Prêcher, une triple fidélité

Par Gabriel Monet

Une des manières de considérer la prédication est de le faire en termes de fidélité. En effet, le simple fait de penser la prédication en étant fidèle, indique déjà le point fondamental que le prédicateur n’a pas seul toute autorité pour prêcher mais qu’il dépend d’un autre, le Tout-Autre. Ainsi, il me semble que prêcher c’est d’abord être fidèle à Dieu, mais aussi être fidèle à la Bible, et enfin être fidèle à soi-même. 

Prêcher, c’est être fidèle à Dieu
Etre fidèle à Dieu, c’est avoir conscience que prêcher, c’est parler à Dieu, c’est parler de Dieu, c’est parler au nom de Dieu. Quand on souhaite être un porte-parole, la moindre chose est d’être fidèle à celui au nom duquel on parle. Pour le prédicateur, la fidélité à Dieu implique une relation personnelle avec Dieu : on ne peut pas prêcher sans fréquenter Dieu et avoir un rapport vivant avec lui, sachant que cette relation est d’abord une relation d’accueil de la grâce divine. Etre fidèle à Dieu c’est donc être un prédicateur de la grâce, jusqu’à l’exigence de la grâce… Etre fidèle à Dieu pour le prédicateur, c’est aussi être christocentrique, parce que Dieu le Père a lui-même placé le Christ au cœur de sa révélation. C’est enfin chercher à se laisser remplir du Saint-Esprit, tant dans la préparation d’une prédication qu’au moment de la partager.

Prêcher, c’est être fidèle à la Bible
Etre fidèle à la Bible, c’est bien entendu d’abord s’appuyer sur la Bible pour prêcher. Il arrive parfois que certains prédicateurs n’utilisent la Bible que comme un faire valoir d’idées qui leur sont propres. Etre fidèle à la Bible c’est donc faire parler la Bible, donner la priorité au texte biblique, et laisser ces paroles révélées devenir fertiles. C’est faire émerger un message pertinent à partir du texte biblique. Certes la Bible doit s’interpréter et son message être actualisé pour faire sens pour les auditeurs d’aujourd’hui, mais prêcher sans s’appuyer sur la Bible et y être fidèle, cela ne s’appeler pas prêcher mais discourir. Etre fidèle à la Bible, c’est enfin accueillir et adopter la Bible dans son intégralité et non pas réduite au seul Nouveau Testament ou aux seuls passages préférés du prédicateur. La Bible, parole de Dieu, a cette potentialité d’éclairer notre existence et notre cheminement, c’est pourquoi, il est important de lui être fidèle.

Prêcher, c’est être fidèle à soi-même
Etre fidèle à soi-même en lien avec la prédication, c’est bien entendu être authentique : ne pas jouer un rôle mais se présenter tel qu’on est vraiment. C’est ne pas faire semblant au prétexte qu’on serait en train de prêcher. S’il est vrai que dans une certaine mesure, on ne s’appartient plus quand on prêche, à aucun moment il ne s’agit de se renier. Bien sûr, l’idéal est d’avoir une vie en cohérence avec la parole prêchée, mais il me semble encore plus important de se montrer sous son vrai jour, avec une foi ancrée en Dieu et une vie spirituelle riche et épanouie, mais aussi avec ses luttes, ses questions et ses défis. Du coup, c’est vivre et recevoir d’abord pour soi la parole prêchée. Etre fidèle à soi-même dans la prédication, c’est aussi assumer l’appel de Dieu à parler en son nom. S’il ne s’agit pas pour le prédicateur de se mettre en avant quand il prêche, il ne s’agit pas nom plus de s’effacer complètement. C’est en assumant sa vocation et en ayant la conviction que tout ce qu’il est vient de Dieu et a donc de la valeur, que le prédicateur trouvera l’équilibre entre affirmation et effacement. Enfin, c’est également faire œuvre de créativité pour que le message prêché soit original dans le double sens du terme : conforme et nouveau ! Parce que chacun est unique, reçoit et donc partage la Parole en fonction de qui il est.

Ainsi, si en prêchant nous sommes fidèles à Dieu, à sa Parole inspirée, et à nous-mêmes, nul doute que cela contribuera à faire naître ou grandir chez nous comme chez nos auditeurs la foi. Or la foi n’est autre qu’un synonyme de fidélité.