Pour une homilétique d’engendrement

Par Gabriel Monet

On a vu fleurir il y a peu une approche pastorale novatrice sous l’appellation de « pastorale d’engendrement ». Si cette expression se rencontre de plus en plus fréquemment et qu’elle peut recouvrir des connotations différentes, elle met néanmoins en synergie un certain nombre de valeurs qui interpellent l’ensemble du champ de la théologie pratique. Or, à ma connaissance, cette réflexion récente sur la pastorale d’engendrement n’a pas encore été abordée au niveau de l’homilétique, alors qu’il me semble que réfléchir à l’art de la prédication dans la sphère de l’engendrement peut non seulement être pertinent mais aussi contribuer à rendre la parole prêchée plus audible pour nos contemporains. Je me propose donc dans un premier temps de présenter ce qu’est une pastorale d’engendrement pour aboutir à ce que pourrait être une homilétique d’engendrement. Il sera alors utile dans un deuxième temps d’approfondir les caractéristiques d’une homilétique d’engendrement avant d’aborder dans une dernière partie, les implications exégétiques, liturgiques, pastorales et rhétoriques d’une telle approche.

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Ceci est l’introduction d’un texte mis en ligne dans la section “articles”. Vous pouvez aussi y accéder en cliquant ici : “Pour une homilétique d’engendrement” .

Qu’est-ce qu’un message efficace ?

Par Gabriel Monet

Les sciences de la communication, qui se sont beaucoup développées ces dernières décennies, ont contribué à éclairer l’acte de prêcher de nouveaux regards. Voici un de ces regards en réponse à la question « Qu’est-ce qu’un message efficace ? ». Dans un ouvrage sur la coopération1, les auteurs proposent quatre critères pour juger de la réussite d’un message. Bien que proposés dans un contexte non homilétique, j’ose penser que ces critères peuvent stimuler notre réflexion sur l’acte de prédication. Car une prédication a entre autre pour but de partager un message, et à le faire de manière efficace ! Pour qu’un message soit partagé de manière réussie, il devrait être acceptable, valide, opérationnel et utile.

L’acceptabilité
Si quelqu’un émet un message faisant preuve par exemple d’impolitesse, le message sera difficilement « acceptable » pour l’interlocuteur. L’acceptabilité d’un message par le destinataire tient à sa présentation dans un contexte, son adaptation à la spécificité du destinataire, et une prise en compte de sa capacité de réception. On gagnera donc en prêchant, à mettre tout en œuvre pour prendre en compte le profil de l’auditoire et développer une forme de prédication adaptée.

La validité
Une information à la radio signalant qu’on roule bien sur le périphérique intérieur alors que vous êtes bloqués dessus depuis un bon moment, sera invalidée d’office. La validité du message est sa qualité d’être jugé vrai par le destinataire. Soit à cause de preuves qu’il contient, soit à cause de la confiance du récepteur dans l’émetteur, soit à cause de leurs croyances communes. Un message qui contredit notre expérience sera évidemment invalidé sauf explication et preuves décisives. Le prédicateur veillera donc à la cohérence entre ce qu’il vit et ce qu’il dit ; à la confiance qu’il suscite auprès de ses auditeurs par des relations en dehors de la chaire qui sont authentiques ; et puis bien sûr, il veillera à montrer toute la pertinence du texte biblique en le présentant avec une pensée respectueuse de l’intention du texte, une interprétation juste, et une logique qui suscitera l’adhésion.

L’opérationnalité
Si un ami vous explique une recette de cuisine, vous cherchez à avoir toutes les informations nécessaires pour pouvoir la réaliser à votre tour. Son explication doit être « opérationnelle ». L’opérationnalité réside dans le fait que le message donne une description complète de ce que l’émetteur attend du récepteur, des gestes physiques ou mentaux à accomplir après réception. Le défi pour le prédicateur sera de travailler à l’actualisation du texte biblique pour le rendre opérationnel. Un sermon ne doit certes pas être une recette qu’il n’y a qu’à appliquer sans réfléchir ou sans se l’approprier, mais la prédication devra néanmoins être suffisamment concrète et pratique pour ouvrir la porte à un vécu.

L’utilité
L’explication détaillée d’une recette de cuisine ne suffira pas pour se lancer devant les fourneaux. Il convient de savoir si le jeu en vaut la chandelle et si la recette est adaptée à la situation. C’est à cette condition que cette information sera « utile » pour moi. L’utilité d’un message est décrite par l’intérêt que présente le contenu du message et sa mise en acte pour le destinataire. Il est peut-être passionnant pour certains d’en savoir plus sur tel petit prophète ou de comprendre le sens de tel mot hébreu ou grec, mais si tout cela reste de l’ordre de la connaissance, la prédication n’atteindra pas son objectif. Pour être utile elle induira une mise en œuvre spirituelle, relationnelle ou existentielle, qui contribuera au vécu des valeurs de l’évangile et à l’épanouissement du plus grand nombre.

« Bien communiquer demande donc inévitablement du temps, de l’expérience, du talent, de la sagesse, et tout cela à la fois. [...] S’interroger à tête reposée sur le type de message à émettre, sur la façon de l’exprimer, sur le cadre contextuel dans lequel le donner n’est pas superflu »2. Socrate déjà invitait ses interlocuteurs à passer leurs paroles au crible de trois tamis : avant de parler, s’interroger si ce qui va être dit est vrai, bon et utile. Cela va dans le même sens pour le prédicateur qui peut s’interroger avant de prêcher : Est-ce que ma prédication est acceptable, valide, opérationnelle et utile ? Si la réponse est non, peut-être sera-t-il bon de se taire ou de se remettre au travail. Si nous pensons que oui, alors à n’en pas douter cette parole sera une semence qui ne demandera qu’à produire du fruit !  

1 Gilles Le Cardinal, Jean-François Guyonnet, Bruno Pouzoullic, La dynamique de la confiance. Construire la coopération dans des projets complexes, Paris, Dunod, 1997, p. 118-119.
2 Ibid., p. 120.

“S’adapter à ses auditeurs” (caricature)

Par Gabriel Monet

J’ai publié sur ce blog il y a peu une lettre ouverte aux prédicateurs et une interview de Henri Bacher. A cette même occasion, j’ai demandé à son épouse, Martine Bacher, qui est entre autre caricaturiste, si elle accepterait de réaliser des dessins sur l’art de prêcher pour alimenter ce blog. Elle a accepté et nous propose une première caricature vidéo… en attendant celles qui viendront régulièrement égayer ce site.

