Actes 4.20 : Prêcher, c’est être un témoin

Par Gabriel Monet

Imaginez la scène décrite dans Actes 3 et 4. Pierre et Jean montent au temple en plein après-midi et tombent sur un homme boiteux de naissance qui les sollicite. Au lieu de la pièce attendue, Pierre et Jean ne vont ni plus ni moins que guérir le paralytique avec cette phrase clé : « Je ne possède si argent ni or, mais ce que j’ai-je te le donne : au nom de Jésus-Christ, lève toi et marche ». Evidemment, la guérison suscite l’intérêt des badauds, d’autant que l’homme guéri fait preuve d’une reconnaissance et d’une joie communicative. Qu’à cela ne tienne, Pierre commence à prêcher à la foule grossissante. Au bout d’un moment, les sacrificateurs et autres leaders juifs interrompent cette prédication impromptue et mettent Pierre et Jean en prison. Le lendemain, ils comparaissent devant le sanhédrin, et ni une ni deux, Pierre, pour sa défense, ne fait rien d’autre que prêcher à nouveau aux chefs religieux ! N’ayant aucun mobile d’accusation sérieux, ceux-ci ne peuvent faire autre chose que libérer Pierre et Jean, mais souhaitant réduire au maximum leur influence, leur interdisent de parler et d’enseigner au nom de Jésus. C’est alors que Pierre et Jean ont cette réponse magnifique : « Nous ne pouvons pas ne pas parler de ce que nous avons vu et entendu » (Actes 4.20). Une fois relâchés, les deux apôtres vont rejoindre les leurs et racontent ce qui s’est passé. Or, la réponse spontanée à ces événements, c’est la prière. Et la réponse à cette prière, c’est la manifestation du Saint-Esprit et un exaucement de la demande faite d’annoncer la parole de Dieu en toute assurance.

« Nous ne pouvons pas ne pas parler de ce que nous avons vu et entendu », voilà un beau programme pour tout prédicateur ! Ce que ce texte nous suggère, c’est que prêcher équivaut à être un témoin. Si Pierre et Jean ont la prédication si facile et une conviction si engagée même dans l’adversité, c’est précisément parce que leur prédication est sous-tendue par une rencontre déterminante avec Jésus et un vécu personnel concret dont ils témoignent. Leur prédication n’est pas simplement un discours intelligent, intéressant et interpellant, même s’il est aussi tout cela. Il est d’abord un témoignage de ce qu’ils ont vu et entendu. Ils ont été chamboulés par Jésus : sa vie, sa mort et sa résurrection, et c’est le fruit de cette rencontre qui les poussent à inviter tout un chacun à voir en Jésus le Seigneur et le Sauveur. Même si nous n’avons pas vu et entendu Jésus de la même manière que Pierre et Jean, leur affirmation nous rappelle à cette dimension importante de la prédication qu’est le témoignage. Etre un témoin, c’est assumer son regard sur une réalité que nous avons vue, entendue, ou vécue. En homilétique, ce sera alors exprimer comment le témoignage des Ecritures aura été actualisé dans notre propre réalité. Cependant, si Pierre et Jean témoignent de ce qu’ils ont vu et entendu, ce n’est pas pour autant que leur message est centré sur eux-mêmes. D’ailleurs ils le disent bien : « Pourquoi fixez-vous les regards sur nous ? » (Actes 3.12). Au contraire, ils ne parlent pas d’eux dans les prédications relatées dans ces deux chapitres, mais bien du Christ et du Christ seul. Et justement, s’ils en parlent si bien, c’est que pour eux le Christ n’est pas seulement le sujet d’un discours mais qu’il est devenu le sujet de leur vie. Pour eux comme pour nous peut-être, si la relation avec le Christ a transformé nos vies et donné du sens à nos existences, alors nous ne pouvons faire autre chose que d’oser être un témoin passionné qui désire que d’autres puissent à leur tour voir et entendre comment Christ peut se manifester dans leur vie.

Au de là de cette très belle formule déjà si riche, ce passage de l’Ecriture nous dit encore d’autres choses en lien avec la prédication. Tout d’abord, Pierre nous montre par ces épisodes l’importance de joindre les actes à la parole. L’efficacité de sa prédication est due de manière non négligeable à la cohérence entre ses mots et ce qu’il a accomplit juste avant de prêcher : la guérison du boiteux de naissance. Finalement, ses actes viennent authentifier son discours.

Par ailleurs, on peut noter que la prière joue un rôle important dans tout ce qui se passe. Il semble que Pierre et Jean étaient venus au temple pour prier (3.1). Or leur prière s’est transformée en action-prédication. Et si cette histoire commence avec une intention de prière, elle s’achève une fois encore avec une prière adressée à Dieu. Une prière de reconnaissance et de requête pour précisément une prédication pleine d’assurance. De plus tout au long de ces événements, le Saint Esprit joue un rôle primordial. C’est grâce à cette proximité et cette relation profonde avec Dieu que Pierre et Jean ont une prédication est si féconde et que « beaucoup de ceux qui avaient entendus la parole crurent » (4.4). Il est donc important d’utiliser tous les outils à notre disposition pour faire de notre prédication une réponse aux attentes de nos auditeurs, mais il est encore plus important de vivre intensément notre foi pour pouvoir en témoigner et donc ne pas pouvoir « ne pas prêcher ce que nous avons vu et entendu ».