Qu’est-ce qu’un message efficace ?

Par Gabriel Monet

Les sciences de la communication, qui se sont beaucoup développées ces dernières décennies, ont contribué à éclairer l’acte de prêcher de nouveaux regards. Voici un de ces regards en réponse à la question « Qu’est-ce qu’un message efficace ? ». Dans un ouvrage sur la coopération1, les auteurs proposent quatre critères pour juger de la réussite d’un message. Bien que proposés dans un contexte non homilétique, j’ose penser que ces critères peuvent stimuler notre réflexion sur l’acte de prédication. Car une prédication a entre autre pour but de partager un message, et à le faire de manière efficace ! Pour qu’un message soit partagé de manière réussie, il devrait être acceptable, valide, opérationnel et utile.

L’acceptabilité
Si quelqu’un émet un message faisant preuve par exemple d’impolitesse, le message sera difficilement « acceptable » pour l’interlocuteur. L’acceptabilité d’un message par le destinataire tient à sa présentation dans un contexte, son adaptation à la spécificité du destinataire, et une prise en compte de sa capacité de réception. On gagnera donc en prêchant, à mettre tout en œuvre pour prendre en compte le profil de l’auditoire et développer une forme de prédication adaptée.

La validité
Une information à la radio signalant qu’on roule bien sur le périphérique intérieur alors que vous êtes bloqués dessus depuis un bon moment, sera invalidée d’office. La validité du message est sa qualité d’être jugé vrai par le destinataire. Soit à cause de preuves qu’il contient, soit à cause de la confiance du récepteur dans l’émetteur, soit à cause de leurs croyances communes. Un message qui contredit notre expérience sera évidemment invalidé sauf explication et preuves décisives. Le prédicateur veillera donc à la cohérence entre ce qu’il vit et ce qu’il dit ; à la confiance qu’il suscite auprès de ses auditeurs par des relations en dehors de la chaire qui sont authentiques ; et puis bien sûr, il veillera à montrer toute la pertinence du texte biblique en le présentant avec une pensée respectueuse de l’intention du texte, une interprétation juste, et une logique qui suscitera l’adhésion.

L’opérationnalité
Si un ami vous explique une recette de cuisine, vous cherchez à avoir toutes les informations nécessaires pour pouvoir la réaliser à votre tour. Son explication doit être « opérationnelle ». L’opérationnalité réside dans le fait que le message donne une description complète de ce que l’émetteur attend du récepteur, des gestes physiques ou mentaux à accomplir après réception. Le défi pour le prédicateur sera de travailler à l’actualisation du texte biblique pour le rendre opérationnel. Un sermon ne doit certes pas être une recette qu’il n’y a qu’à appliquer sans réfléchir ou sans se l’approprier, mais la prédication devra néanmoins être suffisamment concrète et pratique pour ouvrir la porte à un vécu.

L’utilité
L’explication détaillée d’une recette de cuisine ne suffira pas pour se lancer devant les fourneaux. Il convient de savoir si le jeu en vaut la chandelle et si la recette est adaptée à la situation. C’est à cette condition que cette information sera « utile » pour moi. L’utilité d’un message est décrite par l’intérêt que présente le contenu du message et sa mise en acte pour le destinataire. Il est peut-être passionnant pour certains d’en savoir plus sur tel petit prophète ou de comprendre le sens de tel mot hébreu ou grec, mais si tout cela reste de l’ordre de la connaissance, la prédication n’atteindra pas son objectif. Pour être utile elle induira une mise en œuvre spirituelle, relationnelle ou existentielle, qui contribuera au vécu des valeurs de l’évangile et à l’épanouissement du plus grand nombre.

« Bien communiquer demande donc inévitablement du temps, de l’expérience, du talent, de la sagesse, et tout cela à la fois. [...] S’interroger à tête reposée sur le type de message à émettre, sur la façon de l’exprimer, sur le cadre contextuel dans lequel le donner n’est pas superflu »2. Socrate déjà invitait ses interlocuteurs à passer leurs paroles au crible de trois tamis : avant de parler, s’interroger si ce qui va être dit est vrai, bon et utile. Cela va dans le même sens pour le prédicateur qui peut s’interroger avant de prêcher : Est-ce que ma prédication est acceptable, valide, opérationnelle et utile ? Si la réponse est non, peut-être sera-t-il bon de se taire ou de se remettre au travail. Si nous pensons que oui, alors à n’en pas douter cette parole sera une semence qui ne demandera qu’à produire du fruit !  

1 Gilles Le Cardinal, Jean-François Guyonnet, Bruno Pouzoullic, La dynamique de la confiance. Construire la coopération dans des projets complexes, Paris, Dunod, 1997, p. 118-119.
2 Ibid., p. 120.