Travailler sa voix

Par Gabriel Monet

La voix est un élément essentiel de l’acte de prêcher1. Le contrôle de la voix demande une maîtrise des muscles qui la mettent en marche. Mais pour contrôler sa voix, il convient aussi de savoir contrôler ses émotions. Or deux moyens sont possibles pour cela : la voie thérapeutique par la maîtrise du psychisme et la voie mécanique par une bonne gymnastique des muscles de l’organe vocal, des muscles faciaux et respiratoires et de la gestuelle en général (y compris du visage). Ces deux voies peuvent d’ailleurs se compléter. En fait, elles sont indissociées. La voix entraîne des émotions, qui entraînent des gestes, qui eux-mêmes provoquent d’autres émotions et ainsi de suite. Cependant, le seul travail mécanique de la voix peut amener des résultats très satisfaisants. Par la pratique régulière de l’émission de sons, on peut mieux maîtriser l’intensité de sa voix. La diction peut permettre de poser sa voix et donc de rendre le discours aisé et compréhensible ; cela gommera les syllabes avalées, les phonèmes distordus, les petits défauts qui impliquent de ne pas être bien entendu. Travailler sa posture permettra de corriger certains défauts dont on ne se rend peut-être pas compte mais qui entrave la communication ; cela permettra d’adopter une attitude ouverte qui invitera les auditeurs à écouter d’emblée. Enfin, le travail de respiration peut aider à centrer les émotions, à éviter le trac.

Transformer sa voix du tout au tout est impossible. La voix est le résultat de l’anatomie (qu’on ne peut pas changer) et de la manière dont on utilise cette anatomie. Ainsi, en la travaillant, on peut en changer le timbre, la rondeur, la variété phonique, la prononciation. On peut apprendre à jouer de sa voix, c’est-à-dire savoir ce qui s’exprime dans telle intonation, tel souffle. C’est surtout pouvoir la commander, pouvoir diriger son souffle au bon endroit au bon moment. C’est la déplacer dans divers registres, graves, aigus. C’est prendre un accent juste dans un fragment de phrase particulier. C’est aussi augmenter son volume sans crier quand on veut attirer l’attention sur un passage particulier. Tout cela n’est peut-être pas donné à tout le monde, mais c’est aussi une question de volonté, de motivation et de travail.

Voici donc quelques exercices pour travailler sa voix. Faire des exercices de respiration est indispensable pour augmenter son débit de paroles et ils permettent de développer, poser, soutenir la voix afin de maintenir sans risque un effort vocal de longue durée. Ces exercices mettent en action les muscles des côtes qui soutiennent le diaphragme, développent la capacité pulmonaire et l’élasticité de l’ensemble des membranes de l’appareil respiratoire.

  • Le ballon (exercice de respiration pour le contrôle de l’air)
    Asseyez-vous sur une chaise ou un tabouret. Détendez-vous. Tenez-vous droit. Soufflez jusqu’au bout tout l’air que vous avez. Commencez à chronométrer. Inspirez par la bouche tout doucement un petit filet d’air. Imaginez que cet air va toucher le sol sous votre assise. Continuez à inspirer, courbez un peu le dos si nécessaire. L’air que vous respirez doit gonfler le ventre avant de gonfler les côtes. Pour cela, continuez à penser que cet air va sous votre assise. Lorsque vous avez la sensation d’être gonflé comme un ballon, attendez dans cette position une à deux secondes. Soufflez d’un coup. Au début, cette inspiration ne durera que quelques secondes (environ 5). Plus vous ferez cet exercice, plus le nombre de secondes augmentera (40 secondes est un bon score).
    Difficulté : faire gonfler le ventre avant les côtes. Trouver tous les muscles qui se mettent en action pour pousser vos entrailles et faire de la place à vos poumons.
    But : augmenter la capacité d’air que vous pouvez faire entrer dans vos poumons.
  • Le trampoline (exercice de respiration pour la tonicité du diaphragme)
    Allongez-vous confortablement, le dos bien plat, jambes parallèles, les bras le long du corps, tête droite. Regardez le plafond. Soufflez tout l’air que vous avez en vous. Inspirez par la bouche profondément et lentement en imaginant que l’air qui entre en vous pousse vos viscères. Restez en apnée plusieurs secondes en contractant vos abdominaux. Si besoin, tapotez-les par coups secs avec vos doigts. Relâchez. Recommencez dix fois.
    Difficulté : maintenir les abdominaux bien contractés pendant l’apnée. Tenir cette position le plus longtemps possible.
    But : assouplir et tonifier le diaphragme (muscle essentiel à la respiration).

Les résonateurs sont les cavités dans lesquelles les ondes vibratoires d’un son prennent forme avant de sortir du corps. Dans un premier temps, l’air percute les cordes vocales, leur vibration entraîne un son qui finira de se former dans la cavité où le souffle sera principalement dirigé. Les formes de ces cavités, leur taille, leur élasticité et leur humidité participent à la nature du son. Les harmoniques dépendent de la répartition du souffle utilisé vers les différentes cavités. Des exercices peuvent aider à améliorer l’élasticité de ces résonateurs et à contrôler le trajet de l’air vers telle ou telle cavité pour améliorer la qualité des sons.

  • Miam-miam (exercice de résonateurs)
    Assis ou debout, tête et dos droits, les pieds bien posés au sol, dites « Miam-miam-miam » le plus longtemps possible en un souffle, sur la même note. Dirigez votre souffle vers l’avant de la cavité nasale pour la faire résonner. N’augmentez pas le volume pour autant. Faites percuter le souffle dans la cavité nasale. Reprenez « Miam-miam-miam ». Arrêtez, reprenez votre souffle, tout à votre rythme. Inspirez puis recommencez sur une autre note et encore une autre. Sentez les résonances que cela entraîne.
    Difficulté : garder les muscles du cou et du larynx très relaxés. Sentir des vibrations au-dessus des dents supérieures au niveau du « pied de nez ».
    But : faire connaissance avec l’un des résonateurs principaux : l’avant de la cavité nasale. L’entraîner à résonner. L’assouplir.
  • Bébé dort (exercice de résonateurs et de contrôle de l’air)
    Assis ou debout, placez-vous dans une pièce silencieuse, au calme. Imaginez qu’un bébé dort dans son berceau dans la même pièce et qu’il est impératif de ne pas le réveiller.  Chantez votre chanson préférée. Ne chuchotez surtout pas, votre voix doit être « timbrée » (on doit entendre le son). Le volume doit être simplement au minimum. Constatez les difficultés que vous rencontrez sur certaines notes. Reprenez ces notes jusqu’à ce que vous arriviez à chanter toute la chanson à ce volume sans difficulté.
    Difficulté : résister à la tentation d’augmenter le volume pour passer sur certaines difficultés.
    But : maîtriser les différents résonateurs. Prendre conscience des endroits où résonne le plus la voix suivant les notes et les phonèmes exécutés : tantôt dans le nez, tantôt dans la bouche, ou plus vers les lèvres, etc.

La gymnastique faciale contribue à une forme de musculation. Dynamiser, muscler, tonifier, étirer, assouplir… c’est ce dont ont besoin les muscles de la face et du cou pour parler distinctement. Les muscles des joues et des lèvres influent sur la dynamique des paroles ; ceux du cou ajustent la position laryngée ; ceux de la bouche font varier les formes des cavités de résonance. La langue est le grand chef d’orchestre du tout.

