Quand TF1 parle d’homilétique

Par Gabriel Monet

Ce lundi matin, un étudiant est venu me dire qu’on avait parlé d’homilétique sur TF1 dimanche au cours du journal télévisé. C’est donc avec curiosité que je vais sur le site de la chaîne et que j’y trouve effectivement un reportage (que vous pouvez voir ici) sur un service proposé dans certains diocèses intitulé « service d’optimisation des homélies » (SOH). C’est une initiative de bénévoles ayant une expérience en communication orale qui ont décidé d’offrir ce service aux prêtres. Cela passe par des sessions de formation au cours desquelles les prédicateurs reçoivent un enseignement puis ont l’occasion de prêcher pour ensuite passer à une phase d’analyse. Cela ressemble à de nombreuses formations qui existent dans certains milieux, mais je trouve très intéressant que ce ne soit pas un séminaire ou une faculté de théologie qui prenne cela en charge mais des bénévoles.

D’ailleurs, les participants à ces sessions de formation en sont manifestement contents comme ils en témoignent dans le reportage ou comme on peut le lire sur le site Internet de l’association qui essaye de se développer dans plusieurs diocèses www.sohcatho.org :

  • « J’ai énormément évolué (car les paroissiens me le disent et le sentent) dans ma manière de prêcher : c’est comme si j’avais appris à parler avec tout mon être, corps et personne. J’ai apprécié qu’on ne s’attarde pas sur le fond car cela nous aurait éloigné de l’essentiel de la session : comment faire passer une idée force, avec quelle structure, en combien de temps, avec quel ton, sous quelle forme ? Je dois même dire que je gagne en temps pour la préparation car finalement, en recherchant la question importante du texte, j’ai appris à trouver la pointe et à partir de là tout s’enchaîne : question, quelques points, reprise avec une bonne conclusion sans oublier l’enracinement dans la vie et la perspective d’une application concrète dans la vie des gens. Il est certain que recevoir des « critiques » n’est pas toujours agréable : mais on sent un esprit d’encouragement pour nous aider à améliorer ce que nous possédons déjà, notre désir de transmettre l’amour du Christ ».
  • « Pratiquement jamais personne n’ose apporter une critique constructive ou un encouragement sur les homélies… C’est un immense service que vous nous rendez, mais que vous rendez aussi à nos communautés que nous avons à faire grandir sur le chemin de la foi ».

Au cours de ses différentes sessions de formation, l’association SOH a mis en place un programme type assez précis que toutes les antennes qui proposent ces formations doivent suivre. La première séance est consacrée à quelques points qui ont pour acrostiche ACCMA (Accrocher, Convaincre, Mémoriser, Activer) : accrocher dès le premier instant ; convaincre les intelligences par des méthodes appropriées ; convaincre les cœurs en communiquant ma propre conviction ; aider à mémoriser car si l’auditoire ne se souvient de rien à quoi servirait l’homélie ; lancer dans l’action et proposer des modèles pour qu’ils n’en restent pas au théorique. La seconde séance est centrée sur l’objectif de l’homélie. Y sont discutés : les différentes sortes d’objectifs ; la nécessité de varier les objectifs pour réaliser une pédagogie d’initiation ; la façon de composer l’homélie en la centrant sur l’objectif. La troisième séance est consacrée à la manière de faire passer sa conviction, et des questions plus formelles telles que le regard, les variations vocales et les silences, la gestuelle et les expressions du visage. Enfin, la quatrième séance propose une synthèse.

Bref, une belle initiative. Il est vrai que si les Eglises se vident, il importe de se remettre en question. Et chercher à optimiser l’impact des prédications ne peut qu’être une bonne chose. Je me suis dit qu’heureusement que dans l’Eglise catholique on parle d’ « homélie » car si le terme « sermon » était d’usage, l’association aurait eu pour nom : SOS (Service d’Optimisation des Sermons) ! Mais finalement, n’est-il pas beau quand ce sont des auditeurs, laïcs, qui lancent comme un SOS et qu’ils sont même prêts à contribuer à ce que « les célébrations soient plus proches d’eux, plus convaincantes… pour mieux faire passer le message de la Bible » pour reprendre les paroles de Claire Chazal sur TF1. Finalement, le plus surprenant dans cette histoire, c’est que TF1 en fasse un sujet dans le journal télévisé. Comme quoi, malgré certaines apparences, la prédication ne laisse pas indifférent. Pourvu que cela dure !