Une parole vivante sur la mort

Par Gabriel Monet

A l’occasion de la Toussaint, il peut être légitime d’évoquer et de réfléchir sur une prédication en lien avec la mort. La plupart du temps, ce sera une prédication de circonstance, à l’occasion d’un décès. Une prédication pas comme les autres donc, qui pourra s’appuyer sur un passage biblique particulier ou sur plusieurs, mais qui devrait intégrer un certain nombre d’éléments dus justement au côté circonstanciel du fait que cette prédication s’adresse à un auditoire en deuil. Certes, les circonstances du décès, le profil de la famille, la taille de l’assemblée, le lieu de la prédication (église, funérarium, cimetière), la foi du défunt… devront être pris en compte et contribueront à des approches spécifiques de cette prédication qui sort de toute façon de l’ordinaire. Mais j’aimerais proposer très succinctement six éléments qui me semblent devoir être présents dans cette prédication afin de pouvoir proposer une parole vivante en lien avec la mort. 

Privilégier un accueil inconditionnel
De la même manière que Dieu accueille chacun sans distinction, le prédicateur pourra par son message privilégier cette dimension de l’accueil. Les auditeurs ont chacun leurs convictions, leurs doutes, leurs croyances, leurs parcours, et cette diversité devra être accueillie. Tous ne sont pas venus pour les mêmes raisons en étant présents à ce service liturgique, mais il est important de faire sentir à chacun qu’il est accueilli et respecté pour ce qu’il est. 

Oser un message d’espérance
La Bible affirme la mort de la mort. Cette espérance de la résurrection peut et doit animer et donner corps à une prédication à l’occasion d’un décès. Cette espérance est double : elle a une dimension présente et une dimension eschatologique. L’espérance présente, c’est la conviction que même face à la mort, Dieu est là, désireux de consoler, de prendre soin et d’accompagner. L’espérance future est cette conviction qu’à la parousie, lorsque Jésus reviendra, il y aura résurrection ! « En effet, si comme nous le croyons Jésus est mort et s’est relevé, alors, par Jésus, Dieu réunira aussi avec lui ceux qui se sont endormis » (1 Thessaloniciens 4.14). 

Prendre en compte la douleur de l’absence
Bien sûr nous avons une espérance, mais celle-ci n’enlève pas la douleur de l’absence. Et cette souffrance là se doit d’être reconnue, respectée et acceptée. Un mort laisse toujours un vide, et ce vide ne peut pas se remplir comme ça. Il importe donc de mettre des mots dessus pour le reconnaître. 

Partager un message existentiel, pas un savoir
Une prédication à l’occasion d’un décès évoque la mort, mais ne doit pas être un discours théorique sur la mort. Quand on vit un deuil, on est dans l’expérience, pas dans la logique des idées théoriques ou une recherche de savoirs. Une prédication sur la mort ne sera donc pas une conférence sur ce que la Bible dit de la mort en vue de permettre aux auditeurs d’en savoir plus. Même si certaines de ces vérités bibliques seront partagées, elles le seront dans une dynamique existentielle pour permettre aux auditeurs de mieux vivre l’épreuve à laquelle ils sont confrontés. 

Avoir une attitude adaptée
Cela parait évident, mais la communication non verbale est fondamentale, probablement plus encore à l’occasion d’un deuil que dans une prédication classique. La sobriété sera évidemment de mise, que ce soit dans l’habit, la gestuelle, le regard, les déplacements, le ton et le rythme de la voix. Tout dans l’attitude du prédicateur devra être emprunt d’empathie pour les proches du défunt. Mais au cœur de cette sobriété et de cette empathie, la vie devra être présente. Loin de moi l’idée de conseiller une prédication enflammée et passionnée, mais parce que nous parlons au nom du Dieu vivant, notre attitude devra laisser émerger cette vie que nous voulons prêcher. 

Encourager les vivants à être véritablement vivants
Quand on prêche à l’occasion d’un décès, on est centré sur celui qui est décédé. C’est normal et important. Il n’empêche que le prédicateur ne parle pas à celui qui est mort, mais à ceux qui sont encore bel et bien vivants. Parce qu’avec Dieu la vie est plus forte que la mort, une telle prédication pourra être un encouragement à célébrer la vie. Une manière adaptée de le faire pourra être de prendre un ou deux exemples dans la vie du défunt et montrer à quel point il voulait rajouter de la vie à ses années plus que des années à sa vie. Il est bon de prêcher la résurrection des morts, mais pas inutile de prêcher aussi la résurrection des vivants. C’est ainsi que même au sujet de la mort, notre prédication sera une parole vivante et vivifiante.