  • Le tigre (exercice de gym faciale)
    Debout devant une glace, ouvrez la bouche au maximum : imaginez que votre mâchoire veut toucher le sol ; découvrez vos dents en écartant les lèvres, la langue reste plate et large. Maintenez cette position deux à trois secondes. Relâchez. Recommencez, puis, lorsque vous êtes en position, soufflez fort par la bouche en laissant le souffle faire un bruit de frottement. Ca y est ! Vous êtes un tigre…
    Difficulté : garder la langue plate. Ouvrir plus grand la bouche que vous ne l’imaginiez.
    But : habituer la mâchoire à s’ouvrir au maximum dès que vous en aurez besoin pour prononcer des syllabes ouvertes. Assouplir les jours, les lèvres, la langue. S’amuser avec son souffle.
  • L’oiseau (exercice de gym faciale)
    Placez-vous devant un miroir. Bouche fermée, touchez les dents du bas avec le bout de la langue. Avec vos doigts (et sans appuyer) touchez votre pomme d’Adam pour l’identifier. A présent, regardez cette partie de votre anatomie (qui est votre larynx) dans le miroir et faites la descendre. Observez. La peau qui est sous votre menton est aussi entraînée vers le bas à chaque fois que vous descendez la pomme d’Adam. Si ce n’est pas le cas, exagérez le mouvement. Vous devez sentir le muscle qui est sous la langue travailler en tirant la langue vers le bas. Une fois que vous avez le bon mouvement, faites des séries de dix à la suite. Relâchez et recommencez.
    Difficulté : réveiller une partie importante des muscles qui contrôlent le mouvement du larynx.
    But : renforcer certains muscles qui vous serviront à contrer l’élévation intempestive du larynx pour faire un son aigu ou l’abaissement exagéré pour faire un son grave.

Les exercices d’articulation, et en particulier les « tournelangues », sont faits pour aider à acquérir ou à retrouver une bonne distinction des syllabes phonétiquement proches afin de mieux se faire comprendre. Cela peut aider également à parler vite avec dextérité.

  • Ta-pa-ta (exercice d’articulation)
    Assis ou debout, les pieds parallèles bien posés au sol. Soufflez vigoureusement puis prenez une grande inspiration. Dites « ta-pa-ta-pa-ta-pa-ta… » assez vite, en exagérant l’articulation, jusqu’à ce que vous n’ayez plus de souffle. Recommencez cinq fois. Vous pouvez également dire : « to-po-to-po-to… » ; ainsi que : « ti-pi-ti-pi-ti… » ou « tou-pou-tou-pou-tou… ».
    Difficulté : bien prononcer, le plus vite possible.
    But : obtenir une bonne tonicité de la bouche.
  • La syllabe (exercice d’articulation)
    Lisez les phrases ci-dessous à haute voix. Commencez en séparant nettement chaque syllabe, que vous prononcerez exagérément. Recommencez en séparant toujours nettement les syllabes mais avec un intervalle plus petit entre chacune. Enfin, prononcez-la normalement, puis de plus en plus vite. Pour vous aider, vous pouvez utiliser un métronome. Chaque battement correspondra à une syllabe. Commencez sur un rythme très lent, puis augmentez la cadence progressivement.
         - Songeons à la sauge sans fausse chose
         - Ta tatin tient tant que ta tati tient ta tatin très bien
    Difficulté : ne pas mélanger les syllabes.
    But : faire une distinction nette entre des sons proches afin que votre interlocuteur n’ait pas à faire d’effort pour vous comprendre.

Les exercices de posture contribuent à axer le corps autour de son centre de gravité et à lui donner un peu plus de tonus. Il s’agit de se mettre ou remettre en synergie avec son image corporelle afin qu’elle ne soit pas une gêne. L’important, c’est de « tenir » son corps.

  • Le fil (exercice pour améliorer sa posture)
    Prenez un fil épais. Accrochez-y un poids. Placez-vous debout et de profil devant un miroir, les pieds parallèles dans le prolongement du bassin. Tenez la ficelle contre votre menton. Le poids en bas, entre vos pieds, doit effleurer le sol. Vérifiez que le fil effleure votre cage thoracique, votre nombril et votre pubis. Si ce n’est pas le cas (comme pour la plupart des gens) ajustez votre position : rentrez le ventre ; ouvrez la cage thoracique ; reculez la tête en avant ou en arrière ; basculez légèrement le bassin en avant ou en arrière ; prenez plus appui sur l’avant, le centre ou l’arrière des pieds. Une fois ajusté, maintenez cette position six secondes en inspirant silencieusement. Relâchez. Recommencez cinq fois. Lorsque vous serez habitué à cet exercice, faites-le sans le fil avec les bras le long du corps.
    Difficulté : ajuster la position.
    But : se repositionner autour du centre de gravité du corps.
  • Le roseau (exercice pour améliorer sa posture)
    Debout devant un miroir. Posez la pointe du pied droit sur le coup de pied gauche, le genou droit à l’extérieur. Joignez les mains devant la poitrine sans croiser les doigts. Montez les mains jointes progressivement au-dessus de la tête en soufflant. Marquez un temps d’arrêt, puis descendez les mains en inspirant profondément. Marquez un temps d’arrêt. Recommencez cinq fois de suite. Relâchez. Changez de pied et recommencez cinq fois sur le pied droit.
    Difficulté : rester calme, chercher son équilibre.
    But : positionner son corps autour de l’axe d’équilibre qui se trouve deux doigts sous le nombril.
1 L’essentiel de cette note s’inspire de : Charlotte Guedj, ABC de la voix. Parler mieux, chanter juste, communiquer tout simplement, Paris, Grancher, 2007. C’est un ouvrage que je conseille sans hésiter et que vous pourrez acquérir pour aller plus loin.  Il est à la fois simple, accessible et pratique. Tous les exercices proposés ici et bien d’autres sont tirés de ce livre. Un autre ouvrage qui fait référence au sujet de la voix est : Dr Yves Ormezzano, Le guide de la voix, Paris, Odile Jacob, 2000 ; c’est un livre plus complet et plus technique mais évidemment peut-être moins accessible et pratique. Bref, ces deux ouvrages se complètent bien.

La prédication, une parole “sabbatique” ?

Par Gabriel Monet

Existe-t-il un jour particulier pour prêcher ou écouter une prédication ? Certes non. Heureux celui ou celle qui écoute une prédication ou qui prêche tous les jours de la semaine… Il n’empêche que cette question n’est pas totalement anodine. En effet, il n’est pas inintéressant de se rappeler que dans la Bible, le sabbat est le jour particulier où l’assemblée est réunie pour écouter la Parole. Je ne veux évidemment pas ici discuter sur le fait que dans beaucoup d’Eglises chrétiennes le culte communautaire a maintenant lieu le dimanche et non le sabbat, mais par contre, interroger le rapport qu’il peut y avoir entre la prédication et l’intention du sabbat.

