Entendre ou s’entendre

Par Gabriel Monet

Je suis tombé il y a peu sur un texte intitulé « La communication : pas si facile ». Et comme vous allez le comprendre, je le trouve d’un intérêt certain en lien avec l’art de prêcher, même si bien sûr il ne se limite pas à l’homilétique mais s’applique à la communication en général.

          Entre ce que je pense,
          Ce que je veux dire,
          Ce que je crois dire,
          Ce que je dis,
          Ce que vous voulez entendre,
          Ce que vous entendez,
          Ce que vous croyez comprendre,
          Ce que vous voulez comprendre,
          Et ce que vous comprenez,
          Attention, cela fait au moins neuf possibilités de ne pas s’entendre.

Un texte plein de vérité qui illustre finalement tous les filtres qui peuvent exister dans tout processus de communication y compris la prédication. En effet, prêcher est un acte de communication parmi d’autres, mais peut-être même un acte de communication particulièrement complexe du fait qu’il implique plusieurs axes de communication. En effet, communiquer signifie qu’il est nécessaire qu’il y ait un émetteur et un récepteur, et qu’un message soit délivré du premier vers le second. Mais dans l’acte de prêcher, le prédicateur est certes un émetteur vis-à-vis de l’auditoire, mais aussi un récepteur du message qu’il reçoit de Dieu. Sans parler du fait que le but d’une prédication est de mettre en relation l’auditoire directement avec Dieu…

De plus, ce petit texte introduit le fait que pour établir une bonne communication, il est indispensable que le message soit compréhensible pour le récepteur. Le message, ou signe, comporte toujours un signifiant et un signifié. Le signifiant est la forme utilisée pour transmettre le message qu’entend le récepteur du message. Le signifié est ce que représente le message transmis, ce qu’il veut dire. Pour qu’une communication soit réellement établie, il est donc impératif que le signifié soit compris par le récepteur. Puisqu’un même signifiant peut revêtir plusieurs signifiés selon les contextes, il importe d’être vigilant à ce que le signifié soit bien compris par le récepteur : le prédicateur en tant que récepteur du texte biblique, et l’auditeur qui écoute la prédication, d’où la notion de double herméneutique en lien avec la prédication.

Finalement, quitte à jouer avec les mots et les concepts… le prédicateur a un défi multiple, entre ce qu’il doit entendre directement de Dieu, ce qu’il lit et comprend de la Parole de Dieu, ce qu’il entend et comprend de ses propres aspirations spirituelles, sans parler de sa lecture des besoins des auditeurs, auquel il faut ajouter le défi de réussir à dire ce qu’on pense pour être le mieux entendu, et compris… oui, vous m’entendez bien, même si vous ne faîtes que me lire, mieux vaut peut-être ne pas vouloir tout comprendre pour oser prêcher. Qui a dit : « Vous avez des oreilles, et vous n’entendez pas » ? Jésus en guérissant le sourd-muet (Marc 7.31-37), en a fait un signe de la guérison spirituelle des disciples qu’il trouvait un peu durs d’oreille (Marc 8.18). Cela reste plus que jamais d’actualité…