Le vocabulaire biblique de la prédication

Par Gabriel Monet

Dans la Bible, on évoque à de nombreuses reprises ce que l’on peut considérer comme le fait de prêcher, mais le vocabulaire utilisé est varié et il est intéressant de faire un tour d’horizon des mots employés pour comprendre toute la richesse qu’il peut y avoir dans l’art de la prédication. Bibliquement parlant, prêcher est un mode de communication très large qui va du discours très construit jusqu’à la conversation informelle. C’est d’ailleurs ce dernier mode de prédication qui a donné son nom à l’homilétique qui vient du mot grec homilein qui est traduit par s’entretenir, parler, discuter (Luc 24.14-15, Actes 20.11).

L’Ancien Testament fait relativement peu référence à la prédication en tant que telle. Il y a néanmoins deux activités qui correspondent assez clairement au fait de prêcher : la proclamation prophétique et l’enseignement de la Torah. Le mot baser, qui contient le mot joie dans sa racine,  fait référence à l’annonce d’une bonne nouvelle ou d’un message de joie (2 Samuel 4.10 ; Psaume 40.9 ; Esaïe 40.9, 61.1). Le mot qera qui signifie proclamer ou appeler (Jérémie 11.6 ; Michée 3.5 ; Jonas 1.2, 3.2) peut aussi être traduit par lire à haute voix, comme la lecture publique de la Torah dans Néhémie 8.8-9. Dans la traduction grecque de l’Ancien testament, ces deux mots sont traduits par euangelizo et kerusso, les deux mots les plus courants pour parler de la prédication dans le Nouveau Testament (voir ci-après). Il est enfin intéressant de noter que le Nouveau Testament fait référence à certains personnage de l’Ancien Testament comme des prédicateurs : Jonas (Luc 11.32), Noé (2 Pierre 2.5), et Hénoch (Jude 14-15).

Dans le Nouveau Testament, de nombreux mots peuvent être traduits par prédication ou peuvent évoquer le fait de prêcher. On en trouve trois principaux :
       – Le plus couramment utilisé est kerusso (61 occurrences), qui signifie proclamer publiquement, publier. Ce mot suggère un caractère formel, solennel et autoritaire du message (Marc 1.14; 1 Corinthiens 1.23; Actes 10.42).
       – Un autre mot-clé (avec sa famille de mots) est euangelizo (55 occurrences), qui signifie annoncer une bonne nouvelle (Actes 5.42). La racine angello, qui se signifie annoncer et qui donne le messager, est utilisée avec différents préfixes: kataggello(exposer, raconter, narrer – Actes 11.4, 17,23, 18.26, 28.23); anaggello (dire, montrer, déclarer, répéter – Actes 14.27, 19.18, 2 Corinthiens 7.7); ou encore exaggello (annoncer, proclamer – 1 Pierre 2.9).
       – Le troisième mot important qu’il faut mentionner est didasko, qui veut dire enseigner, instruire, énoncer en termes concrets (Matthieu 4.23; Luc 4.31; Jean 6.59; Actes 18.11).
Ces trois termes décrivent parfois une activité similaire même s’ils ont chacun leur sens propre et leurs particularités. Par exemple, les synoptiques utilisent plus volontiers kerusso pour les débuts du ministère du Christ, préférant didasko pour la fin de son ministère. Jean préfère utiliser didasko, pour les activités que les autres évangélistes décrivent avec kerusso. Luc utilise facilement euangelizo pour décrire la prédication du Christ, mais la différence avec kerusso est bien faible (Luc 4.43-44 ; 8.1). Il joint également l’annonce de la bonne nouvelle à l’enseignement (Luc 20.1). Du reste, en plus de ces mots clés, on en trouve un certain nombre d’autres qui complètent le vocabulaire utilisé pour parler de la prédication comme par exemple : dialégomai (s‘entretenir avec quelqu’un, dialoguer – Marc 9.34 ; Actes 17.2) ; martureo, (porter témoignage de faits – Jean 3.11 ; 2 Corinthiens 8.3 ; 1 Timothée 6.13) ; laleo (parler, prêcher – Matthieu 12.26, 28.21 ; 2 Corinthiens 7.14, Apocalypse 4.1) ; parresiazomai (parler avec hardiesse, assurance – Actes 18.26) ; peitho (persuader, convaincre, gagner – Actes 18.4, 12.20, 14.19) ; ektithmi (exposer, raconter, narrer – Actes 11.4, 18.26, 28.23).

On l’aura compris, bibliquement parlant le vocabulaire de la prédication est très varié et très large. Probablement parce que l’activité de la prédication est quelque chose de tellement riche qu’elle ne peut être enfermée dans un vocabulaire restreint. Sans tout autoriser, ce constat peut être une invitation à ne pas non plus enfermer aujourd’hui la prédication dans une catégorisation trop exclusiviste mais au contraire, donner à la proclamation de la Parole de Dieu toute la créativité  qui contribuera à sa diffusion et sa réception.