Le sabbat a été créé pour favoriser la rencontre avec Dieu. Pour contribuer à cette relation entre Dieu et les humains, le sabbat implique le repos, une certaine forme de vide de toute autre préoccupation. Or quoi de mieux que cet esprit-là pour recevoir un message de Dieu au travers d’une prédication. Comme l’affirme Richard Gelin, « la prédication n’est pas une parole à côté des autres, ni en plus des autres, mais au centre des autres. Elle est pour la plupart de ses auditeurs une parole attendue et non une parole subie. On devrait la présenter comme une parole “sabbatique” ; une parole qui repose, qui libère, qui rassemble, par sa fonction de recentrage sur la Parole unique qui éclaire toutes paroles. C’est dans l’esprit biblique du sabbat que le pasteur devrait vivre le ministère qui lui est confié »1. La question n’est donc pas tant de savoir quand est prêchée la Parole de Dieu mais comment. La prédication suscite-t-elle paix et repos, favorise-t-elle une relation authentique et renouvelée avec Dieu. Si oui, alors elle est une parole sabbatique. Sans utiliser le mot, c’est néanmoins dans ce sens-là que vont François-Xavier Amherdt et Franziska Loretan-Saladin en affirmant : « La prédication est “interruption”. Comme invitation à prendre du recul par rapport au quotidien, elle conduit les auditeurs à se retrouver eux-mêmes et à voir autrement la réalité à partir de la rencontre avec le “Tu” divin et la vision du Règne de Dieu »2.

Le sabbat marque l’aboutissement et l’accomplissement de la création de Dieu. D’une certaine manière la prédication de la Parole de Dieu célèbre également ce Dieu que nous confessons et qui reste créateur dans nos vies. Le sabbat est un jour sanctifié, c’est-à-dire « mis à part », comme peut l’être la prédication. Une prédication sera parole sabbatique si elle est donnée par le prédicateur, et reçue par les auditeurs, comme une parole « à part », sainte. La Parole de Dieu pourra alors permettre d’entrer dans le vrai repos sabbatique évoqué par l’auteur de l’épître aux Hébreux qui associe la promesse d’entrer dans le repos à l’annonce de la bonne nouvelle : « Il reste donc un repos sabbatique pour le peuple de Dieu. Empressons-nous donc d’entrer dans ce repos-là [...] car la Parole de Dieu est vivante, agissante… »3. Jésus a dit qu’ « il est permis de faire du bien le jour du sabbat »4. Puissent nos prédications être en phase avec ce projet : qu’elles soient source de repos et contribuent au bien du plus grand nombre.

1 Richard Gelin, « Pour une prédication vraiment pastorale », Les cahiers de l’école pastorale 32 (1999), p. 18.
2 François-Xavier Amherdt, Franziska Loretan-Saladin, Prédication : un langage qui sonne juste. Pour un renouvellement poétique de l’homélie à partir des réflexions littéraires de la poétesse Hilde Domin, Saint-Maurice, Editions Saint-Augustin, 2009, p. 133.
3 Hébreux 4.9-12. Les versets 1 et 2 faisaient déjà ce lien : « Craignons donc, tant que subsiste la promesse d’entrer dans son repos, que l’un de vous ne semble l’avoir manquée. Car la bonne nouvelle nous a été annoncée tout aussi bien qu’à eux. Mais la parole qu’ils ont entendue ne leur a servi de rien, car ils n’étaient par unis par la foi à ceux qui l’ont entendue ».
4 Matthieu 12.12.

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“Parler la même langue que ses auditeurs”

Par Gabriel Monet

Interview d’Henri Bacher

Henri Bacher, quels sont pour vous les enjeux de la prédication contemporaine ?
Les communautés chrétiennes ont fait de sérieux efforts pour adapter leur hymnologie à l’expression musicale d’aujourd’hui. Il faudra faire le même travail pour la prédication et l’étude biblique. Pour moi, l’enjeu est plus d’ordre culturel que spirituel. Les églises, en général, ne sont pas moins spirituelles que par le passé, elles sont tout simplement de moins en moins adaptées à la réalité culturelle de notre monde contemporain. D’où leurs difficultés à progresser et plus grave encore, à retenir les membres existants. 

Vous insistez sur la nécessité pour les Eglises et les pasteurs à prendre en compte la primauté de l’oralité numérique. Quelles implications cela peut-il avoir pour la prédication ?
Nous connaissons très bien le fonctionnement oral de la communication de par les textes de l’Ancien Testament et une partie du Nouveau Testament. Les textes des épîtres étant plus proches de la civilisation et de la mentalité du livre. D’où aussi la délectation des pasteurs à prêcher surtout sur les textes de Paul. L’oralité refait surface grâce aux supports numériques actuels qui permettent de montrer des images, de jouer avec les ambiances, de travailler le son, de mettre en valeur les espaces, les histoires.  Nous assistons à un basculement de la civilisation du livre dans celle de l’oralité électronique. Jésus était un communicateur « oral ». Il racontait des histoires (les paraboles), il intégrait la notion du corps dans sa démarche spirituelle (toucher les malades). Il utilisait des mises en scène comme la Sainte Cène, ce terme de « mise en scène » n’étant pas péjoratif à mes yeux. Il donnait à voir et à sentir une situation, avant de l’expliquer. Le communicateur de la culture liée aux livres, explique d’abord, avant d’entrer dans une démarche plus « émotionnelle ». L’émotion a mauvaise presse dans pas mal de nos milieux ecclésiastiques, parce qu’on l’associe aux « tripes », alors que l’émotion est réellement un vecteur de connaissance. Bien sûr, avec l’émotion on ne construit pas une horloge, mais par contre on comprend un rêve, on a des convictions, on saisit des situations, on a des visions, on est visionnaire. La publicité utilise majoritairement le langage de l’émotion pour vendre. Elle ne s’adresse pas seulement à ce que nous ressentons. Elle construit un message très performant et très intelligible qui n’a pas la logique et l’abstraction comme moteur de compréhension. Le prédicateur doit s’inspirer du Christ dans sa manière de communiquer et laisser Paul en arrière-plan (pas le message de Paul, je précise). Il doit inventer de nouvelles paraboles qui reflètent le sens des paraboles que le Christ racontait. Aujourd’hui, les exemples tirés de l’agriculture du temps de Jésus ne sont plus compris par la majorité des citadins. Vous voyez tout de suite les nouveaux problèmes qui se posent au prédicateur. Que veut dire, dans ce contexte, être fidèle à la parole de Dieu ?

