouvert !

La prédication reste-t-elle l’apanage des pasteurs ou s’ouvrent-elles à des prédicateurs laïcs ?
En France, les Églises historiques (réformées et luthériennes), qui sont en pleine dynamique d’Union d’Églises, permettent aux laïcs de se former et de prêcher. Ces derniers et ces dernières sont assez nombreux à avoir répondu au questionnaire et y expriment souvent leur joie de servir par ce biais.

La prédication fait partie de la liturgie. En quoi la prédication est-elle un acte cultuel ?
La prédication est, idéalement, à ne pas détacher du reste de la liturgie. Si le culte est pensé comme un temps d’offrande, mis à part pour recevoir à nouveau le don de Dieu et y répondre par nos dons, la prédication, temps d’écoute et d’intériorisation de la Parole prêchée, devient, comme le disent nombre de personnes interrogées, le Pain spirituel de la semaine. Par ailleurs, d’autres approches de la prédication, moins classiques, sont de plus en plus développées, comme des prédications-dialogues avec l’assemblée, ou des temps courts (appelés « messages ») disséminés ça et là dans la liturgie, et ces initiatives sont généralement très bien reçues.

Pour conclure, quels sont pour vous les enjeux de la prédication contemporaine ?
Je trouve cette question éminemment délicate, et je ne peux y répondre que depuis mon ancrage, celui des Églises historiques luthéro-réformées. Une piste pourrait être de pleinement intérioriser ce que les paroissiennes et les paroissiens interrogés attendent d’un culte : qu’il soit chantant et vivant, participatif et intergénérationnel, intelligible et profondément enraciné dans la Bible. Il est évident que ces attentes sont parfois excessives, et pourtant nos Réformateurs n’en ont pas fait moins lorsqu’ils ont dû changer leur langage, traduire et harmoniser des chants, catéchiser et évangéliser dans un contexte novateur !

Propos recueillis par Gabriel Monet, le 8 mars 2010
Joan Charras Sancho est doctorante à la Faculté de théologie protestante de l’Université de Strasbourg. La thèse qu’elle rédige sous la direction d’Elisabeth Parmentier a pour titre : « Pratiques liturgiques des Églises luthériennes et réformées en France et critères d’analyse théologique de ces pratiques. Vie liturgique, dynamique communautaire et identité ecclésiale ». Pour tout contact : joancharrassancho@gmail.com.