De l’interaction dans la prédication

Par Gabriel Monet

Traditionnellement, une prédication est dite par un représentant de la communauté alors que l’assemblée écoute le message. Or depuis quelques temps, on voit fleurir des expériences et des articles qui prônent une certaine interaction dans la prédication. C’est notamment l’expérience que Claude Pellicer nous relatait dans sa récente interview sur ce blog. C’est aussi ce qu’évoquaient il y a peu Michael Campbell et Kermit Netteburg dans la revue Ministry1. Il va de soi que la prédication met en œuvre un ensemble de relations entre ses différents acteurs que sont le prédicateur, Dieu, l’auditoire, ou encore la Bible. On peut donc tout à fait encourager une interaction qui favorise ces multiples liens. Ceci étant, la participation de l’auditoire est souvent pensée et souhaitée comme étant intérieure, spirituelle : une réponse personnelle à l’appel, un renforcement du dialogue avec Dieu, une réponse non verbale aux mots prononcés par le seul prédicateur. Qu’en est-il d’une participation plus active de la part des auditeurs ? Je voudrais ici évoquer dans un premier temps différentes possibilités pour une interaction active entre le prédicateur et l’auditoire, avant de réfléchir sur l’impact positif et négatif que cela pourrait impliquer. Je conclurai en donnant un avis très personnel.

A quoi pourrait ressembler l’interaction dans la prédication ? On peut d’abord mentionner l’option d’un échange oral initié le prédicateur : il pose une ou plusieurs questions à l’auditoire, pas seulement avec une visée rhétorique, mais pour leur donner vraiment la parole. C’est le schéma d’une prédication dialogue, ou finalement le message se construit en partie avec l’apport de l’assemblée. Une autre option est de faire une interview au cours du sermon. On va donc poser publiquement un certain nombre de questions à un témoin ou à un spécialiste dont les réponses contribueront à rendre plus vivant et plus pertinent le message. On peut aussi envisager l’interaction avant le moment précis de la prédication, en posant une ou plusieurs questions aux auditeurs dans les jours qui précèdent et on cite alors un certain nombre des réponses qui ont été données. Cela peut aussi se faire en vidéo, et du coup, à un moment donné de la prédication, les auditeurs auraient la parole via ce qu’on appelle souvent un micro-trottoir (ou peut-être serait-il plus juste de l’appeler en l’occurrence un micro-parvis). Cette consultation préalable des auditeurs peut susciter des réponses étayées, ou aussi des réponses plus courtes du style sondage. C’est alors par le résultat collectif présenté pendant la prédication que l’interaction se manifeste. On peut même envisager un sondage « en live », en interrogeant les auditeurs au moment même de la prédication. Ils répondront alors en levant la main par exemple. Une autre manière de favoriser l’interaction serait d’inviter les auditeurs à participer avec leurs téléphones mobiles en envoyant un texto pour qu’ils contribuent ainsi par un court message qui sera cité par le prédicateur ou qui apparaitra sur un écran pendant la prédication2. J’imagine bien que la liste pourrait encore être enrichie, mais d’ores et déjà, considérons les implications que cela peut avoir, en bien, ou en moins bien.

L’immense avantage de l’interaction, quelle que soit la manière dont celle-ci est menée, est qu’elle contribue à une plus grande participation et implication de la part de l’auditeur. Le fait de ne pas monopoliser la parole constitue une forme de prise en compte des attentes, des avis, des idées, des besoins de l’auditoire. Cela va aussi dans le sens positif d’une moins grande prééminence d’une personne sur la communauté et donc contribuer à une forme de démocratisation. Il est par ailleurs probable que cela favorise la fraternité dans l’Eglise. En effet, tous sauf un ne sont pas seulement en train d’écouter le prédicateur, mais selon le mode d’interaction, peuvent aussi se parler les uns aux autres. Cela peut renforcer les liens entre les auditeurs qui apprennent alors à mieux se connaître et s’apprécier. Enfin, il est clair que l’interaction contribue au fait que les gens se sentent plus concernés, et in fine, mieux retenir le message.

Ceci étant, l’interaction dans la prédication peut aussi contenir des risques et des inconvénients. En effet, organiser un débat et/ou donner la parole à qui la voudra peut être source d’éparpillement du message, qui d’une certaine manière est dilué et qui perd en autorité. De plus, même si la préparation est faite et bien faite, on n’a pas de complète maîtrise de ce qui se dit, de ce qui se passe, du temps que cela prend. Parmi les risques, on peut aussi évoquer celui du dérangement que cela pourra causer à certains de faire ainsi. Même si apporter du changement et de la nouveauté peut être tout à fait judicieux, il est important de tenir compte de la sensibilité des auditeurs. Il importera donc d’amener l’interaction de manière adaptée et avec un objectif précis et non pour le simple plaisir d’interagir.

Alors interaction ou pas dans la prédication ? Chacun fera bien évidemment son choix. Personnellement, à part l’utilisation des textos, j’ai eu l’occasion d’expérimenter l’ensemble des options évoquées plus haut, mais de manière ponctuelle et avec des auditoires plutôt spécifiques. Après expérience et analyse, je dirais oui à l’interaction dans la prédication, mais pas n’importe comment, en variant les approches, et de temps en temps seulement. C’est bien sûr un avis très personnel, et je respecte pleinement ceux qui pensent autrement. J’ai d’ailleurs évolué dans ma pensée à ce propos. En effet, plus j’avance dans le temps plus je crois à la puissance de la parole seule. D’une certaine manière la parole de la prédication, quand elle est sanctuarisée, a me semble-t-il plus d’impact et contribue mieux à être reçue comme parole de Dieu. Certes, j’ai la vive conviction qu’il faut vivre avec la culture de son temps, et donc prendre en compte les modes de communication de nos contemporains, mais en même temps, l’Eglise en présentant Jésus-Christ, notamment par la prédication, doit aussi faire advenir une contre-culture. Cela ne justifie en aucun cas les manières désuètes de prêcher, et il y en a, mais inviter des auditeurs à écouter, et écouter seulement, un message biblique pertinent pour aujourd’hui, peut favoriser notre compréhension du Dieu de grâce !

1 Michael Campbell, Kermit Netteburg, « Preaching as community building », Ministry. International journal for pastors, August 2009, p. 19-20.
2 C’est entre autre ce qu’ont expérimenté les auteurs de l’article cité plus haut.