Dans l’oralité numérique dans laquelle nous vivons, les images jouent donc un rôle prépondérant. Vous êtes un défenseur des prédications visuelles. Pouvez-vous nous dire ce que vous entendez par là, et comment se construit une telle prédication ?
Les images sont une des facettes de l’oralité et celles-ci peuvent se décliner de moult façon. Illustrer un texte écrit avec une image ne suffit pas pour être dans l’oralité. L’oralité c’est une manière de penser avant d’être une manière de communiquer. Et c’est là que nous sommes démunis. Tout récemment, en voyage à Bangkok, ma femme et moi, nous nous sommes perdus dans un quartier de cette mégalopole du sud-est asiatique. Nous avons montré aux passants le plan du quartier que nous traversions. Personne ne pouvait nous montrer, sur la carte, où nous nous trouvions, pas même les policiers du commissariat. Il n’y avait pas seulement une question de langue puisque le nom des rues, comme sur notre plan, apparaissent aussi en anglais sur les panneaux des rues, sous l’écriture thaï. Pourquoi alors, une telle difficulté ? La carte et la cartographie sont une abstraction du territoire, une manière abstraite de présenter la réalité géographique. Les gens imprégnés de culture orale ont de la peine à déchiffrer une carte. Lorsque nous avons donné le nom de notre destination aux policiers, ils nous ont indiqués parfaitement le chemin à suivre, sans faire référence à la carte. Donc, ce n’était pas des ignares et ils connaissaient bien leur ville ! Prêcher avec des images, c’est laisser de côté la « cartographie » des textes bibliques au profit de l’histoire que l’on raconte pour trouver son chemin. Les deux grandes « images-monuments » que la Bible nous a laissées sont le Tabernacle et la Sainte Cène. Le croyant ne se mettait pas dans le temple pour réfléchir intellectuellement au processus des sacrifices, mais il les vivait avec ses tripes. On participe à la Cène, mais on ne peut pas se l’expliquer. On la vit plus qu’on ne la pense. L’art du prédicateur, c’est de créer des « images » de ce type, où l’on ressent, j’ose dire intellectuellement, le message avant de le décortiquer pour le comprendre.

Selon vous, le profil du prédicateur exégète n’est plus en phase avec les attentes des contemporains. Quel rapport au texte biblique prônez-vous ? Et quelle est alors la place et le rôle de l’exégèse ?
Si on entend par exégète, le prédicateur qui, devant son public, décortique le texte biblique, l’analyse et le recrache sous forme logique et linéaire, c’est oui, il n’est plus en phase. Il ne correspond plus aux attentes de la majorité des gens. Il y aura toujours des gens qui vont apprécier, mais c’est une minorité. L’exégèse du texte va rester pour la préparation, c’est le « Que veut dire le texte ? ». Mais après il faudra le conditionner pour le présenter d’une autre manière. Ceci dit, lorsqu’on utilise des images mentales comme les paraboles, ce ne sont pas des explications de textes bibliques. Jésus n’a pas expliqué des textes bibliques anciens avec ses paraboles, mais le thème de ces histoires avait un rapport avec les textes de la Torah. L’oralité ne va pas favoriser la connaissance littérale du texte biblique. Elle « brodera », débordera, comme, par exemple, Jésus et la parabole du juge inique. Dieu le Père n’est pas inique alors que si on interprète cette parabole du juge au pied de la lettre, on pourrait le penser. C’est ça, ce que j’appelle « broder ». La seule manière de rectifier le tir et de trouver un certain équilibre, c’est d’encourager le croyant à lire sa Bible pour en connaître le contenu littéral. Dans l’oralité, on lit de moins en moins, donc nous, avec Logoscom, nous proposons des textes à écouter en audio ou à voir en vidéo. Plus vous utilisez des images, plus il faudra entraîner vos ouailles à connaître le contenu littéral de la Bible. Sinon, c’est la dérive !

L’Eglise doit-elle épouser toutes les évolutions de la culture environnante ou doit-elle au contraire rester une contre-culture ? Quelle implication cela a-t-il pour les prédicateurs ?
Le problème, c’est que nous contestons souvent des aspects strictement culturels et non des aspects qui relèvent de la spiritualité et de l’éthique. Nous devons détecter les pouvoirs qui régissent les cultures et s’en prendre à eux. Lorsque les réveils de la fin du 19ème siècle ont éclaté en Europe et aux Etats-Unis, ils se sont attaqués à l’intellectualisme dominant dans nos facultés de théologie. Ils voulaient une foi plus proche des réalités basiques de la vie et surtout basée sur une approche personnelle de la Bible. Aujourd’hui, le vrai pouvoir qui pilote l’oralité numérique, c’est l’argent. C’est celui-là qu’il faut contester. Souvent nous nous attaquons à la vitrine de nos supports numérique (télé, internet, etc.) et nous n’entrons pas dans l’arrière-boutique où se décident les choses. Combien de nos activités d’évangélisation, de nos concerts de louanges sont payants ? Même le Jour du Christ en Suisse, en 2010, vend des billets d’entrée. Qui dit billets à l’entrée, dit client. On entre dans un cycle marchand et on quitte le terrain du « vivre par la foi ». On paye avant de recevoir. L’évangile est donc une marchandise et gare si cette marchandise ne correspond pas aux désirs du client ! Dieu n’a pas besoin de clients. Il préfère les croyants, ceux-qui-font-confiance, aussi dans les questions d’argent. La contestation par excellence serait de ne pas faire d’appels d’argent, de ne pas faire connaître nos besoins et de croire que Dieu pourvoit pour les besoins à l’avancement de son Royaume. Rude, n’est-ce pas ? Et puis, l’implication du prédicateur est évidente. Comment prêcher sur les questions d’argent, alors qu’on a de la peine à nouer les deux bouts avec son salaire pastoral ?

Avec votre association Logoscom, vous avez essayé différentes manières originales et créatives de prêcher l’évangile. Pouvez-vous nous donner quelques exemples, et nous dire pourquoi selon vous l’originalité en homilétique est si importante ?
Justement, je conteste le terme d’original et de créatif. C’est une question de langage et non de créativité. Quelqu’un qui parle correctement une langue étrangère ne va pas être taxé d’original. Avec l’oralité, c’est pareil. La manière de penser selon le mode oral amène dans une communication orale. C’est très difficile d’expliquer par écrit une prédication visuelle, puisque justement elle n’emploie plus la logique de l’écrit. Un jour, pour une prédication, nous avons assis toute la congrégation dans un labyrinthe matérialisé par terre par du scotch de carrossier. Nous avons travaillé avec le public présent, pour les faire inter réagir par rapport à leur situation. Que ressentent-ils ? Comment vont-ils s’en sortir ? Quel est le rôle du Christ ? Va-t-il les faire sortir du labyrinthe ? Notre message aura été de dire que le Christ vient dans notre labyrinthe, il s’incarne. Pour d’autres exemples, il vaut mieux voir nos idées de prédications visuelles sur notre site : www.logoscom.org. 

Une prédication doit-elle donner à penser, à faire ou à être ?
C’est un peu une question-piège. Je dirais qu’une prédication doit nous amener à changer de mentalité (à se « convertir », en réalité). Que ce soit par la pensée, le faire ou l’être. La difficulté, c’est qu’aujourd’hui nous avons des publics qui aiment plutôt penser, d’autres ont envie de faire, de participer, d’utiliser leur corps, d’autres encore misent sur l’être, la modulation intérieure, le ressenti de type méditatif style « Taizé ». Aujourd’hui, nous ne pouvons plus avoir un seul style de prédication pour tous. Forcément, il y en a qui s’ennuient. Mélanger les styles n’est pas pour autant une solution viable. C’est comme mélanger, à part égale, dans le même concert, de la musique classique, du rap, du jazz, du rock, de la musique folklorique. Une communauté en Suisse romande a fait des expériences assez intéressantes à ce sujet. Ils ont tenté de répondre aux besoins différenciés des croyants dans un même culte. Une vidéo rend compte de cette démarche.

