« Je vis avec mes prédications »

Par Gabriel Monet

Interview de Daniela Gelbrich

 

Daniela Gelbrich, vous enseignez l’hébreu, et à ce titre fréquentez beaucoup l’Ancien Testament ; vous êtes également prédicatrice. Quels sont les enjeux de la prédication de l’Ancien Testament ?
Le défi relatif à la prédication de l’Ancien Testament consiste à démontrer l’actualité de ses textes, leur portée existentielle, à montrer que les histoires racontées dans l’Ancien Testament parlent de la vie humaine, du cœur humain qui n’a pas changé au cours des siècles de l’histoire humaine, de la relation que Dieu souhaite nouer avec l’humanité.  

Une prédication vétérotestamentaire peut-elle être christocentrique, et si oui, comment ?
« Au commencement Dieu… », c’est ainsi que l’Ancien Testament commence. « Au commencement la parole… », c’est ainsi que l’évangile selon Jean commence, évoquant la parole qui est devenue chair, qui a habité parmi nous, qui a porté nos fardeaux. Dès le début de l’Ancien  Testament, nous faisons la connaissance d’un Dieu qui est proche de ses créatures, qui est là, qui prend soins de nous. Ce Dieu va se révéler à travers son Fils unique. Ce Dieu traverse l’Ancien Testament, s’y révèle pas à pas.  

Comment allier le respect du texte biblique de l’Ancien Testament pour ce qu’il est, donc sans avoir nécessairement une lecture christologique ou typologique, tout en apportant un regard chrétien sur ces textes juifs ?
Le chrétien croit en un Dieu qui est là, qui l’aime, qui l’accompagne. Ce Dieu se révèle à travers les textes de l’Ancien Testament. Nous sommes invités à être attentifs à ces textes, à les laisser parler à nos cœurs, sans y mettre nos préjugés, nos idées préconçues, nos interprétations toutes faites.

Selon vous, aborde-t-on différemment la prédication selon que l’on est un homme ou une femme ?
Je pense que oui. L’homme et la femme abordent la vie d’une manière différente. Leurs sensibilités sont différentes. Ils se complètent. Chacun apporte sa richesse. L’autre a ce que l’on n’a pas. C’est enrichissant pour la prédication.

Vous êtes de nature plutôt discrète, mais lorsque vous prêchez c’est avec beaucoup d’autorité et de passion que vous vous adressez à votre auditoire. Le fait de prêcher procure-t-il une puissance particulière ?
C’est vrai. Je suis très discrète au quotidien mais les textes bibliques me passionnent et j’aime donner le meilleur de moi-même lors de mes prédications. Les textes bibliques le méritent et les auditeurs également.

Quelle est votre démarche pour préparer une prédication ? Concrètement, quelles sont les étapes de votre préparation ?
Je vis avec mes prédications. Je ne les prépare pas vraiment. Je vis avec elles. J’aime réfléchir. En fait, toute prédication est le fruit d’une longue réflexion qui débute longtemps avant le jour de la prédication, le fruit d’une longue préparation au quotidien, en lisant, en écoutant les textes de la Bible, en écrivant parfois mes pensées sur papier.    

Selon vous, quels sont les critères d’une bonne prédication ?
Je pense que ce qui fait la différence, c’est l’authenticité de la personne qui prêche. Quelqu’un qui chemine avec Dieu fera une différence partout où il ou elle va et le fait qu’il ou elle est un(e) allié(e) de Dieu se fait remarquer. Je n’ai pas la prétention d’y être arrivée mais c’est mon but. J’ai écouté des prédications faites par des personnes très simples, prédications qui m’ont marquées parce que leurs paroles étaient profondes et avaient de l’autorité. L’authenticité du prédicateur n’empêche pas bien sûr l’excellence de sa démarche rhétorique.  

Propos recueillis par Gabriel Monet, le 11 avril 2011
Daniela Gelbrich, titulaire d’un doctorat en lettres hébraïques de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes à Paris, est  professeur d’hébreu à la Faculté adventiste de théologie de Collonges-sous-Salève.