Vécu : prêcher à Tahiti

Par Gabriel Monet

Je viens de passer trois semaines en Polynésie française pour donner des cours et j’ai par ailleurs eu passablement l’occasion de prêcher dans les Eglises. Prêcher dans un autre contexte que le sien est toujours une expérience intéressante, et je voudrais ici simplement relever quelques points qui m’ont interpellé.

Une prédication de bonne odeur
predication-gabriel-bora-boraLa première chose qui interpelle quand on a l’occasion de prêcher en Polynésie, c’est l’accueil. Même si la qualité de l’accueil n’est pas exclusif des Eglises et des prédicateurs (car où que l’on soit, l’accueil y est merveilleux), il n’empêche qu’à chaque fois que j’ai eu l’occasion de prêcher, je l’ai fait avec une ou plusieurs couronnes de fleurs autour de cou. En effet, offrir une couronne de fleur est un signe de bienvenue, d’accueil, de reconnaissance. Il y a même parfois tout un cérémonial autour de ce « couronnement » pour reprendre le terme utilisé. De manière récurrente, dans les discours qui accompagnaient ces couronnes de fleur, la bonne odeur de ces fleurs a été mentionnée pour imager les sentiments qui émanent du cœur de ceux qui offrent cette couronne. Je fais à peine un pas de plus en poussant l’image pour dire que finalement, cette bonne odeur qui entoure le prédicateur alors qu’il prêche est un signe de ce que sa prédication peut être : offrande de bonne odeur pour l’Eternel, parfum pour les auditeurs1.

Une prédication de bonne écoute
Une autre chose qui m’a impressionné est l’intérêt pour les prédications manifesté par les polynésiens. Il est vrai qu’il y a toujours une forme d’attraction pour ce qui vient de loin, et un prédicateur qui vient de métropole peut susciter de la curiosité. Il n’empêche que quel qu’ait été le moment où j’ai été invité à prêcher, pas seulement le week-end mais des soirs de semaine, l’intérêt était là et il était grand. Des auditeurs qui manifestement écoutaient attentivement. Beaucoup prenaient des notes, vivaient, vibraient avec la prédication. D’ailleurs dans les échanges que j’ai pu avoir avec les uns ou les autres après ces moments de culte, la discussion témoignait d’une écoute minutieuse et approfondie.

Une prédication de bon environnement liturgique
Il n’est jamais inutile de considérer la prédication dans son contexte cultuel. Or en Polynésie, une chose m’a marqué : c’est l’intensité avec laquelle les gens chantent. Certes, on pourrait discuter de certains choix liturgiques, mais une chose est sûre, quand l’assemblée adore, elle vit pleinement cette adoration. Le volume et l’intensité sonores des chants d’assemblée sont vraiment impressionnants et contribuent idéalement à l’état d’esprit qui convient pour s’ouvrir à la Parole de Dieu. En tant que prédicateur, on se sent vraiment poussé et encouragé avant de prêcher par ce dynamisme spirituel.

Prêcher en Polynésie française (Tahiti et quelques autres îles) a été pour moi une expérience très riche, qui implique aussi bien sûr un déphasage culturel. Il y a des spécificités à la mentalité polynésienne et autant que possible un prédicateur visiteur essayera de respecter une double authenticité : une authenticité vis-à-vis de ce qu’il est sans faire semblant d’être quelqu’un d’autre au prétexte de s’adapter à la mentalité locale, et en même temps il prendra malgré tout en compte ce contexte et l’auditoire dans ce qu’il est, ce qu’il attend. Au final, une fois de plus, on se rend compte que la Bible, Parole de Dieu qui nourrit les prédications d’un côté ou de l’autre de la planète, est ce lien qui dépasse toutes les différences. Oui, par la Parole de la prédication, où que nous soyons, Dieu peut parler au cœur des gens, car il est un Dieu qui dépasse les limites du temps et de l’espace ! 

1 J’ai pensé à plusieurs reprises à Olivier Bauer et son article : « L’essentiel est inaudible aux oreilles » dans lequel il invite à prêcher aux cinq sens, et à faire que nos prédications soient aussi olfactives (Etudes théologiques et religieuses 76 (2001), p. 213-227.