Pour conclure, quelles sont selon vous les qualités d’une bonne prédication ?
Il faut que le prédicateur parle la même « langue » que ses auditeurs ! C’est aussi simple ou aussi compliqué que ça ! Ce qu’on accepte volontiers pour une question de langue devrait être la norme lorsqu’il s’agit d’une communication culturelle. 

Propos recueillis par Gabriel Monet, le 2 décembre 2009
Ancien collaborateur de la Ligue pour la lecture de la Bible, en Suisse romande et au Pérou, Henri Bacher est le co-fondateur et l’animateur de Logoscom. Il développe une recherche dans les nouveaux moyens de transmission de la Bible sur support audio et vidéo.

Lettre ouverte aux prédicateurs

Par Gabriel Monet

Voici une lettre adressée aux prédicateurs. C’est Henri Bacher qui l’a écrite. Il s’intéresse beaucoup aux mutations culturelles de notre époque et à ses implications pour les Eglises et pour la manière de partager l’évangile. Collaborateur de la Ligue pour la lecture de la Bible, il dirige aujourd’hui l’association Logoscom. Il m’a autorisé à reproduire ici cette lettre ouverte publiée sur son site et dans le journal Vivre. Afin de poursuivre la réflexion, vous trouverez d’ici peu sur homiletique.fr une interview d’Henri Bacher.

Cher prédicateur,
Tout d’abord, je voudrais te remercier de toute la peine que tu te donnes à me réformer, à m’instruire, à m’expliquer la spiritualité chrétienne. Si je t’écris, ce n’est pas pour mettre en doute ton engagement de chrétien. J’ai souvent l’impression que tu vaux beaucoup plus que moi dans ce domaine. Ne prends donc pas mes questions, mes observations, voire mes critiques comme une mise en cause de ta personne de chrétien.
Figure-toi que je m’ennuie à l’église lors du culte. Quand tu commences ton sermon, je sais, presqu’à coup sûr, où tu veux en venir. Il est vrai que ce n’est pas évident pour toi d’être original avec des auditeurs qui ont trente heures de télé dans les gencives, des heures d’internet dans les neurones, des bouquins pleins la tête pour ceux qui lisent encore. Nos éditions chrétiennes inondent les églises de leurs produits et nous abreuvent d’informations toujours plus riches et plus pointues. Tu te trouves donc avec une sacrée concurrence sur les bras.
Si, en plus, tu lis ton sermon minutieusement préparé comme s’il était destiné à l’impression et non à la déclamation publique, tu distilles un puissant soporifique. Aujourd’hui, il n’y a presque plus que les pasteurs et quelques politiques qui lisent leurs discours en public. Nous sommes habitués aux présentateurs de télés, aux comédiens, aux bateleurs de tout genre et au moment de la prédication, nous entrons dans un univers culturel qui n’existe plus pour la majorité des croyants.
Ce ne serait pas encore ce qui me chagrine le plus, si en face de moi, je n’avais pas un prédicateur qui se comporte comme un instituteur spirituel. Qui se donne toutes les peines du monde à m’expliquer ce que je sais déjà intellectuellement parlant. Je ne suis pas un écolier, ni un étudiant qui vient prendre un cours d’exégèse biblique. Je suis un croyant qui veut être stimulé par un autre croyant, pas enseigné par un prof.
J’ai l’impression, très souvent, que tu me suggères les comportements spirituels. Tu poses devant moi un cadeau bien emballé et tu espères que je l’ouvre à la maison. Tu me décris le contenu du paquet. En long et en large, en hébreux et en grec, mais tu ne l’ouvres pas avec moi. Je voudrais voir ta tête à toi, lorsque nous goûtons ensemble son contenu. Je voudrais voir ton plaisir. Mais tu as peur de montrer tes émotions, tes convictions. D’ailleurs tu parles très peu de toi-même et de tes expériences personnelles. Tu te caches derrière le texte biblique, au lieu de venir vers moi en ayant le texte biblique sous le bras.
Et puis, le monde de la communication travaille de plus en plus avec les images et les analogies. J’aimerais bien voir autre chose qu’un Powerpoint abstrait avec des phrases et des concepts qui défilent en cascades. Raconte-moi des histoires, comme Jésus. Des histoires de tous les jours, pas seulement des histoires de semeur où il faut que tu passes la moitié de ton sermon à expliquer les subtilités techniques du semeur avant de passer à la signification spirituelle. Prend le métro de Lausanne comme parabole, le premier bourgeon du marronnier de la Treille, à Genève, que le sautier de la République surveille pour annoncer l’éclosion de la première feuille du printemps, ou que sais-je encore !
Bon courage prédicateur, si tu oses prendre des risques tu es sur la bonne voie !
Henri Bacher
www.logoscom.org

Actes 4.20 : Prêcher, c’est être un témoin

Par Gabriel Monet

Imaginez la scène décrite dans Actes 3 et 4. Pierre et Jean montent au temple en plein après-midi et tombent sur un homme boiteux de naissance qui les sollicite. Au lieu de la pièce attendue, Pierre et Jean ne vont ni plus ni moins que guérir le paralytique avec cette phrase clé : « Je ne possède si argent ni or, mais ce que j’ai-je te le donne : au nom de Jésus-Christ, lève toi et marche ». Evidemment, la guérison suscite l’intérêt des badauds, d’autant que l’homme guéri fait preuve d’une reconnaissance et d’une joie communicative. Qu’à cela ne tienne, Pierre commence à prêcher à la foule grossissante. Au bout d’un moment, les sacrificateurs et autres leaders juifs interrompent cette prédication impromptue et mettent Pierre et Jean en prison. Le lendemain, ils comparaissent devant le sanhédrin, et ni une ni deux, Pierre, pour sa défense, ne fait rien d’autre que prêcher à nouveau aux chefs religieux ! N’ayant aucun mobile d’accusation sérieux, ceux-ci ne peuvent faire autre chose que libérer Pierre et Jean, mais souhaitant réduire au maximum leur influence, leur interdisent de parler et d’enseigner au nom de Jésus. C’est alors que Pierre et Jean ont cette réponse magnifique : « Nous ne pouvons pas ne pas parler de ce que nous avons vu et entendu » (Actes 4.20). Une fois relâchés, les deux apôtres vont rejoindre les leurs et racontent ce qui s’est passé. Or, la réponse spontanée à ces événements, c’est la prière. Et la réponse à cette prière, c’est la manifestation du Saint-Esprit et un exaucement de la demande faite d’annoncer la parole de Dieu en toute assurance.

