« Il faut être court »

Par Gabriel Monet

Interview de Didier Mellière

Didier Mellière, vous êtes le coordinateur national de SOH, le service d’optimisation des homélies de l’Eglise catholique. Pouvez-vous nous dire quand et comment est né ce service, et pourquoi vous l’avez créé ?
SOHcatho est une association de bénévoles au service de l’Eglise Catholique, créée en 2007 sous l’autorité de Monseigneur Aupetit. Elle est née de la souffrance devant trop d’églises désertées notamment par les jeunes, devant le contraste entre une  population  en recherche de repères et la méconnaissance de Jésus-Christ, devant l’incapacité de certains prêtres à transmettre ce qu’ils ont dans le cœur pour des raisons de médiocre communication orale.

Ce sont donc des bénévoles qui encadrent ces sessions de formation. Quel est l’intérêt d’avoir des personnes laïques formées à la communication orale pour animer ces sessions avec des prêtres ?
Les laïcs recrutés dans SOH sont de bons communicants qui connaissent les attentes notamment des jeunes et des personnes à la foi instable et qui savent les défauts à éviter.

Si je ne me trompe, vous êtes professeur en Chirurgie. Etes-vous vous-même un prédicateur laïc ? Et si oui, comment appréhendez-vous la préparation et l’acte de prêcher ?
Dans l’Eglise  Catholique, seules les personnes consacrées (prêtres et diacres) sont habilitées à prêcher. Mais les laïcs sont invités à faire de la catéchèse. Mon expérience de professeur de chirurgie m’a forcément conduit à bien communiquer aussi bien avec les malades qu’avec les étudiants. Toute communication commence par s’interroger sur les attentes des auditeurs.

Dans les sessions de formation que vous organisez vous vous concentrez sur les éléments de communication. Quels sont les éléments-clés de forme qui peuvent servir le fond d’une homélie ?
Il faut être convaincu d’abord que le plus important n’est pas ce que nous voulons dire mais ce que l’auditoire va retenir, ensuite que l’auditoire a besoin de temps pour s’approprier le message, enfin qu’il faut utiliser des moyens simples pour que l’auditoire mémorise.

Vous insistez sur l’importance de prêcher avec des objectifs.
Non pas des objectifs, mais un objectif précis qu’on aura choisi en tenant compte du texte liturgique et des attentes de la population. Un même texte peut donner lieu à de nombreux objectifs mais lorsqu’on a choisi un objectif précis, il est rare qu’il ne soit pas entendu, compris et retenu.

Comment appréhender le texte biblique pour que l’objectif de l’homélie soit en phase avec le message de l’Ecriture ?
Lors du Synode sur la Parole de Dieu qui s’est tenu à Rome en 2008, les évêques ont proposé une démarche en trois temps :
            1. Qu’a voulu dire l’auteur dans son contexte ?
            2. Que me dit ce texte aujourd’hui ?
            3. Quelles sont les attentes de la population par rapport à ce texte ?

Selon vous, quels sont les défis de la prédication contemporaine ?
Dans un monde saturé d’informations et profondément matérialiste, il faut être court, accrocher l’auditoire dès le début, veiller à la compréhension par le choix des mots, le plan et les silences, parler au cœur des gens avec le regard,  les variations vocales, la gestuelle et les expressions du visage, utiliser des moyens favorisant la mémorisation et terminer par des applications pratiques. La foi n’est pas une opinion mais un engagement derrière Jésus-Christ dans le monde de tous les jours.

Propos recueillis par Gabriel Monet, le 23 février 2010
Didier Mellière, professeur en chirurgie aujourd’hui à la retraite, est le coordinateur national de SOHcatho, le service d’optimisation des homélies de l’Eglise catholique.