Vécu : Prêcher dans un congrès de jeunes

Par Gabriel Monet

Je rentre juste de Munich où avait lieu du 5 au 9 août le congrès européen de la jeunesse adventiste. C’est ainsi que 3500 jeunes venus de toute l’Europe se sont retrouvés pour vivre des moments spirituels forts, des temps de débats et d’ateliers, des moments informels d’échanges et de rencontres, ainsi que des temps plus ludiques. J’ai eu le privilège d’avoir été invité pour être l’un des orateurs. En toute simplicité et un peu à brûle pourpoint, voici quelques éléments de réflexion divers et variés qui font suite à ce congrès…

De l’utilité de la variété. Il y a eu cinq prédications principales au cours de ce congrès. Les organisateurs avaient fait le choix de ne pas avoir un orateur unique mais de demander à cinq personnes différentes de prêcher. Je pense que cela a été un très bon choix. En effet, au-delà des nationalités, nous représentions des sensibilités et des cultures différentes. Même s’il a manqué de voix féminine, cette variété est apparue comme une richesse. Certes, on ne peut pas dire qu’il y ait eu une seule prédication « cérébrale », mais la variété des prédications a fait qu’il y en a eu pour tous les goûts : du black preaching enflammé à une prédication plus calme, en passant par une prédication plus témoignage, ou une prédication plus existentielle… Quelques constantes pourtant : un langage simple, un message qui invite à l’engagement, et beaucoup d’enthousiasme !

De la pertinence de la prédication. La prédication n’est pas considérée comme ringarde par les jeunes. En effet, les moments clés de ce rassemblement étaient les soirées qui avaient chaque fois pour élément principal une prédication. Et les jeunes étaient tous présents, on les sentait dans l’expectative, et ils étaient très réceptifs et participatifs lors des moments de prédication (qui chacune durait au moins une demi-heure).

Du non usage du multimédia dans la prédication. Au cours de ce congrès il y a eu un déploiement impressionnant de nouvelles technologies, d’images et de multimédia. Pourtant en ce qui concerne la prédication, elle est restée parole seule ou presque ! Sur les cinq prédications principales de ce congrès, seul l’un d’entre nous a utilisé un clip vidéo comme illustration (ce n’était pas moi, lol). Sinon, tout le reste n’était basé que sur la parole. Cela ne signifie pas que ce soit une règle générale ou un modèle à suivre, mais cela me paraît suffisamment significatif pour être signalé.

De la peoplelisation des prédicateurs. Qu’on le veuille ou non, prêcher dans un congrès de jeunes comme celui-ci met en avant ceux qui portent la parole. Du reste, les organisateurs avaient mis les noms de ceux qui allaient prêcher en exergue comme promotion pour la participation à ce congrès. Dans la présentation faite des orateurs juste avant la prédication, on pouvait sentir une sorte de mise en avant de la personne. Et après, de nombreux jeunes s’approchaient des prédicateurs, pour discuter ou faire connaissance (là c’est tant mieux), ou pour se faire prendre en photo avec le prédicateur (là, cela me semble plus discutable). Sans condamner une telle approche il me semble indispensable d’être vigilant pour ne pas tomber dans la peoplelisation mais que ce soit bien la personne de Jésus qui soit mise en avant.

De la multiplicité des langues et des traductions. Rassembler 3500 jeunes de plus de 30 pays d’Europe avec toutes les langues que cela représente est un défi. Comme ce rassemblement avait lieu en Allemagne, les deux langues officielles étaient l’anglais et l’allemand. Ainsi, toute parole publique était dite dans l’une de ces deux langues et traduite dans l’autre. Pour ceux qui ne comprenaient ni l’anglais ni l’allemand, il y avait des casques avec traduction dans presque toutes les autres langues. Or il faut bien le dire, la traduction est un handicap. Etre traduit diminue le rythme du message, et l’impact qu’on peut donner à une prédication. Autre difficulté liée aux langues, j’ai du prêcher en anglais… et même si je parle anglais à peu près couramment, ce n’est pas la même chose de converser que de prêcher devant 3500 jeunes… Et évidemment, il ne s’agissait pas de se contenter de lire un texte préparé à l’avance, cela n’aurait pas été adapté à un public de jeunes. Il y a longtemps que je n’avais pas été aussi stressé de prêcher ! Prêcher dans une langue étrangère a eu pour conséquence en ce qui me concerne d’être plus que d’habitude concentré sur les formes que sur le fond, et peut-être d’être moins attentionné et disponible pour observer les réactions de l’auditoire. Ceci étant, j’ai trouvé magnifique de pouvoir rassembler autant de jeunes parlant autant de langues différentes pour être unis autour d’un message commun.

De l’utilité d’un fil conducteur. Une dernière remarque à propos du thème des messages. Il y avait un thème général pour ce congrès : « It’s your turn » (c’est ton tour), inspiré par le verset de 1 Timothée 4.12. Chose intéressante, même si nous avons tous été dans la dynamique de ce thème général, nos prédications n’étaient absolument pas redondantes. Finalement, avoir un thème très général comme celui-ci permet d’avoir une certaine unité sans enfermer dans un message prédéfini de manière trop exclusive, laissant toute la liberté au prédicateur. Du reste nous avons tous basé nos prédications sur des textes bibliques différents mais qui faisaient le lien avec le fil conducteur. Que la Bible est riche et une source inépuisable de prédications !