« Nous ne pouvons pas ne pas parler de ce que nous avons vu et entendu », voilà un beau programme pour tout prédicateur ! Ce que ce texte nous suggère, c’est que prêcher équivaut à être un témoin. Si Pierre et Jean ont la prédication si facile et une conviction si engagée même dans l’adversité, c’est précisément parce que leur prédication est sous-tendue par une rencontre déterminante avec Jésus et un vécu personnel concret dont ils témoignent. Leur prédication n’est pas simplement un discours intelligent, intéressant et interpellant, même s’il est aussi tout cela. Il est d’abord un témoignage de ce qu’ils ont vu et entendu. Ils ont été chamboulés par Jésus : sa vie, sa mort et sa résurrection, et c’est le fruit de cette rencontre qui les poussent à inviter tout un chacun à voir en Jésus le Seigneur et le Sauveur. Même si nous n’avons pas vu et entendu Jésus de la même manière que Pierre et Jean, leur affirmation nous rappelle à cette dimension importante de la prédication qu’est le témoignage. Etre un témoin, c’est assumer son regard sur une réalité que nous avons vue, entendue, ou vécue. En homilétique, ce sera alors exprimer comment le témoignage des Ecritures aura été actualisé dans notre propre réalité. Cependant, si Pierre et Jean témoignent de ce qu’ils ont vu et entendu, ce n’est pas pour autant que leur message est centré sur eux-mêmes. D’ailleurs ils le disent bien : « Pourquoi fixez-vous les regards sur nous ? » (Actes 3.12). Au contraire, ils ne parlent pas d’eux dans les prédications relatées dans ces deux chapitres, mais bien du Christ et du Christ seul. Et justement, s’ils en parlent si bien, c’est que pour eux le Christ n’est pas seulement le sujet d’un discours mais qu’il est devenu le sujet de leur vie. Pour eux comme pour nous peut-être, si la relation avec le Christ a transformé nos vies et donné du sens à nos existences, alors nous ne pouvons faire autre chose que d’oser être un témoin passionné qui désire que d’autres puissent à leur tour voir et entendre comment Christ peut se manifester dans leur vie.

Au de là de cette très belle formule déjà si riche, ce passage de l’Ecriture nous dit encore d’autres choses en lien avec la prédication. Tout d’abord, Pierre nous montre par ces épisodes l’importance de joindre les actes à la parole. L’efficacité de sa prédication est due de manière non négligeable à la cohérence entre ses mots et ce qu’il a accomplit juste avant de prêcher : la guérison du boiteux de naissance. Finalement, ses actes viennent authentifier son discours.

Par ailleurs, on peut noter que la prière joue un rôle important dans tout ce qui se passe. Il semble que Pierre et Jean étaient venus au temple pour prier (3.1). Or leur prière s’est transformée en action-prédication. Et si cette histoire commence avec une intention de prière, elle s’achève une fois encore avec une prière adressée à Dieu. Une prière de reconnaissance et de requête pour précisément une prédication pleine d’assurance. De plus tout au long de ces événements, le Saint Esprit joue un rôle primordial. C’est grâce à cette proximité et cette relation profonde avec Dieu que Pierre et Jean ont une prédication est si féconde et que « beaucoup de ceux qui avaient entendus la parole crurent » (4.4). Il est donc important d’utiliser tous les outils à notre disposition pour faire de notre prédication une réponse aux attentes de nos auditeurs, mais il est encore plus important de vivre intensément notre foi pour pouvoir en témoigner et donc ne pas pouvoir « ne pas prêcher ce que nous avons vu et entendu ».

Clins d’oeil humoristiques

Par Gabriel Monet

Prêcher est quelque chose de sérieux. Il n’est pourtant pas inutile parfois de savoir regarder les choses avec humour. Alors en guise de détente, voici quelques clins d’œil humoristiques en lien avec la prédication. A lire et à prendre avec le sourire !

  • Un pasteur avait l’habitude d’écrire l’intégralité de ses prédications et d’être assez accroché à son texte. Un des membres de la communauté, espérant des sermons un peu plus vivants et pour l’encourager à se détacher de son texte se débrouilla pour subtiliser une page de ses notes juste avant le culte. La prédication commença et le pasteur en arriva au moment où la page manquait. « Et Adam dit à Eve… ». Il fit une pause. « Et Adam dit à Eve… euh, j’ai l’impression qu’il manque une feuille… ! 
  • Un soir, alors qu’un pasteur couchait sa fille de quatre ans, il lui demanda si elle voulait qu’ils prient ensemble pour quelque chose de particulier. Sa fille lui répondit avec entrain : « Pour les oignons ». C’est ce qu’ils firent. Le lendemain matin, intrigué, le pasteur demanda à sa fille pourquoi elle avait souhaité prier pour les oignons. Elle dit : «  Parce que tu as dit dans ta dernière prédication qu’il fallait prier pour ce qu’on aime pas ».
  • Quelle est la durée idéale d’une prédication ? Réponse : elle devrait être comme la jupe d’une femme : assez longue pour couvrir l’essentiel et suffisamment courte pour être intéressante.
  • Un jeune pasteur arrive dans son premier poste pastoral. A peine arrivé, les décès se multiplient et il doit gérer de nombreux enterrements, avec l’accompagnement pastoral que cela implique. Il n’a donc pas le temps de préparer ses sermons. Du coup, il reprend sa première prédication à trois reprises. Quelques responsables de la communauté sont furieux et vont se plaindre au président de l’Eglise du fait que ce pasteur a prêché trois fois le même sermon. Le président demande alors quel était le sujet de cette fameuse prédication. Les membres du conseil n’arrivaient pas à se rappeler de quoi il avait parlé. Ils avaient beau se creuser la tête, pas de souvenir. Alors le président leur dit : « Et bien, laissez-le prêcher ce sermon encore une fois » 
  • Un jeune tout frais sorti de la faculté de théologie arrive comme pasteur d’une paroisse. Convaincu qu’il a tout ce qu’il faut pour être un formidable prédicateur, au moment de sa première prédication il monte tout fier en chaire, se pavanant et souriant à la ronde. Il prêche et cela ne se passe pas vraiment bien du tout. Il achève son sermon plus vite que prévu et descend de la chaire tête baissée et tout penaud. Après le culte, un frère âgé et expérimenté vient le voir et lui dit : « La prochaine fois, montez en chaire comme vous êtes descendu et vous descendrez comme vous êtes monté ».
  • Un prédicateur avec un pansement sur le menton : « Je suis désolé à propos de ce pansement. Je me suis coupé en me rasant ce matin pendant que je réfléchissais à ma prédication ». Une voix dans l’assemblée s’écria : « La prochaine fois, n’hésitez pas à penser à votre menton et à couper votre sermon ».

Du je au jeu ?

Par Gabriel Monet

Dans la mouvance homilétique actuelle, de nombreuses tentatives sont faites pour que la prédication soit plus vivante et sorte des sentiers battus. C’est ainsi que de nouvelles approches ont été essayées et proposées ces dernières années. On peut évoquer par exemple les prédications interactives abordées sur ce blog il y a peu1 ; les prédications visuelles2 ou d’une manière plus générale l’usage de plus en plus fréquent de montages PowerPoint pour soutenir le sermon ; les formes de prédications théâtrales ou de pantomimes3 ; ou encore les prédications qui s’essayent à toucher les cinq sens4. Dans cette dynamique, je veux évoquer dans cette note les « prédications à la première personne ». Dans sa récente interview sur ce blog, Raphaël Grin nous en parlait comme une expérience riche et intéressante tant pour le prédicateur que pour les auditeurs. Je vais d’abord définir ce que c’est ; puis, en m’appuyant notamment sur un livre qui fait référence5 en la matière, évoquer quelques éléments en vue de préparer une prédication à la première personne ; et enfin proposer quelques réflexions sur ces prédications en « je ».

