Mon épithète endort

Par Gabriel Monet

Il y a quelques jours j’ai participé à un culte au cours duquel l’assemblée a chanté une composition de Peter Joachym qui animait le temps de louange. J’ai été interpellé par les paroles de la première strophe de ce chant alors que j’allais prêcher quelques minutes plus tard. Ce chant intitulé « Tout simplement » commence ainsi :

          Quand j’ai trop usé de mes métaphores,
          Mes rimes sont fatiguées, mon épithète endort,
          Ma bouche reste muette et plus rien n’en sort,
          La poésie s’en va mais mon cœur le dit fort.

          Tout simplement avec quelques mots : Seigneur tu es tout pour moi.

Cela a fait écho aux paroles d’un autre chant d’adoration de Geoff Moore et Steven Curtis Chapman intitulé « Entends mon cœur » :

          Comment expliquer et comment décrire
          Un amour si grand, si puissant, que rien ne peut le contenir ? [...]
          Mes mots sont bien trop petits pour dire tout l’amour que j’ai pour toi.

          Alors entends mon cœur, mon esprit qui te loue,
          Entends le chant d’amour d’un enfant racheté.
          Je prendrai mes faibles mots pour te dire quel Dieu merveilleux tu es,
          Mais je ne pourrai pas te dire combien je t’aime ; alors entends mon cœur.

          Si tout comme la pluie les mots pouvaient couler…

C’est vrai pour tout un chacun, mais a fortiori pour les prédicateurs : les mots manquent parfois pour parler de Dieu. Je ne sais pas si alors que je prêche mon épithète endort, ou si j’abuse de certaines métaphores. Toujours est-il que cette évocation me fait penser à deux éléments clés de la prédication : l’importance de la créativité et la communication au-delà des mots.

En ce qui concerne la créativité, elle me paraît indispensable dans l’acte de prêcher. D’abord parce qu’il est utile de poser un regard toujours neuf sur les textes bibliques. Mais également parce qu’il est important de rendre le message prêché aussi pertinent et percutant que possible pour les auditeurs concernés. Chercher à être créatif est du reste un acte spirituel très fort et tout à fait en phase avec le rôle du prédicateur en tant que porte-parole de Dieu. En effet, faire usage de sa créativité pour parler du Créateur, c’est justement reconnaître qu’il nous a donné cette capacité et ce potentiel. Dans la dernière newsletter Brèves de créa de Pascal Perrat1, se trouvait une note concernant les gens créatifs : « La plupart des gens admirent celles ou ceux qui sont créatifs et se disent : elle a eu beaucoup de chance, il avait un don au départ, elle est née dans un milieu privilégié, ses parents étaient déjà des artistes. Mais parmi tous les créatifs rencontrés, une chose m’a frappé : Pour devenir créatif, il faut d’abord apprendre à penser comme un créatif. Relisez cette phrase. Elle contient trois verbes très importants. (1) Devenir. La majorité des créatifs ne sont pas nés plus créatifs que les autres. Ils ou elles ont constamment cultivé et développer leur créativité. (2) Apprendre : ceux qui entretiennent leur créativité apprennent et découvrent sans cesse. Ceux qui cessent d’apprendre tuent leur créativité. Leur esprit routine. (3) Penser. Penser différemment se cultive. Chercher des idées là où les autres pensent qu’il n’y a rien, s’apprend. Notre pensée, si elle est stimulée, peut atteindre des niveaux de créativité que l’on n’imagine même pas ! ». Osons utiliser et développer notre créativité et la mettre au service de la prédication, et c’est ainsi que même si nous ne faisons pas des rimes, ou si les mots ne coulent pas comme la pluie, nous pourrons néanmoins mettre nos mots à la hauteur de ce que notre cœur et notre tête ont envie de dire. 

En ce qui concerne la communication au-delà des mots, cela me paraît également être un élément important dans l’acte de prêcher. Parce que nos mots ont leurs limites. Comme l’a écrit Roberto Badenas2 : « Les mots sont des symboles. Les mots représentent la réalité : ils ne la remplacent pas. Ils nous servent à parler de la réalité. Il y a des choses difficiles à décrire par des mots : les saveurs, les parfums, les sentiments, les personnes. Et, par-dessus tout, les réalités spirituelles. Justement parce que le langage ne peut pas tout dire, les mots que nous avons sont si précieux. Le langage sur Dieu, par exemple, nous permet de nous référer à une réalité qui nous dépasse, et dont nous n’avons qu’une connaissance très limitée. Cependant, malgré toutes ses limitations, le langage fait que le discours sur Dieu soit possible. Lorsque c’est Dieu qui parle de lui-même à l’humanité, notre langage rend possible la communication, même si le contenu des révélations divines est marqué par les limitations du langage humain ». Si les mots sont donc importants, y compris pour parler de Dieu, ils sont parfois insuffisants. Dieu peut bien sûr entendre au-delà des mots, et c’est ce que nous faisons tous en entendant quelqu’un parler, ou en écoutant une prédication par exemple. Dans notre langage non verbal, dans notre authenticité, dans nos attitudes et nos choix de vie lorsque nous ne sommes pas en chaire, se trouve un message qui peut parler aussi fort et aussi clairement que les phrases de nos prédications. Alors n’hésitons pas à faire parfois « tout simplement, avec quelques mots », car Dieu comme nos auditeurs « entendent aussi nos cœurs ».

1 www.eveilleur-didees.fr
2 Roberto Badenas, « Le langage du Nouveau Testament sur le Saint-Esprit », Servir 1 (1991), p. 51.

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