« Une prédication au milieu de l’assemblée »

Par Gabriel Monet

Interview de Claude Pellicer

Claude Pellicer, vous qui êtes un pasteur d’expérience, votre prédication a-t-elle évolué avec le temps et comment ?
Oui énormément. Je suis passé d’une prédication classique dans la forme et le fond ; de derrière le pupitre prenant pour sujet des thèmes bibliques à une prédication proche du public au milieu de l’assemblée, interactive, avec un soutien visuel (vidéoprojection) pour la forme et une prédication utilisant une approche narrative du texte, sur le fond, pour faire ressortir l’enseignement que je veux partager.

Vous avez donc depuis quelques années expérimenté la prédication sous forme de dialogue. Pouvez-vous expliquer en quoi cela consiste et dans quel contexte vous pratiquez cette approche ?
L’idée de base est de faire participer la communauté à la prédication pour qu’elle découvre avec l’orateur l’enseignement du texte. C’est plus simple de le faire avec une histoire biblique qu’avec une lettre de Paul. Lors de la présentation, je pose des questions qui font découvrir l’enseignement du texte comme par exemple : « quels sont les personnages, qui est le héros, quelle est sa quête, etc.». Je le fais d’une manière à ce qu’ils découvrent par eux-mêmes ce que dit le texte et qu’ils puissent par la suite l’appliquer à leur vie. Le contexte peut-être aussi bien le culte, que l’étude en groupe avec jeunes ou moins jeunes, membres d’églises ou néophytes.

Quels sont selon vous les avantages et les inconvénients d’une telle approche de la prédication ?
Les avantages sont nombreux. Un texte étudié de cette manière avec les grandes lignes reprises au vidéoprojecteur reste beaucoup mieux gravé dans l’esprit des gens. Le fait que les auditeurs soient régulièrement interpellés favorise l’attention pendant le prêche et il semble beaucoup plus vivant. Le fait d’être au milieu de l’assemblée renforce l’impact du message lors de l’enseignement. Cela permet aussi d’accrocher un public assez large car pour certaines questions on peut interpeller un groupe comme les enfants, pour une autre les femmes, ou les personnes venant pour la première fois dans la communauté. Ainsi nous participons  tous ensemble au culte. En ce qui concerne les inconvénients, cela peut lasser à la longue. En outre, l’approche narrative ne permet pas de faire le tour d’une question. On n’a pas un enseignement complet sur la prière, la foi ou même sur une doctrine dans  un seul texte. Enfin, certaines personnes qui ont une approche traditionnelle sur la forme que doit prendre la prédication peuvent se sentir déstabilisées.

Comment un pasteur se prépare-t-il pour ce type de prédication, et quelles sont les implications quant aux choix des sujets ou des textes bibliques ?
D’abord il faut se sentir à l’aise dans les différentes approches narratives qui existent et les appliquer sérieusement au texte que l’on veut partager. Ensuite on ne peut pas prêcher de cette manière avec un texte rédigé à l’avance. Il est indispensable de savoir où l’on veut aller sans crainte d’être interpellé et détourné à certains moments de ce que l’on avait prévu. Pour les implications quant aux choix des sujets, cela nécessite une connaissance différente de la Bible. On ne peut plus chercher dans la concordance le mot thème qui va permettre d’apporter le message que l’on veut avec tous les versets qui vont avec à travers la Bible. Il faut considérer cette approche en cherchant à nourrir sur le long terme. Par exemple vous pouvez décider de suivre tout un livre biblique avec cette approche. Cela nourrit mais répond rarement à un problème ponctuel de la communauté. Par contre cela va lui donner une vision équilibrée qui va stabiliser la foi de la communauté parce qu’elle pourra mieux mettre l’enseignement en perspective.

Est-ce selon vous un modèle à utiliser de manière systématique ou occasionnellement pour varier ?
Il me semble qu’il faut être capable de varier sa prédication surtout si l’on prêche chaque semaine. Il est important de se renouveler car notre société est une société en mouvement et si l’on engendre la monotonie, le message que l’on veut transmettre ne passera plus.

Quels seraient pour vous les critères essentiels d’une bonne prédication, quelle que soit sa forme ?
Claire, c’est-à-dire une structure repérable par l’auditeur : il sait d’où l’on part et il sait où l’on arrive. Un vocabulaire simple. Qu’elle ne soit pas  une réflexion philosophico-biblique si j’ose dire, mais véritablement basée et enracinée dans la recherche du sens du texte lui-même. 

Pour conclure, quels sont selon vous les enjeux de la prédication contemporaine ?
En une phrase : que le message soit pertinent et accessible et qu’il réponde aux besoins concrets des membres de la communauté.

Propos recueillis par Gabriel Monet, le 28 septembre 2009
Claude Pellicer est pasteur à Toulouse et responsable de l’association pastorale de la Fédération des Eglises adventistes du Sud de la France. C’est notamment dans le cadre de l’implantation d’une Eglise Gospel qu’il a été amené à expérimenter la prédication dialogue.