Une prédication à la première personne est un sermon durant lequel le prédicateur ne parle pas en son nom propre mais utilise le « je » d’une autre personne et fait donc parler un personnage acteur ou spectateur d’un épisode biblique. Par exemple, pour évoquer certains passages des évangiles, on pourra faire parler l’un ou l’autre des douze apôtres ; ou se mettre à la place de Lazare pour parler de résurrection, de Nicodème pour parler de nouvelle naissance, de la femme samaritaine, de Caïphe, de Ponce Pilate, de Zachée, du lépreux guéri, de l’homme à la main sèche, ou de l’aveugle qui a recouvré la vue, incarner un prophète de l’Ancien Testament ou le témoin d’une scène particulière comme Eutychus pour prêcher sur Actes 20, le geôlier de Paul à Rome pour parler de l’apôtre ou d’une des épîtres écrites pendant sa captivité comme l’épître aux Philippiens. Bref, on est donc dans une approche narrative de la prédication. On ne va pas parler sur le texte, mais finalement faire parler le texte.

Voici ce que Haddon et Torrey Robinson suggèrent pour préparer une prédication à la première personne. La première étape consiste en un travail exégétique assez large. Après avoir sélectionné un passage biblique, il faut en découvrir « l’idée exégétique », c’est-à-dire le message principal du texte biblique en question. Il importe ensuite de s’attacher particulièrement aux personnages évoqués mais aussi à tous les éléments du contexte. Il faudra ensuite choisir le personnage que le prédicateur va incarner et répondre à deux questions principales : qui suis-je et où suis-je ? La réponse à la question « qui suis-je » se basera d’abord sur le texte biblique choisi, mais aussi sur tous les éventuels passages qui évoquent le personnage en question. Il faudra aussi utiliser l’imagination en tant qu’outil d’interprétation. L’imagination devra être guidée par le sens du texte et le contexte culturel du passage pour ne pas devenir fantaisiste. Le fait de répondre à cette question permet au prédicateur de se préparer à incarner le personnage et à le rendre vivant. La deuxième question « où suis-je » est importante car elle induit le rapport que le prédicateur va pouvoir développer vis-à-vis des auditeurs. Il y a deux options principales qui ont chacune des avantages et des inconvénients. La première possibilité consiste à transporter l’auditoire dans le contexte de l’ancien temps. Les auditeurs seront alors soit spectateurs d’une époque biblique ou alors ayant un rôle (le peuple d’Israël, la foule, les disciples, etc.) et le prédicateur s’adressera alors à eux en tant que tels. L’autre option consiste à transporter dans le temps le personnage biblique choisi pour parler à la première personne, ce qui selon les cas peut être plus artificiel mais faciliter l’exhortation. A partir de là, comme pour tout sermon, il convient de définir une idée principale, un objectif, une structure et donc un texte de type narratif qui sera la base de la prédication. Mais pour un sermon à la première personne, la préparation ne s’arrête pas là, car « tout dépend de comment les choses sont dites ». En ce qui concerne la forme donc, si le non-verbal est important dans tout acte de communication en général, et donc la prédication, il l’est d’autant plus dans une prédication à la première personne. D’où l’importance de prêcher sans note pour véritablement se mettre « dans les chaussures » du personnage, et si possible d’utiliser des éléments de costumes qui seront plus ou moins développés selon les possibilités ou le choix du prédicateur.

Bon, vous êtes peut-être en train de vous dire : mais à quoi cela peut bien ressembler. C’est pourquoi je vous propose de regarder une petite bande annonce de Richard Stenbakken qui a une grande expérience de ce type de prédication. C’est en anglais, et c’est une compilation d’extraits de plusieurs prédications… mais c’est parlant.

Que penser de cette forme de prédication ? A une époque comme la nôtre où on aime particulièrement les histoires, cette approche narrative a de vrais atouts. Cela peut contribuer d’une manière très forte à l’identification des auditeurs avec les personnages bibliques et donc de renforcer le côté existentiel de la prédication. Pour les auditeurs sans grande culture biblique, c’est une manière accessible de découvrir le message biblique. En même temps, pour les personnes qui fréquentent l’Eglise depuis des décennies, et qui parfois ont entendu de très nombreuses prédications sur les mêmes textes bibliques, c’est l’occasion de les surprendre et de proposer une approche nouvelle. Autre atout, c’est le genre de prédication qui peut contribuer à rassembler les générations, puisque les plus jeunes seront probablement plus attentifs.

Cette forme de prédication à la première personne a aussi des inconvénients ou des risques. On peut mentionner : le temps de préparation ; la complication et le coût d’une certaine mise en costume et en scène ; le risque de manquer d’authenticité puisque d’une certaine manière le prédicateur n’est plus lui-même ; la difficulté de faire une actualisation du texte qui soit à la fois adaptée aux auditeurs et crédible du point de vue du personnage ; un sentiment possible de changement trop radical de la part de certains membres ; la difficulté de faire la part des choses entre une imagination fantaisiste et une imagination qui soit fidèle au texte et au contexte.

Au final, je pense que prêcher à la première personne peut être une excellente chose pour permettre à des auditeurs de découvrir de manière nouvelle certains épisodes ou personnages bibliques, mais à condition justement de rester biblique et de gérer du mieux possible les inconvénients et les risques d’une telle approche. Par ailleurs, il me semble que cela peut être adapté de pratiquer ce genre de prédication mais de manière ponctuelle, à certaines occasions, ou pour une série par exemple. Je n’ai personnellement jamais pratiqué ce genre de prédication, mais le fait d’en regarder, de lire et de réfléchir à ce propos me donne envie de m’essayer, et de passer du « je » au « jeu ». En effet, c’est une chose que de s’identifier avec un personnage biblique quand on lit et médite la Bible, c’est autre chose que de l’incarner et de parler à sa place. D’une certaine manière cela dépasse l’art homilétique mais touche à celui de l’art théâtral. Mais si le « je » et le « jeu » sont au service de l’Evangile et contribue à l’édification des auditeurs-spectateurs, alors tant mieux !

 

1 Voir la note « De l’interaction dans la prédication », et l’interview de Claude Pellicer « Prêcher au milieu de l’assemblée ».
2 Voir l’article de Jérôme Cottin « Prédication et images : l’exemple des “prédications visuelles” » dans Le défi homilétique, Genève, Labor et Fides, 1993, p. 253-270.
3 Voir ce à quoi s’essaye l’Institut Schwager et ses prédications pantomimes (www.schwager.ch)
4 Voir l’article d’Olivier Bauer, « L’essentiel est inaudible aux oreilles », Etudes théologiques et religieuses 76 (2001/2), p. 213-227.
5 Haddon & Torrey Robinson, It’s all in how you tell it. Preaching first-person expository messages, Grand Rapids, Baker Books, 2003.