La prédication, une parole « sabbatique » ?

Par Gabriel Monet

Existe-t-il un jour particulier pour prêcher ou écouter une prédication ? Certes non. Heureux celui ou celle qui écoute une prédication ou qui prêche tous les jours de la semaine… Il n’empêche que cette question n’est pas totalement anodine. En effet, il n’est pas inintéressant de se rappeler que dans la Bible, le sabbat est le jour particulier où l’assemblée est réunie pour écouter la Parole. Je ne veux évidemment pas ici discuter sur le fait que dans beaucoup d’Eglises chrétiennes le culte communautaire a maintenant lieu le dimanche et non le sabbat, mais par contre, interroger le rapport qu’il peut y avoir entre la prédication et l’intention du sabbat.

Le sabbat a été créé pour favoriser la rencontre avec Dieu. Pour contribuer à cette relation entre Dieu et les humains, le sabbat implique le repos, une certaine forme de vide de toute autre préoccupation. Or quoi de mieux que cet esprit-là pour recevoir un message de Dieu au travers d’une prédication. Comme l’affirme Richard Gelin, « la prédication n’est pas une parole à côté des autres, ni en plus des autres, mais au centre des autres. Elle est pour la plupart de ses auditeurs une parole attendue et non une parole subie. On devrait la présenter comme une parole « sabbatique » ; une parole qui repose, qui libère, qui rassemble, par sa fonction de recentrage sur la Parole unique qui éclaire toutes paroles. C’est dans l’esprit biblique du sabbat que le pasteur devrait vivre le ministère qui lui est confié »1. La question n’est donc pas tant de savoir quand est prêchée la Parole de Dieu mais comment. La prédication suscite-t-elle paix et repos, favorise-t-elle une relation authentique et renouvelée avec Dieu. Si oui, alors elle est une parole sabbatique. Sans utiliser le mot, c’est néanmoins dans ce sens-là que vont François-Xavier Amherdt et Franziska Loretan-Saladin en affirmant : « La prédication est « interruption ». Comme invitation à prendre du recul par rapport au quotidien, elle conduit les auditeurs à se retrouver eux-mêmes et à voir autrement la réalité à partir de la rencontre avec le « Tu » divin et la vision du Règne de Dieu »2.

Le sabbat marque l’aboutissement et l’accomplissement de la création de Dieu. D’une certaine manière la prédication de la Parole de Dieu célèbre également ce Dieu que nous confessons et qui reste créateur dans nos vies. Le sabbat est un jour sanctifié, c’est-à-dire « mis à part », comme peut l’être la prédication. Une prédication sera parole sabbatique si elle est donnée par le prédicateur, et reçue par les auditeurs, comme une parole « à part », sainte. La Parole de Dieu pourra alors permettre d’entrer dans le vrai repos sabbatique évoqué par l’auteur de l’épître aux Hébreux qui associe la promesse d’entrer dans le repos à l’annonce de la bonne nouvelle : « Il reste donc un repos sabbatique pour le peuple de Dieu. Empressons-nous donc d’entrer dans ce repos-là [...] car la Parole de Dieu est vivante, agissante… »3. Jésus a dit qu’ « il est permis de faire du bien le jour du sabbat »4. Puissent nos prédications être en phase avec ce projet : qu’elles soient source de repos et contribuent au bien du plus grand nombre.

1 Richard Gelin, « Pour une prédication vraiment pastorale », Les cahiers de l’école pastorale 32 (1999), p. 18.
2 François-Xavier Amherdt, Franziska Loretan-Saladin, Prédication : un langage qui sonne juste. Pour un renouvellement poétique de l’homélie à partir des réflexions littéraires de la poétesse Hilde Domin, Saint-Maurice, Editions Saint-Augustin, 2009, p. 133.
3 Hébreux 4.9-12. Les versets 1 et 2 faisaient déjà ce lien : « Craignons donc, tant que subsiste la promesse d’entrer dans son repos, que l’un de vous ne semble l’avoir manquée. Car la bonne nouvelle nous a été annoncée tout aussi bien qu’à eux. Mais la parole qu’ils ont entendue ne leur a servi de rien, car ils n’étaient par unis par la foi à ceux qui l’ont entendue ».
4 Matthieu 12.12.

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