Qu’est-ce que prêcher ?

Par Gabriel Monet

Définir ce qu’est la prédication semble être une tâche relativement simple puisque nombreux sont ceux qui savent très bien ce qu’est une prédication : le moment du culte ou de la messe où le pasteur ou le curé présente un message biblique. Et ceci est vrai même si dans notre société de moins en moins christianisée, les personnes qui viennent à l’Eglise écouter des prédications se font de plus en plus rares. Pourtant à y regarder de plus près, donner une définition de la prédication n’est pas si simple tant les enjeux sont nombreux et importants dans l’acte de prêcher.

Dans le monde de l’homilétique, de très nombreuses définitions ont été données de la prédication. On peut y trouver un certain nombre de convergences, mais aussi des accents qui expriment des nuances si ce n’est des divergences. Ceci étant, la définition qui semble avoir eu le plus d’impact ces dernières années et qui a été reprise par de nombreuses personnes est celle qui a été proposée par Gerd Theissen dans un article qui a fait et qui continue de faire référence : « Le langage de signes de la foi. Réflexions en vue d’une doctrine de la prédication ». Même si cet article va beaucoup plus loin que de simplement proposer une définition, l’auteur affirme qu’ « une prédication est un discours intégré à un culte, dans lequel un membre de la communauté s’exprimant au nom de tous réactualise à travers un texte biblique le monde de signes auxquels celui-ci se rattache. Il le fait en espérant amener ses auditeurs à nouer le dialogue avec Dieu et leur faire trouver ainsi un bénéfice pour leur vie »1.

On notera aussi avec intérêt la définition d’Elisabeth Parmentier, qui est probablement en ce moment l’universitaire francophone la plus prolixe et la plus écoutée sur l’homilétique : « Prêcher, c’est parler de Dieu et avec Dieu, de l’auditeur et avec l’auditeur, de l’Eglise et avec l’Eglise, en dialogues ininterrompus. C’est redire et refaire le chemin de Dieu vers les humains et ouvrir le chemin des humains vers Dieu. Mais c’est rappeler toujours qu’en fait la parole de Dieu est celle qui nous prêche et nous interprète »2.

Sans nullement remettre en question ces définitions très riches et très pertinentes, je vais néanmoins m’essayer à une autre définition, dans un langage aussi simple et direct que possible : Prêcher, c’est partager un message d’espérance vivifiant basé sur la Bible dont le centre est Jésus-Christ et transmettre un appel adapté à l’auditoire à vivre la Parole de Dieu pour donner du sens à la vie.

Permettez-moi de donner quelques mots d’explication. Ce n’est certes pas bon signe s’il faut commencer à donner des explications à une définition, mais prenez ces prolongements plus comme un approfondissement que comme des éclaircissements.

« Prêcher, c’est partager »
La notion de partage me paraît essentielle à propos de la prédication. Elle est porteuse de l’idée qu’il y a communauté et qu’ensemble nous donnons et recevons. La parole prêchée n’appartient à personne, elle est libre et produit des fruits qui dépassent les mots prononcés par le prédicateur. Au-delà du prédicateur et des auditeurs, c’est Dieu qui s’offre et partage, de même que nous partageons avec lui.

« Un message d’espérance vivifiant »
Certes, dans la prédication il y a dialogue entre Dieu et les hommes, mais dans le cadre de ce dialogue un message est adressé comme venant de la part de Dieu. Ce n’est pas un hasard si tant de personnages bibliques sont présentés comme étant des envoyés pour porter le message de Dieu. Cela reste d’actualité pour tout prédicateur. Mais ce n’est pas n’importe quel message : un message d’espérance. Dieu est celui qui prend l’initiative de la communication avec nous, et il veut notre bien. Il est un Dieu de grâce qui souhaite nous faire entrer dans son amour. C’est vrai, les messages de Dieu sont parfois exigeants, mais ils sont toujours des chemins d’ouverture, d’espérance. Enfin, ce message d’espérance a pour vocation d’être vivifiant dans le double sens d’être vivifié par le Saint-Esprit mais aussi de vivifier les auditeurs.

« Basé sur la Bible »
La Bible est évidemment centrale à toute prédication. C’est à partir de la Bible en tant que Parole de Dieu que le prédicateur va construire son message. Bien sûr le texte biblique pourra non seulement être cité, observé, dit ou raconté, mais encore expliqué, interprété ou actualisé, mais il restera toujours le fondement de toute prédication.

« Dont le centre est Jésus-Christ »
Il me semble fondamental que toute prédication soit christocentrique. Vous aurez remarqué l’ambigüité volontaire de ma part quand au fait que cette expression « dont le centre est Jésus-Christ », peut se référer autant au message partagé (la prédication elle-même), qu’à la Bible. 

« Transmettre un appel »
Un des buts de la prédication est d’ouvrir un chemin d’engagement, et en ce sens une prédication contient des éléments de l’ordre de l’appel. Cela implique qu’un auditeur n’a pas vocation à écouter une prédication en se disant seulement : « Ah oui, c’est intéressant. J’ai appris des choses ». Il sera au contraire interpellé dans son triple rapport à Dieu, à ceux qui l’entourent et à soi.

« Adapté à l’auditoire »
Il est important de prendre en compte les auditeurs. On ne prépare pas une prédication et on ne prêche pas de la même manière devant une toute petite assemblée ou une grande, devant des jeunes ou des moins jeunes. Connaître le profil et essayer de discerner les besoins d’une assemblée est un élément important pour rendre pertinent le message partagé.

« A vivre la Parole de Dieu pour donner du sens à la vie »
L’interpellation que l’auditoire reçoit est un encouragement à mettre en action la Parole et à vivre la volonté de Dieu. Or plus qu’une liste de choses à faire, plus que de riches informations qui donnent à penser, une prédication a pour objectif prioritaire d’inviter à être, dans une approche existentielle. In fine : être un avec Christ qui est la Parole par excellence. Et c’est cette communion avec Christ qui par son exemple donne du relief et de la profondeur à la quête de sens qui nous habite tous.

Voilà. Au fil de cette définition, j’ai essayé de montrer ce que me paraissent être les enjeux de la prédication. Elle est trinitaire et s’appuie sur Dieu le Père qui nous donne sa Parole, sur l’action du Saint-Esprit et sur l’identification au Christ. Enfin, ce n’est pas un hasard si j’ai utilisé trois fois un dérivé du mot « vie ». En effet, la prédication n’a de sens que si elle est parole vivante. Or définir de manière figée ce que l’on considère comme en mouvement est toujours un risque, mais je ne doute pas qu’au-delà des mots, la réalité de ce qu’implique l’acte de prêcher saura renverser les barrières. Que vive la prédication !

1 Gerd TheissenN, « Le langage de signes de la foi. Réflexions en vue d’une doctrine de la prédication », in : Henry Mottu et Pierre-André Bettex (éd.), Le défi homilétique, Genève, Labor et Fides, 1993, p. 22.
2 Elisabeth Parmentier, « Qui parle dans la prédication ? Chantiers pour une homilétique contemporaine », Positions luthériennes 50 (2002), p. 390.