Calvin sur la prédication

Par Gabriel Monet

En complément de la note que j’ai rédigée sur Calvin prédicateur, voici quelques citations du Réformateur où il évoque justement l’acte de prêcher. C’est bien sûr dans un français du XVIe siècle dont les tournures et le vocabulaire pourront surprendre, mais qui reste compréhensible. A lire (ou même écouter) en imaginant toute l’emphase et la puissance de la voix qui a fait la réputation de Calvin !

  • Moi qui parle maintenant, je ne dois rien apporter du mien et ne dois pas aussi m’élever par-dessus les autres. Car je ne parle tellement à toute la compagnie qu’il faut que cette doctrine s’adresse à moi en premier lieu et qu’elle domine par-dessus tous sans exception aucune. (5e sermon sur l’épitre aux Galates)
  • Quand l’Evangile se prêche au nom de Dieu, c’est autant comme si lui-même parlait en personne. [...] Je parle, mais il faut que je m’écoute, étant enseigné par l’Esprit de Dieu ; car autrement la parole qui procède de ma bouche ne me profiterait non plus qu’à tous les autres. (25e sermon sur le livre de Job)
  • Quand donc j’expose l’Ecriture sainte, il faut que je me règle toujours là, c’est que ceux qui m’oient reçoivent profit de la doctrine que je propose, qu’ils en soient édifiés à salut. Si je n’ai pas cette affection-là et que je ne procure pas l’édification de ceux qui m’oient, je suis un sacrilège profanant la Parole de Dieu. Et ceux aussi qui lisent l’Ecriture sainte, ou qui viennent au sermon pour écouter, s’ils cherchent quelques folles spéculation, s’ils viennent ici pour prendre leurs ébats, ils sont coupables d’avoir profané une chose si sainte. (24e sermon sur 2 Timothée)
  • Répondant à ceux qui pensent qu’un sermon ne se prépare pas… : C’est comme si je montais en chaire et que je ne daignasse point regarder au livre, que je me forgeasse une imagination frivole pour dire : Eh bien, quand je viendrai là, Dieu me donnera assez de quoi parler ! Et que je ne daignasse lire, ni penser à ce que je dois mettre en avant, et que je vinsse ici sans avoir prémédité comme il faut l’Ecriture sainte à l’édification du peuple ; et je serais un outrecuidé, et Dieu aussi me rendrait confus en mon audace. (49e sermon sur le Deutéronome)
  • Ce n’est pas assez que nous lisions l’Ecriture sainte chacun en son privé, mais il faut que nous ayons les oreilles battues de la doctrine qui est tirée de là et qu’on nous prêche, afin que nous soyons instruits. Et pourquoi ? S’il y a un pain et que le maître de la maison ait des petits enfants qui ne puissent soulever ce pain qui sera grand et entier, si les petits enfants en veulent manger, pourront-ils mordre avec les dents en ce grand pain ? Ils trouveront la croûte trop dure. Ainsi donc, ils ne pourront manger beaucoup et demeureront affamés… Voici notre Seigneur qui condescend jusque là à notre infirmité que, quand il nous a donné la vraie pâture de nos âmes en sa Parole, il veut encore de surabondant, comme un bon père, que le pain nous soit taillé, que les morceaux nous soient mis en la bouche et qu’on nous les mâche. (12e sermon sur 2 Timothée)
  • Il vaudrait mieux au prédicateur de se casser la nuque en montant les marches de la chaire, si en premier il ne se donne la peine de suivre Dieu. Je parle à l’assemblée de telle manière à ce que mon enseignement s’adresse d’abord à moi-même.
  • Nous en voyons beaucoup qui devisent en général et ne sauraient appliquer la doctrine à profit comme ils doivent. C’est comme si on venait à un médecin et qu’on lui demandât remède pour une maladie, et s’il allait traiter de son art en général et qu’il en disputât, et le pauvre malade rendrait l’esprit cependant, là où il eût pu être restauré si on y eût remédié soudain : et tous ces propos de quoi auront-ils servi ? Ainsi donc notons bien que quand nous traitons la parole de Dieu il faut que nous ayons un certain but pour ne point vaguer ça et là, mais que nous tranchions droit sachant à quelle fin nous parlons, afin que nos propos ne soient point extravagants, qu’ils ne s’égarent point çà et là ; car autrement nous pourrions bien dire beaucoup de bonnes choses, mais tout ce bien-là de quoi servira-t-il ? (95e sermon sur Job)