Esaïe 55.10-11 : Une Parole avec effet

Par Gabriel Monet

Avec cette note, j’inaugure une série qui continuera sur ce blog, où mon objectif est d’évoquer succinctement des textes bibliques qui parlent directement ou indirectement de la prédication. Ainsi, le livre du prophète Esaïe, contient dans la fin de sa deuxième partie (chapitres 40 à 55), une perle à propos de la Parole de Dieu :

« Comme la pluie et la neige descendent du ciel et n’y reviennent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et fait germer, sans avoir donné de la semence au semeur et du pain à celui qui a faim, ainsi en est-il de ma parole qui sort de ma bouche : elle ne revient pas à moi sans effet, sans avoir fait ce que je désire, sans avoir réalisé ce pour quoi je l’ai envoyée » (Esaïe 55.10-11, NBS). 

 

La Parole de Dieu y est donc comparée à la pluie et à la neige ! On pourrait dire d’entrée que cela commence mal. En général, on préfère un temps ensoleillé à une météo pluvieuse ou neigeuse.  Mais la suite de la métaphore que le prophète met dans la bouche de Dieu est remplie d’espérance et propose tout un programme ! La pluie et la neige sont au commencement de tout un processus de transformation et de fécondation qui les rendent indispensables. Oui, quand il pleut ou il neige, cela a des conséquences et des effets positifs.

Ainsi en est-il d’une bonne prédication. Elle produit des effets. C’est vrai, il y a des effets rapides et d’autres qui ne sont pas forcément immédiats. Après la pluie la terre est abreuvée, comme l’auditeur d’une prédication peut l’être après avoir reçu et écouté un message qui l’a touché. En même temps, entre le moment où il pleut, celui qui voit germer la semence, et celui qui voit le pain réalisé, il y a tout un processus qui prend du temps, qui semble invisible, mais qui se réalise néanmoins.

Quand il pleut, on a tendance à sortir son parapluie. Si c’est souvent judicieux dans la vie quotidienne, lorsque la pluie spirituelle de la Parole de Dieu survient, par exemple lors d’une prédication, ces versets d’Esaïe 55 nous invitent à mettre de côté notre parapluie et à laisser la parole de Dieu nous mouiller, jusqu’au plus profond de notre être afin de générer des fruits. C’est vrai, la Parole de Dieu est parfois exigeante, souvent radicale, et c’est si souvent tentant de s’en protéger. Elle ne caresse pas dans le sens du poil. Mais c’est précisément parce qu’elle ne nous laisse pas indifférents qu’elle peut nous stimuler, nous réveiller, nous féconder.

La qualité d’une bonne prédication ne se mesure pas seulement dans la clarté de sa structure, la beauté de ses phrases, la logique de ses arguments, la passion de son auteur… mais aussi et peut-être surtout dans sa capacité à permettre un effet retour. La Parole « de Dieu » est appelée à lui revenir. Mais entre le moment où la Parole est prêchée et le moment où elle revient à Dieu, celle-ci est appelée à contribuer à des transformations ! La plus belle réponse qu’on puisse apporter à un sermon ne sera pas un compliment au prédicateur, ni même une appréciation personnelle ou une connaissance augmentée (même si cela est bon), mais une vie fructueuse qui correspond au « désir » de Dieu. C’est ainsi que la Parole aura « réalisé ce pour quoi Dieu l’a envoyée ».

Certains voient dans ce texte une prophétie qui annonce la venue et l’influence du Verbe incarné, Jésus le logos, qui retournera ensuite vers son Père après un ministère fécond, en ayant rempli sa mission. En tous cas, ce que Jésus a accompli sur cette terre, par sa prédication, par ses gestes, par son attitude, est un modèle pour tous ceux qui acceptent d’être des relais de la Parole de Dieu, une parole qui ne reste pas sans effet !